Un appel à la reconnaissance des souffrances de nos anciens combattants (PHOTOS)

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Vendredi 27 mars s’est tenue le panel-discussion sur la santé mentale des vétérans sur le campus  de l’université du Québec à Outaouais à l’initiative de l’ancien combattant et professeur, Dave Blackburn.

Selon le ministère des Anciens combattants, environ un vétéran canadien sur cinq a reçu un diagnostic de trouble de santé mentale au cours de sa vie; les plus courants sont la dépendance, la dépression, un état de stress post-traumatique ou encore un trouble d’anxiété.

Une problématique qui est revenue sur le devant de la scène et a pris une autre dimension depuis la guerre d’Afghanistan. Selon la revue canadienne de psychiatrie, sur les 40.000 soldats canadiens ayant servi en Afghanistan, environ 10% d’entre eux en ont conservé des séquelles mentales graves.

Un besoin de reconnaissance face à la souffrance de nos vétérans

Les intervenants se sont accordés sur le besoin criant de reconnaissance des problèmes post-traumatiques et d’invalidité chez les anciens membres des Forces armées canadiennes.

Il s’agit de lever les tabous, créer les conditions du dialogue, et déployer les ressources nécessaires pour faire face à ces problèmes qui affectent la santé de ceux qui ont passé leur carrière à assurer de notre sécurité. Un juste retour des choses qui ne trouve pourtant pas d’échos dans la réalité comme l’a notamment déploré Aldo Gauthier, Président de la branche 190 de la Légion royale canadienne.

Un seul hôpital disposant de personnel qualifié pour traiter des souffrance psychologiques qui affectent les vétérans, des délais d’attente considérables de plusieurs semaines pour avoir accès aux soins spécifiques, parfois même le refus des médecins de mener une expertise sur d’anciens personnels militaires… la liste des obstacles auxquels les vétérans sont confrontés est longue et la souffrance psychique, lorsqu’elle est trop forte, prend souvent le pas.

A cela s’ajoute les méandres administratifs auxquels sont confrontés les anciens combattants lorsqu’ils cherchent à bénéficier de l’indemnité qui leur reviennent. L’aspect rébarbatif et la complexité actuelle des demandes de prestation d’invalidité ont un effet dissuasif et crées un réel besoin de soutien et d’assistance procédurale pour ces vétérans comme l’explique Norman Desjardins, office d’entraide du groupe Vétérans UN-NATO.

La réalité est telle qu’après avoir combattu dans les forces canadiennes toute leur vie, les anciens combattants semblent devoir ensuite mener un combat d’un autre genre contre la machine bureaucratique d’Ottawa.

Des propositions constructives

L’état des lieux dressé en première partie du débat en matière de reconnaissance et de prise en charge des anciens combattants n’est certes pas reluisant, mais les intervenants ont ensuite mis en avant plusieurs pistes de réflexions pour combler ces lacunes.

Apporter enfin la reconnaissance nécessaire et trouver des solutions viables aux problèmes de santé mentale des vétérans implique de mobiliser les différents corps de la société.

L’institution militaire d’abord, alors qu’un cercle vicieux de silence s’instaure trop souvent au sein des forces armées canadiennes quand il est question de santé mentale. Imprégné de l’esprit et des valeurs militaires, l’aveu de troubles psychiques est souvent vécu comme une honte par le soldat qui en souffre. Le tabou remplace alors le dialogue et la consultation, pourtant la première étape indispensable vers une guérison. L’intégration d’experts en santé mentale au sein des unités militaires de soutien est également une éventualité à prendre au sérieux.

Par ailleurs, Dave Blackbrun, tout comme Normand Lalonde, adjoint au député de Rivière-du-Nord, ont insisté sur l’importance d’accroître la sensibilisation de la société civile sur ces enjeux concernant les anciens combattants et de favoriser sa mobilisation. Un échelon communautaire compréhensif et sensibilisé aux maux qui affectent les vétérans serait un atout de poids pour le bon déroulement de leur retour à la vie civile.

Entre autres pistes, cela pourrait par exemple prendre concrètement  la forme de la création d’un label «ville amie des anciens combattants» comme l’a proposé le major à la retraite Dave Blackburn.

Enfin et surtout, il appartient aux décideurs politiques de se saisir réellement de la question  si l’on veut accorder la reconnaissance qu’ils méritent aux soldats de retour au pays souffrant de troubles physiques et mentaux.

Allouer d’avantages de ressources dédiées, prendre en compte les dépenses post-opérations extérieurs dans les budgets militaires ou encore inciter la tenue d’études chiffrées et de statistiques sur ces enjeux sont autant de pistes à explorer.

En somme, pour l’essentiel  les solutions sont aujourd’hui connues, reste à combler «ce manque de leadership pour savoir quoi faire avec ces militaires qui reviennent de la zone de combat» comme l’a fait justement remarquer Norman Desjardins.

Etudiant en relations internationales à Sciences po Toulouse en France, Bastien se passionne pour les questions de défense et de sécurité à l’internationale. Sa curiosité prononcée pour l’actualité militaire et l’attrait du journalisme l’on incité à rejoindre l’équipe de 45eNord en tant que stagiaire.

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