Venezuela: en réponse aux sanctions américaines, Maduro agite le drapeau vénézuélien

Le président du Venezuela Nicolás Maduro a annoncé mardi 10 mars qu'il allait demander à l'Assemblée nationale l'octroi de pouvoirs spéciaux pour répondre à "l'agression impérialiste" des États-Unis (capture d'écran/45eNord.ca/teleSUR)
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Le président du Venezuela Nicolás Maduro a annoncé mardi 10 mars qu'il allait demander à l'Assemblée nationale l'octroi de pouvoirs spéciaux pour répondre à "l'agression impérialiste" des États-Unis (capture d'écran/45eNord.ca/teleSUR)
Le président du Venezuela Nicolás Maduro a annoncé mardi 10 mars qu’il allait demander à l’Assemblée nationale l’octroi de pouvoirs spéciaux pour répondre à « l’agression impérialiste » des États-Unis (capture d’écran/45eNord.ca/teleSUR)

La tension monte entre Washington et Caracas, le Venezuela prépare sa riposte aux sanctions américaines, le régime bolivarien obtient le soutien de plusieurs de ses voisins de gauche en Amérique latine et on croirait se retrouver aux plus beaux jours de la lutte anti-impérialiste. Décidément, rien ne vaut la lutte au Yankees pour oublier la morosité du présent.

Lundi, Washington a annoncé des sanctions contre des responsables vénézuéliens accusés de violations des droits de l’homme ayant entraîné le rappel immédiat du plus haut représentant diplomatique vénézuélien aux États-Unis.

«Nous sommes très inquiets des efforts du gouvernement vénézuélien visant à intensifier l’intimidation de ses opposants politiques», a affirmé la Maison Blanche dans un communiqué.

Dans le décret détaillant les sanctions, qui renforcent celles annoncées fin 2014, le président lui-même se montrait très virulent : «Moi, Barack Obama, […] je considère que la situation au Venezuela […] constitue une menace extraordinaire et inhabituelle pour la sécurité nationale et la politique extérieure des États-Unis».

«C’est pourquoi je déclare l’urgence nationale pour faire face à cette menace».

Mardi, le président du Venezuela Nicolas Maduro a annoncé qu’il allait demander à l’Assemblée nationale l’octroi de pouvoirs spéciaux pour répondre à « l’agression impérialiste » des États-Unis, en riposte aux sanctions américaines à l’encontre de hauts responsables annoncées la veille.

«J’ai décidé de me rendre aujourd’hui (mardi 10 mars) personnellement à l’Assemblée nationale pour remettre ma demande» de pouvoirs spéciaux «pour la paix et la souveraineté», a écrit le président sur son compte Twitter.

Dans un discours lundi soir, le président Maduro avait qualifié de «coup le plus agressif, injuste et néfaste jamais porté au Venezuela» l’annonce de ces sanctions, prises selon la présidence américaine en réaction à des violations des droits de l’homme au Venezuela. «Vous n’avez pas le droit de nous agresser et de déclarer que le Venezuela est une menace pour le peuple des États-Unis, la menace pour le peuple américain, c’est vous», a-t-il déclaré à l’intention du président américain Barack Obama.

Le président américain avait annoncé la veille des gels d’avoir et interdictions de visas contre sept responsables vénézuéliens impliqués dans la violente répression des manifestations contre le gouvernement Maduro entre février et mai 2014, mais pas de sanctions contre le pays lui-même.

M. Maduro a déjà bénéficié des pouvoirs spéciaux à partir de fin 2013 en matière économique, permettant au gouvernement de légiférer directement par décret. Cela n’a pas empêché le pays de s’enfoncer dans une crise économique aigüe.

Mais si, dans les faits, le régime chaviste peut facilement légiférer puisqu’il dispose de 60% des sièges au Parlement monocaméral, c’est une façon, pour un président en pleine crise et en mal de popularité (seulement 20% d’opinions favorables), de réaffirmer son pouvoir, estiment des analystes.

Retour de la rhétorique anti-Yankee

L’annonce des sanctions a déjà entraîné, lundi, le rappel immédiat du plus haut représentant diplomatique vénézuélien aux États-Unis, un épisode qui est survenu après des années de frictions, les deux pays n’ayant plus d’ambassadeurs respectifs depuis 2010.

Le Venezuela a toutefois obtenu le soutien de plusieurs de ses voisins en Amérique latine, en premier lieu de Cuba, dont le gouvernement a fustigé mardi le «décret arbitraire et agressif pris par le président des États-Unis».

Dans un courrier publié par la presse locale, l’ex-président cubain Fidel Castro a, lui, félicité Nicolás Maduro pour son «discours courageux et brillant face aux plans brutaux du gouvernement des États-Unis».

«Personne n’a le droit d’intervenir dans les affaires intérieures d’un État souverain ni de déclarer, sans aucun fondement, qu’il constitue une menace à sa sécurité nationale», s’est exclamé le gouvernement de Cuba, principal allié politique et économique du Venezuela depuis 15 ans.

Les présidents bolivien Evo Morales et équatorien Rafael Correa ont eux aussi apporté leur soutien à Caracas.

Maduro se cache derrière le drapeau vénézuélien

Pour l’opposition vénézuélienne, les paroles d’Obama ont été une occasion pour Maduro de faire oublier la situation des droits de l’Homme au Venezuela

«Le Venezuela n’est pas une menace pour aucun pays, ce sont les politiques du gouvernement qui le sont», écrit le groupement d’opposition Mesa de la Unidad Venezolana.

«Les politiques de gouvernement vénézuélien actuelles menacent et limitent le droit de nos citoyens à vivre dans la paix et le progrès. Dans ce sens, nous confirmons que notre lutte est un changement pacifique, démocratique, électorale et constitutionnelle, une lutte menée au Venezuela par les Vénézuéliens», ajoute l’opposition.

Pour les adversaires de Maduro, celui-ci derrière le mot «patrie» pour violer impunément prétendre les droits de l’homme.

En outre, fait valoir Unidad venezolana, il faut distinguer entre les sanctions visant des individus de celles qui viseraient une nation entière et, tout en étant prudente dans sa réaction en raison de la sensibilité historique des Vénézuéliens aux intervention des États-Unis, l’opposition ne peut certes condamner des sanctions qui visent des individus qui commettent des actes qui violent les droits de l’homme ou qui violent la propriété publique et le bien-être de leurs concitoyens.

Pour l’ancien candidat à la présidence, Henrique Capriles, aussi, c’est simple: Maduro se prépare à faire adopter une loi, la Ley habilitante antiimperialista, en réponse aux sanctions américaines, non pas contre le pays, mais contre un petit groupe d’individus.

«Chaque jour il est plus difficile d’obtenir des matériaux et chaque jour est plus difficile de satisfaire tout le monde sur la question du logement», ajoute l’homme qui, avec 49,1% des voix, a failli l’emporter sur Maduro à la dernière présidentielle en avril 2013, suggérant ironiquement à son adversaire de plutôt faire adopter une loi pour faire apparaître les matériaux de construction, le ciment et les aliments dont ont besoin les Vénézuéliens.

«En recourant au thème de l’ennemi extérieur, c’est-à-dire de l’impérialisme, le gouvernement veut bâtir un mécanisme légal plus répressif», a expliqué pour sa part le politologue Edgard Gutiérrez, de la société de sondages Venebarometro, cité par l’Agence France-Presse.

La loi «anti-impérialiste» sera «un instrument contre l’ennemi intérieur, et, comme les lois similaires de Maduro, destinée à saper les droits de l’homme», a renchéri sur Twitter Rocío San Miguel, de l’ONG Contrôle citoyen, spécialisée dans les questions militaires et de sécurité.

Et, pendant que Maduro agite le drapeau, on en oublie presque qu’il y a quelques semaines à peine, il faisait emprisonner le maire de Caracas.

*Avec AFP