Yémen: les belligérants restent sourds aux appels à la désescalade

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Des soldats yéménites à Sanaa, le 19 mars 2015 (AFP)
Des soldats yéménites à Sanaa, le 19 mars 2015 (AFP)

Les belligérants au Yémen, où le conflit s’est durci, continuaient lundi de mobiliser leurs troupes en dépit d’un appel du Conseil de sécurité de l’ONU à reconnaître la « légitimité » du président et à préserver « l’unité » du pays.

La milice chiite des Houthis a acheminé de nouveaux renforts vers le sud, avec comme objectif la ville d’Aden où est retranché le président Abd Rabbo Mansour Hadi. Sa progression se heurte à la résistance de tribus qui lui sont hostiles, selon des sources sécuritaires.

A Taëz (sud-ouest), troisième ville du pays, des milliers de personnes ont encore manifesté lundi autour d’un camp des forces spéciales pour réclamer le départ des commandants de ces unités proches des Houthis, ont indiqué des protestataires.

La veille, un manifestant avait été tué et cinq blessés quand des miliciens chiites avaient tiré à balles réelles sur des personnes mobilisées pour empêcher les Houthis de prendre le contrôle de leur ville après avoir conquis son aéroport et la base militaire attenante, selon des sources concordantes.

Les Houthis, proches de l’Iran chiite et qui contrôlent la capitale Sanaa et le nord du Yémen, bénéficient de puissants relais au sein de l’armée parmi les fidèles de l’ex-président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir de 1978 à 2012.

M. Saleh a fait cause commune avec les Houthis aux dépens du président Hadi qui, lui, est soutenu par les monarchies sunnites du Golfe, dont l’Arabie saoudite.

Des tribus yéménites sunnites qui soutiennent le président Abd Rabbo Mansour Hadi se mobilisent le 23 mars 2015 dans la ville d’Aden

Dimanche soir, à l’issue d’une réunion d’urgence, les quinze pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU ont réaffirmé leur soutien à M. Hadi et la nécessité de préserver « l’unité » du Yémen.

Le Conseil a aussi appelé « tous les Etats membres à s’abstenir de toute ingérence qui attiserait le conflit et aggraverait l’instabilité ».

Combattre l’influence de l’Iran

M. Hadi a fui Sanaa et s’est réfugié en février à Aden, deuxième ville du pays. Il a promis dimanche de tout faire pour que ce soit « le drapeau de la République du Yémen (qui) flotte sur les montagnes de Maran (bastion des Houthis) à Saada (nord), et non pas le drapeau iranien ».

Deux convois militaires de Houthis, qui faisaient route en direction d’Aden, ont dû rebrousser chemin après s’être heurtés à la résistance de tribus à Haijat Al-Abd et à Al-Maqatara, deux zones situées respectivement à 40 et à 80 km de Taëz, ont indiqué à l’AFP des responsables locaux et des sources sécuritaires. Aucun bilan de victimes n’a été fourni.

Le ministre de la Défense, le général Mahmoud al-Soubeihi, a inspecté lundi les forces pro-Hadi dans la région de Karch, à la frontière entre les provinces de Lahj et de Taëz et les a exhortés à mieux coordonner leurs positions pour « contrer toute avancée des Houthis ».

Dans la province voisine d’Ibb, des Houthis ont acheminé dimanche « quelque 5.000 hommes et plus de 80 chars de combat dans la région d’Al-Qaïda », localité à 30 km au nord-est de Taëz, ont affirmé à l’AFP des sources militaire et locales.

Le chef de la milice chiite, Abdel Malek al-Houthi, a appelé dimanche à « la mobilisation générale » pour poursuivre l’offensive lancée par ses forces dans le sud qui vise selon lui les extrémistes sunnites d’Al-Qaïda et du groupe Etat islamique (EI).

Alors qu’Al-Qaïda au Yémen, bien implantée dans le sud du Yémen, est considérée comme la branche la plus dangereuse du réseau extrémiste, l’EI a revendiqué les attentats suicide ayant fait 142 morts et 351 blessés vendredi dans deux mosquées de Sanaa fréquentées par les Houthis.

‘scénario libyen ou syrien’

Signe de son activisme croissant au détriment d’Al-Qaïda, l’EI a affirmé lundi avoir tué 29 agents de sécurité dans la province de Lahj (sud), la deuxième « wilaya » qu’elle revendique dans ce pays après Sanaa. « Les lions » de l’EI ont « liquidé 29 apostats », a déclaré le groupe jihadiste.

Le Yémen s’achemine vers « une guerre civile » et risque la « dislocation » avec « une division croissante entre le nord et le sud », a averti l’émissaire de l’ONU Jamal Benomar en s’adressant au Conseil de sécurité.

Il est « illusoire » de penser que les Houthis puissent s’emparer de l’ensemble du pays ni que le président Hadi puisse reprendre par la force le contrôle de la situation, a-t-il affirmé.

Continuer les hostilités mènera « à un scénario libyen ou syrien » et la seule solution est politique, a conclu l’émissaire de l’ONU.

Mais le chef des Houthis a implicitement rejeté une offre de dialogue à Ryad, proposée par l’Arabie saoudite à la demande du président Hadi.

« Le dialogue ne peut pas être placé sous le patronage d’une quelconque partie qui alimente les tensions au sein du peuple yéménite », a-t-il martelé dans une allusion à l’Arabie saoudite qui classe les Houthis comme organisation « terroriste ».

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