Yémen: les détails de l’intervention des Saoudiens contre les rebelles soutenus par l’Iran

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Des Yémenites retirent un corps des décombres le 26 mars 2015, après un raid aérien sur un immeuble près de l'aéroport de Sanaa (Mohammed Huwais/AFP)
Des Yémenites retirent un corps des décombres le 26 mars 2015, après un raid aérien sur un immeuble près de l’aéroport de Sanaa (Mohammed Huwais/AFP)

L’Arabie saoudite et des pays alliés ont lancé jeudi une intervention militaire au Yémen pour contrer l’avancée de rebelles chiites soutenus par l’Iran qui a vivement dénoncé cette opération.
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Mise à jour 26/03/2015 à 15h54

De fortes explosions ont secoué jeudi soir Sanaa, où une coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite effectuait des frappes aériennes contre les rebelles chiites au pouvoir dans la capitale du Yémen.

Des tirs de la défense anti-aérienne ont été entendus en réponse à ce que des témoins ont décrit comme des frappes de la coalition contre une base à Al-Istiqbal, à l’entrée ouest de Sanaa. Des témoins ont également dit que des frappes avaient visé la base militaire d’Al-Samaa, au nord de Sanaa.

—- à 14h31

Les États-Unis envisagent de fournir du ravitaillement en vol et d’envoyer des avions radars pour aider la coalition menée par l’Arabie Saoudite dans son opération au Yémen contre les rebelles Houthis, selon des responsables américains.

—– à 13h40

Les avions de la coalition menée par l’Arabie saoudite ont lancé de nouvelles frappes jeudi soir au Yémen qui ont visé la base militaire d’Al-Tarik, à proximité de Taëz, la troisième ville du pays, sur la route entre la capitale Sanaa et Aden, dans le sud.

Des frappes ont également ciblé des dépôts d’armes dans la région de Malaheez, dans la province de Saada, bastion des Houthis près de la frontière saoudienne, et des raids ont aussi atteint l’aéroport de Saada, fief des Houthis dans le nord.

—- à 12h40

Le président du Yémen, Abd Rabbo Mansour Hadi, est arrivé en Arabie saoudite.

—- à 11h00

Le secrétaire général de la Ligue arabe Nabil al-Arabi a exprimé jeudi son soutien total à l’intervention militaire conduite par l’Arabie saoudite pour défendre le président du Yémen face à l’avancée des rebelles chiites Houthis.

C’est une opération contre des cibles appartenant aux Houthis qui ont mené un coup d’Etat, a jugé M. Arabi durant une réunion des chefs de la diplomatie arabes préparant le sommet annuel de la Ligue qui doit s’ouvrir samedi, dans la station balnéaire égyptienne de Charm el-Cheikh.

—- à 10h44

Les États-Unis prêts à soutenir l’opération si nécessaire.

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Téhéran, traditionnel rival de Ryad au Moyen-Orient, a mis en garde contre une propagation du conflit yéménite à d’autres pays. L’opération menée par l’Arabie saoudite va « créer plus de tensions dans la région », a averti son ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif.

En pleines négociations sur le nucléaire iranien, les États-Unis ont apporté leur soutien à l’intervention, sans toutefois y participer directement. Le secrétaire d’État John Kerry a « salué le travail de la coalition qui agit militairement » contre les rebelles.

Opération militaire au Yémen (L.Saubadu/V.Lefai/AFP)

L’opération, baptisée « Tempête décisive », a été déclenchée dans la nuit par des frappes saoudiennes sur différentes positions des Houthis, ces miliciens chiites qui ont pris le contrôle de plusieurs grandes villes, dont la capitale Sanaa, au cours des derniers mois.

L’Arabie saoudite a mobilisé 150.000 militaires et 10 avions de combat, tandis que les Emirats arabes unis ont engagé 30 avions de combat, Bahreïn et Koweït 15 appareils chacun et le Qatar 10, a indiqué Al-Arabiya, chaîne de télévision à capitaux saoudiens.

En plus de ces pays du Golfe, voisins du Yémen, l’opération mobilise d’autres pays alliés de l’Arabie saoudite comme l’Egypte, la Jordanie, le Soudan, le Pakistan et le Maroc, selon Ryad.

Quatre navires de guerre égyptiens sont ainsi entrés dans le canal de Suez afin de sécuriser le Golfe d’Aden, au large du Yémen.

Aucune implication de pays européens n’a été annoncée, mais la France a renouvelé son soutien au président Abd Rabbo Mansour Hadi qui avait été forcé à fuir Sanaa en février pour se réfugier dans son fief d’Aden.

L’aéroport d’Aden reconquis

L’intervention militaire fait suite à plusieurs appels à l’aide émanant du président Hadi, incapablede faire face à l’avancée des rebelles qui se sont approchés ces derniers jours d’Aden, deuxième ville du pays, dans le sud.

Elle « vise à défendre le gouvernement légitime du Yémen et à empêcher le mouvement radical houthi de prendre le contrôle du pays », a expliqué l’ambassadeur saoudien aux Etats-Unis, Adel al-Jubeir.

Les raids ont permis de « détruire les défenses aériennes des rebelles houthis, la base aérienne Al-Daïlami attenante à l’aéroport de Sanaa, des batteries de missiles SAM et 4 avions de combat », selon un bilan cité par l’agence saoudienne SPA.

L’aviation saoudienne « a pratiquement sécurisé l’espace aérien yéménite » et « s’emploie à mettre en place une large zone d’exclusion aérienne », a déclaré un conseiller saoudien.

Des forces loyales au président ont en outre repris jeudi l’aéroport d’Aden, qui était passé sous le contrôle des forces anti-gouvernementales la veille. Ces dernières ont ensuite abandonné leur base à Aden, livrée aux pilleurs qui se sont rués sur des stocks d’armes, selon une source militaire.

Des habitants fuient

Des habitants fuient (AFP)

Les bombardements saoudiens, qui ont cessé à l’aube, ont fait au moins 14 morts civils à Sanaa, selon la défense civile, tandis qu’aucun bilan n’a été communiqué sur les pertes parmi les combattants.

Des habitants de la capitale ont témoigné de violentes explosions avec l’entrée en actions de la DCA au passage des avions de combat. Certains ont décidé de fuir par craintes de nouveaux raids. « Je m’en vais avec ma famille, Sanaa n’est plus sûre », a déclaré l’un d’eux, Mohamed.

Au moins 18 combattants, dont 13 Houthis, ont été tués jeudi dans de nouveaux combats dans le sud, selon un responsable local.

Le chef de la diplomatie du Yémen, Ryad Yassine, avait averti que « la chute d’Aden aux mains des Houthis marquerait le début d’une profonde guerre civile ».

La crise dans ce pays pauvre de la péninsule arabique s’est envenimée depuis septembre 2014 quand les Houthis ont déferlé sur Sanaa pour y contester le pouvoir de M. Hadi et dénoncer un projet de Constitution sur un Etat fédéral qui priverait son fief dans le nord d’un accès à la mer.

Les Houthis combattent avec des unités de l’armée fidèles à l’ex-président Ali Abdallah Saleh, poussé en 2012 au départ après 33 ans au pouvoir.

Pour les experts, le Yémen, écartelé entre le nord dominé par les Houthis et le sud par les pro-Hadi, est le théâtre d’une guerre par procuration entre deux poids lourds de la région, l’Iran chiite et le royaume saoudien sunnite, qui risque d’aboutir à une désintégration du pays.

À cela s’ajoute la poursuite d’actions du réseau sunnite Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), bien implanté dans le sud-est. Et pour ajouter au chaos, le groupe jihadiste Etat islamique y a récemment signé son arrivée en revendiquant une attaque qui a fait plus de 140 morts dans des mosquées à Sanaa.

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