Arrivée d’instructeurs militaires en Ukraine, Moscou en colère proteste et dénonce

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Des membres de la Garde nationale ukrainienne, à Kharkiv le 22 janvier 2015 (Sergey Bobok/AFP)
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Des membres de la Garde nationale ukrainienne, à Kharkiv le 22 janvier 2015 (Sergey Bobok/AFP)
Des membres de la Garde nationale ukrainienne, à Kharkiv le 22 janvier 2015 (Sergey Bobok/AFP)

Alors que l’Ukraine connaît un regain de tensions deux mois après l’entrée en vigueur d’une trêve, provoquant l’inquiétude des médiateurs internationaux, l’armée américaine a déployé en Ukraine quelque 300 parachutistes dont la mission est d’entraîner les soldats ukrainiens devant combattre les séparatistes prorusses, déclenchant vendredi la colère du Kremlin qui crie à la «déstabilisation».

«Les soldats de la 173e brigade aéroportée sont arrivés cette semaine», a déclaré à l’AFP Donald Wrenn, un porte-parole de l’armée américaine.

Environ 300 soldats, d’habitude basés en Italie, seront déployés sur le terrain militaire de Iavoriv, dans la région de Lviv, près de la frontière polonaise où ils vont passer six mois.

Les soldats américains ont pour objectif d’apprendre aux Ukrainiens non seulement les techniques de combat, mais aussi d' »entretenir et renforcer le professionnalisme et le savoir-faire du personnel militaire », a déclaré le commandant Jose Mendez.

L’Ukraine a demandé aux États-Unis d’organiser de telles manoeuvres baptisées Fearless Guardian (« Gardien sans peur ») qui vont commencer lundi.

La Grande-Bretagne s’apprête de son côté à déployer 75 instructeurs militaires en Ukraine et le premier ministre Harper a lui aussi annoncé mardi l’envoi de quelque 200 membres des Forces armées canadiennes, qui se joindront, au début de l’été, aux soldats américains et britanniques pour cette mission de formation qui devrait durer près de deux ans, jusqu’au 31 mars 2017.

Des instructeurs américains avaient déjà participé à des manœuvres conjointes avec l’armée ukrainienne. Mais les parachutistes de la 173e aéroportée vont entraîner pour la première fois 900 soldats de la Garde nationale ukrainienne, subordonnée au ministère de l’Intérieur et composée notamment de volontaires ayant fait partie des milices d’autodéfense du Maïdan, mouvement de contestation proeuropéenne dans le centre de Kiev réprimé dans le sang en février 2014.

Moscou a aussitôt réagi en fustigeant une présence militaire américaine qui va « déstabiliser sérieusement la situation » dans cette ex-république soviétique engagée dans un conflit armé avec les séparatistes prorusses qui a fait plus de 6.000 morts en un an.

« La présence de spécialistes d’un pays tiers ne facilite pas le règlement du conflit », a ajouté le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, cité par l’agence Ria Novosti.

Ici, au Canada, l’ambassade russe a également protesté très vivement cette semaine contre la décision d’Ottawa d’envoyer des troupes en Ukraine.

« Cela n’aide pas de quelque manière que ce soit le règlement du conflit interne fratricide dans ce pays », poursuit le communiqué.

« Alors que les ministres des Affaires étrangères de la France, l’Allemagne, la Russie et l’Ukraine, qui se sont récemment réunis à Berlin lors d’une rencontre de format Normandie [ réunissant les quatre pays, ndlr] ont appelé à un dialogue politique intra-ukrainien améliorée », il n’est, dit l’ambassade russe dans la capitale canadienne, « ni appropriée, ni utile de favoriser le renforcement militaire , jouant ainsi le jeu du ‘parti de la guerre à Kiev' »

Il serait beaucoup plus raisonnable, fait valoir l’ambassade russe, « de se concentrer sur la diplomatie et d’encourager les autorités à Kiev à engager enfin un véritable dialogue politique avec les Républiques de Donetsk et Lougansk comme il a été convenu dans les accords de Minsk-2 accords en février.

La Russie accuse les États-Unis d’avoir favorisé le soulèvement populaire du Maïdan à Kiev fin 2013-début 2014 qui a entraîné la chute du régime du président prorusse Viktor Ianoukovitch.

Ont suivi l’annexion de la péninsule de la péninsule ukrainienne de la Crimée en mars 2014 et le déclenchement de la rébellion séparatiste prorusse dans l’est du pays où Kiev et les Occidentaux accusent la Russie d’armer les rebelles et d’y avoir déployé des troupes régulières, ce que Moscou dément catégoriquement.

Les États-Unis sont l’un des plus forts soutiens de l’Ukraine dans la crise qui a provoqué la pire dégradation des relations entre la Russie et l’Occident depuis la fin de la guerre froide. Washington livre à Kiev des équipement militaires non-létaux pour 75 millions de dollars

Le Canada soutient pour sa part quasi-inconditionnellement le nouveau pouvoir pro-occidentale à Kiev depuis le renversement du président pro-russe Viktor Ianoukovitch en février 2014 et le tout début de la crise.

Malgré les pressions politiques, les puissances occidentales refusent toutefois de livrer des armes létales à l’Ukraine. Certains alliés européens, notamment l’Allemagne, craignent que de telles livraisons ne contribuent à une escalade du conflit dans l’Est.

La dernière trêve fragile a été arrachée à Minsk, dans la capitale bélarusse, à la mi-février avec la médiation de la chancelière allemande Angela Merkel et du président français François Hollande en présence du président russe Vladimir Poutine.

Lundi soir à Berlin, les chefs des diplomaties allemande Frank-Walter Steinmeier, française Laurent Fabius, russe Sergueï Lavrov et ukrainienne Pavlo Klimkine avaient exprimé leur « vive inquiétude » sur les violations du cessez-le-feu en Ukraine.

Ils ont toutefois souligné l’importance de l’ouverture d’un processus politique devant aboutir à l’organisation d’élections locales dans l’est de ce pays.

*Avec AFP