Bon voyage mon adjudant!

4
Daniel Bergeron, Dave Blackburn et Nancy Head au Supreme Headquarters Allied Powers Europe (SHAPE), en Belgique, en 2010. (Archives/Koch)
Daniel Bergeron, Dave Blackburn et Nancy Head au Supreme Headquarters Allied Powers Europe (SHAPE), en Belgique, en 2010. (Archives/Koch)

Mercredi matin à mon réveil, une triste nouvelle m’attendait et m’a frappé de plein fouet. Pour la plupart des gens, cette nouvelle aurait sans doute pu être lue avec peu d’attention dans la section des nécrologies d’un journal. Pour de nombreux amis et pour moi, l’annonce du décès de l’adjudant Daniel Bergeron nous a pris par surprise, bien que nous savions, qu’il était gravement malade et que l’heure de la fin était proche. Sans doute par déni, je préférais ne pas y croire! Personne ne devrait mourir à 48 ans!

Mercredi, ce n’est pas seulement qu’un mari, qu’un père, qu’un ami qui a rendu son dernier souffle, mais aussi un leader exceptionnel, un militaire dévoué et rempli de compassion, mais surtout d’un homme doué de qualités exceptionnelles.

En plus de sa famille immédiate, Nancy, Samuel et Sarah, de ses amis, les frères et les sœurs d’armes de Daniel Bergeron au sein des Forces armées canadiennes sont en deuil.

J’ai connu Daniel est 2007. À cette époque, Daniel avait le grade de sergent et il était commis à la salle des rapports du Détachement Casteau en Belgique de la Formation Europe. Pour sa part, Nancy, sa conjointe, était adjointe administrative à la clinique médicale canadienne du Supreme Headquarters Allied Powers Europe (SHAPE). Ayant à m’y rendre toutes les deux semaines dans le cadre de mes fonctions de clinicien en santé mentale, j’ai rapidement développé une relation amicale avec Nancy et Daniel. Les années 2007, 2008 et 2009 n’étaient pas les plus faciles au SHAPE en Belgique. Le représentant militaire national du Canada et commandant de la Formation Europe faisait la pluie et le beau temps et représentait un véritable facteur de stress au sein de cette petite communauté canadienne. Daniel vivait aussi sa part de défis à la salle des rapports où il devait négocier quotidiennement avec quelques personnes difficiles au sein de leur équipe. Toutefois, c’est malheureusement un événement extrêmement tragique qui m’a véritablement rapproché de Daniel et Nancy et qui m’a fait connaître leurs côtés exceptionnels, leur grand cœur et leur générosité sans limites. L’été 2008 a été marqué par le décès d’une adolescente qui était la fille des meilleurs amis du couple.

Certes, l’adjudant Daniel Bergeron n’est pas décédé en opération, mais il a laissé sa peau lors d’un combat injuste contre un ennemi redoutable qui est la maladie, le cancer. Optimiste comme à son habitude, Daniel n’a pas donné sa peau facilement et s’est battu jusqu’au dernier soupçon d’énergie. Il était comme cela, un battant, un gagnant qui, à la somme des épreuves vécues au courant de sa vie, de sa carrière militaire, ne se laissait jamais abattre même dans les moments les plus sombres. Exemple de courage pour plusieurs dont moi, Daniel était résilient et philosophe devant l’adversité.

Ce qui m’a marqué le plus chez Daniel se sont ses grandes qualités humaines. Un homme qui aurait donné sa chemise pour un ami dans le besoin ou en difficulté. Il l’aurait fait sans le moindre compromis et encore davantage sans rien s’attendre en retour. Avec lui comme avec Nancy, le don de soi venait directement du cœur et l’expression « donner au suivant » prenait tout son sens. Franc et transparent, il n’avait rien de faux sur ses grandes qualités comme individu.

Il était aussi un homme de grandes passions dans les sujets et les domaines qui l’animaient. Que ce soit l’histoire de Napoléon, la généalogie, les véhicules téléguidés, les voyages, la musique ou sa collection de nains de jardin (dont l’influence de sa conjointe sur ce dernier point était sans conteste), Daniel ne faisait jamais les choses à moitié. Il s’investissait à fond. Même chose dans le domaine des amitiés.

Cela m’amène à vous raconter une anecdote qui démontre son caractère enjoué et aussi sa capacité à rendre le milieu militaire un peu moins rigide. De son vivant, il aura été sans doute la seule personne au monde à avoir été capable de tirer un sourire et même quelques sons ressemblant à un rire de l’adjudant-chef maintenant à la retraite Pierre «Smiley» Ste-Marie. Si l’adjudant-chef Ste-Marie n’a pas inventé la «warface», il en était définitivement un fidèle partisan et cela cadrait extrêmement bien avec son rang et son poste au Bureau du représentant militaire national canadien au SHAPE et au commandement de la Formation Europe des FAC. L’adjudant-chef Ste-Marie, par sa vaste expérience militaire, sa réputation, son charisme et sa stature, exposait le respect et la discipline. Pour les plus jeunes comme moi, sa simple présence amenait aussi certaines craintes, ne voulant pas être repris pour ne pas avoir salué correctement ou encore pour des souliers mal polis. La scène s’est déroulée lors du souper de réaffectation au Canada de quelques militaires du Détachement Casteau en 2010. Daniel avait la lourde tâche de préparer et de lire le mot d’au revoir à une collègue de travail qui venait d’amorcer une relation affective avec l’adjudant-chef. Saisissant la balle au bond, Daniel avait habilement fait un montage photographique en mettant le visage de l’adjudant-chef Ste-Marie dans un soleil afin de montrer ce que représentait ce dernier dans la vie de sa collègue. Quelle audace! Tout le monde dans la salle s’est mis à rire de bon cœur devant cette image aussi loufoque qu’irréaliste. Personne à l’exception de Daniel ne se serait permis un tel acte de bravoure surtout lorsque le sujet de la farce était surnommé « Smiley ».

Au travail, Daniel n’a jamais hésité une seule seconde à aller au bâton pour défendre les intérêts des membres de son équipe de travail. À mon sens, il rendait les tâches militaires plus vivantes, plus agréables. Il y a de multiples façons d’exercer le leadership et Daniel avait trouvé sa propre recette qui entremêlait écoute, émotions et reconnaissance. Il n’était certainement pas le plus strict, mais par son savoir-être et son savoir-faire, il imposait le respect des membres de la communauté militaire et des familles. Sa bonne humeur était aussi contagieuse. En quelques mois seulement, il a réussi à changer l’atmosphère de la salle des rapports du SHAPE en un climat agréable, conviviale et où régnait la camaraderie.

En grande période de stress, il arrivait à se reconnecter avec les vraies choses. Son tracteur à gazon aura sans aucun doute été un excellent investissement (pour ne pas dire un confident) lors de son séjour en Belgique. Cette activité lui permettait de faire le vide et d’évacuer les stresseurs du quotidien. Il faut dire que son terrain était si grand que la tâche lui prenait quelques heures et qu’il en ressortait plus zen que jamais.

Aujourd’hui, la grande famille des Forces armées canadiennes est aussi en deuil, car elle vient de perdre un grand homme, un grand leader. Pour tous ceux et celles qui ont servi avec lui à Sherbrooke, à Valcartier, en Belgique, à Saint-Jean-sur-Richelieu, aux Cadets, à Landsthul en Allemagne ou ailleurs, prenez quelques instants pour vous remémorer l’homme, le frère d’armes qu’il était. Vous aurez sans aucun doute une belle histoire à raconter à son sujet. Il était ce type d’individu qui laissait sa trace d’une manière positive.

Aujourd’hui, je suis triste de la perte de cet ami, mais ma tristesse n’a rien de comparable à celle de sa conjointe Nancy, de son fils Sam et de sa fille Sarah.

Justement à Nancy, Sam et Sarah, je vous prie de demeurer fort dans l’épreuve et d’accepter mes plus sincères condoléances.

Merci Dan, pour tout! Nul doute que tu vas nous manquer! Repose-toi, maintenant que le combat est terminé! Pense à toi avec la même intensité que tu as pensé et que tu t’es investi pour les autres! Bon voyage mon ami! Bon voyage mon adjudant!

Libéré volontairement en 2014 avec le rang de major, Dave Blackburn est docteur en sociologie de la santé et est professeur régulier à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) où le champ de la santé mentale et les Forces armées canadiennes figure dans ses domaines de recherche.

Discussion4 commentaires

  1. Merci mon Adjudant, bien dit, Daniel étais non seulement un ami mais un frère, un frère d’arme. Merci Dave

  2. Cecelia et Pierre

    Bien dit Dave. Une nouvelle tres triste mais fini la souffrance et seulement de la paix. Un bon vivant qui va etre manque par plusieurs.

    Merci Dave! Xx

  3. Martin LaFerrière-Simard

    Merci Daniel d’avoir marqué nos vies de façon aussi positive. Tu sera à jamais un modèle de courage, d’optimisme et de générosité.
    Merci Dave pour ce beau témoignage.

  4. Sophie Pelletier

    Daniel, merci de ta chaleureuse acceuil lorsque je suis arrivée à Farnham en 1993 où tu travaillais à la SDR et moi au QM. La première chose que j’ai appris de toi était qu’ il ne fallait pas toucher à ton bacon! Cela fait un bail mais j’ai toujours gardé en mémoire nos bons (et mauvais) coups lorsque nous travaillons d’arache pied sous le reigne du Maj D le jour et que nous nous promenions en voiture le soir avec ton ami pompier. (Que j’aimerais bien revoir d’ailleur) Toujours de bonne humeur et souriant, jamais rien de grave, il était plaisant d’être à tes cotés. Dommage que la vie te l’ait redonner ainsi. Repose en paix mon ami, bons souvenirs et bon voyage!