Civile en crise identitaire

L'éditeur et rédacteur en chef de 45eNord.ca accueille notre nouvelle blogueuse invitée, Jenny Migneault. (Bastien Duhamel/45eNord.ca)
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L'éditeur et rédacteur en chef de 45eNord.ca accueille notre nouvelle blogueuse invitée, Jenny Migneault. (Bastien Duhamel/45eNord.ca)
L’éditeur et rédacteur en chef de 45eNord.ca accueille notre nouvelle blogueuse invitée, Jenny Migneault. (Bastien Duhamel/45eNord.ca)

Je suis une «vet’s spouse», une «advocate», une «caregiver»: c’est en anglais qu’on me reconnaît une certaine identité sociale à défaut de me présenter comme un quelconque dommage collatéral fédéral. Le Canada anglais est outré de m’entendre dire «I’m just a vet’s spouse!»:

* «You’re not just a vet’s spouse! You are a vet’s spouse: stand proud!!!».

Je suis la fière épouse et l’aidante naturelle d’un ancien combattant blessé par un syndrome de stress post-traumatique.

Au Québec, je ne suis pas grand-chose, sinon qu’un évident malaise social: une femme qui se fait vivre par son mari (qui doit certainement avoir une excellente pension…) qui a l’air bien normal (mais qui doit être agressif parce que c’est un ancien militaire) et qui a une femme de ménage (Anciens Combattants Canada, c’est-tu nos taxes?).

«Ah bon.».

Il y a un an, mon aventure en matière d’«advocacy» a débuté lorsque j’ai tenté d’interpeller le ministre Julian Fantino en mai 2014. La robe rouge… les talons.. la bonne femme en maudit? «Nothing. This is what we are. We are nothing to you!»?

Bon. Elle, c’est moi. En fait, elle, c’était moi avant parce que je suis encore elle mais je ne suis plus la même qu’elle non plus.

Au Québec, c’est Jenifer Migneault que l’on présente dans les médias. Coïncidence? Non. L’ombre noire de la culture québécoise m’a frappée de plein front lorsque j’ai réalisé l’amour que porte le reste du Canada anglais pour nos militaires. Lorsque j’ai réalisé que notre haine collective à l’égard du fédéral a même fait taire notre responsabilité d’enseigner la reconnaissance à l’égard du sacrifice immense que représente «servir son pays».

Le 22e Régiment? C’est qui, ça?

Vous avez compris que je ne suis pas une spécialiste, que je ne suis pas celle qui vous pondrai des profondes analyses politico-machin-truc.

Nenenenon. Pas pantoute.

C’est que voyez-vous, j’ai le privilège extraordinaire d’avoir un mari qui a servi 20 ans dans les FAC qui me donne la permission (oui, «la permission»…) de parler de ce que j’ai compris sur la façon dont son environnement militaire l’a influencé et surtout, de son combat avec le syndrome de stress post-traumatique. Juste pour cette raison, vous comprenez qu’à mes yeux, il est véritablement un héros.

Ma thérapie à moi, c’est l’expression. Et la dernière année m’a amenée à cheminer lentement mais surement dans le monde de «l’advocacy». Je poursuis mes efforts de sensibilisation par le biais de ma page web http://www.ptsd-sspt.weebly.com. Mais j’ai aussi évolué dans ma compréhension de l’arène politique globale et je tente également tant bien que mal à sensibiliser les politiciens face aux impacts et aux défis que nous partageons avec de nombreux militaires, vétérans et leurs familles d’un bout à l’autre du pays.

C’est ici, sur cette plateforme, que j’oserai m’aventurer sur ce que m’inspire tout ce qui ne touche pas directement les émotions. L’épouse de l’ancien combattant sort de sa zone de confort! La Défense Nationale, le bureau de l’Ombudsman et la grande famille militaire m’ont ouvert leurs portes: j’ai visité des Centres de Ressources aux Familles Militaires, rencontré des coordonnateurs, le Chef du Personnel Militaire, pris part à certains projets des Services Aux Familles des Militaires, participé à des symposiums, des tables rondes, etc…

Je suis heureuse de constater que les initiatives visant à donner une voix supplémentaire aux membres des familles sont de plus en plus nombreuses, plus inclusives également. N’en demeure pas moins que les défis et les enjeux sont réels.

Et si je n’ai jamais été une femme de militaire (mon mari me dit toujours en riant que j’aurais eu une influence négative sur sa carrière..), une chose est absolument certaine:

Surtout les militaires sont de futurs vétérans… les «military spouses» deviendront elles aussi, des «vet’s spouses».

Maintenant que les présentations officielles sont effectuées… c’est donc officiellement un départ!

À bientôt!