Le Canada confie la présidence du conseil de l’Arctique aux Etats-Unis: retour sur deux ans de mandat

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Les membres du Conseil de l'Arctique réunis à Iqaluit, le 24 avril 2015. (US State Department )
Les membres du Conseil de l’Arctique réunis à Iqaluit, le 24 avril 2015. (US State Department )

À l’issue de la rencontre ministérielle du Conseil de l’Arctique le 24 et 25 avril 2015 se déroulant à Iqaluit, le Canada confiera la présidence du Conseil aux États-Unis. L’occasion de revenir sur un bilan très contrasté du mandat canadien et d’esquisser les perspectives d’avenir pour la coopération dans la région arctique.

Que ce soit en matière d’environnement, de réponse aux préoccupations des populations locales ou encore de recherches scientifiques; nombreuses étaient les déclarations d’intentions faites il y a deux ans.

Pourtant, à l’issue du cette présidence canadienne, force est de constater qu’à l’exception de la création d’un nouveau conseil dédié aux questions économiques et malgré les nombreuses rencontres entre les membres du Conseil de l’Arctique, les réalisations concrètes et abouties pour le grand nord manquent à l’appel.

Un mandat dont on retiendra au bout du compte qu’il s’est avant tout consacré à l’exploitation des ressources naturelles pétrolières et minières qu’offre la région.

Plus inquiétante, la posture de défiance diplomatique du Canada à l’égard de son voisin arctique russe sur fond de crise ukrainienne a profondément plombé la coopération dans la région. Révélateur de l’état des tensions, le refus du ministre des affaires étrangères russe Sergei Lavrov de prendre part à cette dernière haute réunion du Conseil de l’Arctique à Iqaluit.

La ministre canadienne de l’environnement et du conseil de l’Arctique, Leona Aglukkaq a affirmé jeudi vouloir envoyer un «message ferme» à la Russie à propos de «ses agressions contre l’Ukraine» lors de la réunion du conseil.

Une intention manifestement contraire aux principes fondateurs du Conseil qui n’est définitivement pas un lieu; ni destiné à traiter de question de sécurité militaire européenne; ni à être le prolongement de la diplomatie d’un seul des huit pays qui en sont membres.

Un mélange des genres avec les prérogatives de Rob Nicholson, le ministre des affaires étrangères canadien qui ne peut que inquiéter les observateurs et défenseurs de la coopération en Arctique.

Leona Aglukkaq et son ministère n’ont pas souhaité répondre aux questions de 45eNord.ca pour nous éclairer sur ces ambiguïtés et évoquer le mandat canadien du Conseil de l’Arctique.

La création du conseil économique de l’Arctique

Principale initiative marquante lors de ce mandat canadien à la tête du conseil de l’Arctique: la création du conseil économique de l’Arctique. Son objectif déclaré: «favoriser les occasions d’affaires, le commerce et l’investissement au sein de la région Arctique».

«Une initiative intéressante qui reflète d’abord et avant tout les besoin de l’Arctique canadien et américain, mais un peu moins ceux des pays nordiques européens», estime Joël Plouffe, chercheur au CIRRICQ et spécialiste des questions arctiques.

Difficile de juger pour le moment l’efficacité et les réelles conséquences que produira ce nouvel organe sur la coopération dans la zone Arctique.

Si certains, à l’instar des États-Unis, saluent la création de ce nouvel organisme et y voient un vecteur idéal  pour servir de support aux investissements et ainsi accroître les échanges et le dynamisme économique de la région, d’autres redoutent les conséquences que peuvent avoir la création d’un conseil à vocation strictement économique sur les activités et les missions du conseil de l’arctique actuel. Une crainte légitime est de voir s’éclipser les préoccupations environnementales et celles sociales portées par les populations locales dont est porteur le premier conseil au profit de considérations purement économiques et privées.

Si chacun des pays riverains de l’Arctique ont des besoins et stratégies différentes pour développer leur région septentrionale, la création de ce conseil économique semble avant tout aller dans le sens de la vision nord américaine  de l’avenir de la région.

En cela, les observateurs pourront déplorer la position suiviste de la présidence canadienne du conseil de l’Arctique vis-à-vis des États-Unis et l’absence d’une vision régionale propre au canada qui aurait inspiré ce mandat à la tête du conseil.

Reste donc à savoir comment vont s’articuler les missions et les relations entre le conseil de l’Arctique et son pendant économique: «C’est un outil nécessaire, il faut créer un pont entre ces deux conseils, inclure dans le conseil économique les populations locales au sein du processus décisionnel comme c’est le cas pour le conseil de l’Arctique» préconise Joël Plouffe.

Qu’attendre de la présidence américaine ?

Les États-Unis qui ont d’ores et déjà annoncé que la principale priorité de leur mandat serait le développement durable et la réduction des gaz à effet de serre dans la zone circumpolaire.

«Les impacts du changement climatique, la sauvegarde, la sécurité et l’administration de l’océan Arctique ainsi que l’amélioration des conditions de vie des peuples de l’Arctique», telle sont les grandes lignes directrices dressées par le secrétaire d’Etat américain John Kerry pour les deux ans à venir.

Déclaration de principe ou réelle prise de conscience que les questions arctiques font partie de l’intérêt national américain à travers l’Etat d’Alsaka? Les premiers mois de la présidence américaine devraient nous aiguiller sur la dynamique que John Kerry et son équipe souhaite insuffler à la région du grand nord.

Autre perspective envisageable pour les années et décennies à venir; les pays membres du conseil de l’Arctique prévoient t’ils un jour d’amorcer un processus d’intégration à plus long terme au même titre que l’Union européenne  ou  L’ASEAN pour la région sud-est asiatique connaissent progressivement le leur.

Etudiant en relations internationales à Sciences po Toulouse en France, Bastien se passionne pour les questions de défense et de sécurité à l’internationale. Sa curiosité prononcée pour l’actualité militaire et l’attrait du journalisme l’on incité à rejoindre l’équipe de 45eNord en tant que stagiaire.

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