Le gouvernement irakien tente de contrecarrer la propagande de l’EI à Al-Anbar

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Des véhicules des forces de sécurité irakiennes dans la province d'Anbar, le 7 septembre 2014 (Azhar Shallal/AFP)
Des véhicules des forces de sécurité irakiennes dans la province d’Anbar, le 7 septembre 2014 (Azhar Shallal/AFP)

Les autorités irakiennes se sont retrouvées sur la défensive après que le groupe jihadiste Etat islamique (EI) a réussi un coup de propagande en menant une série d’attaques dans la province clé d’Al-Anbar, que Bagdad cherche à reconquérir.

« Il n’y a pas eu de victoire militaire de l’EI à Al-Anbar. Ce qu’il s’y passe, c’est une guerre psychologique », a déclaré mardi au Parlement le Premier ministre Haidar al-Abadi.

« Certains parmi nous ont pris part à cette guerre psychologique en déclarant qu’Al-Anbar était tombée ou allait tomber. Al-Anbar résiste encore », a ajouté M. Abadi.

Le mois d’avril avait commencé par la reprise par les forces gouvernementales de la ville de Tikrit, au terme de semaines de combats, leur plus grande victoire depuis l’offensive en juin des jihadistes de l’EI, qui se sont emparés de pans entiers du territoire irakien.

Le Premier ministre avait alors annoncé que l’étape suivante dans la reconquête des zones perdues se jouerait à Al-Anbar, qui est de loin la plus grande des 18 provinces irakiennes et est en grande partie aux mains du groupe jihadiste.

Mais l’EI a rapidement contre-attaqué en y lançant une série d’attaques qui ont retourné la situation, et fait craindre à Bagdad une défaite imminente.

Seules des dizaines de jihadistes ont participé aux assauts dans la zone de Ramadi, la capitale provinciale, mais plus de 110.000 personnes ont déjà fui, ont affirmé des responsables.

Les jihadistes, qui contrôlent des quartiers entiers de Ramadi, ont été aidés par des cellules dormantes, a affirmé le général de brigade Abdelami al-Khazraji.

Ces gens ont commencé à crier que L’EI « contrôlait Al-Anbar et les bâtiments gouvernementaux de la province, et cela a créé de la peur et de la panique », a-t-il ajouté.

La situation a empiré quelques jours plus tard avec l’attaque contre un barrage qui a suscité rumeurs et critiques à travers le pays.

Sur les réseaux sociaux, la rumeur a vite gonflé qu’une centaine de soldats étaient morts dans cette attaque, deux fois plus que le bilan donné par les jihadistes eux-même et près de 10 fois le bilan officiel communiqué par les autorités.

Les accusations de dissimulation se sont mises à pleuvoir et les appels à la démission du ministre de la Défense, Khalid al-Obeidi, se sont multipliés.

« Je vous appelle tous à rejoindre la campagne pour la destitution de ce traître Khalid al-Obeidi », pouvait-on lire sur Twitter, certains l’accusant même de faire partie de l’EI.

Le gouvernement a riposté en accusant les critiques de soutenir la propagande des jihadistes.

M. Obeidi a convoqué une conférence de presse pour marteler que 13 soldats, dont deux hauts gradés, étaient morts dans l’attaque du barrage. Accompagné du Premier ministre et du ministre de l’Intérieur, Mohammed Ghaban, il s’est ensuite rendu au Parlement pour défendre son action.

« Ce qui a été publié dans la presse et les communiqués de certains frères parlementaires ont été destructeurs pour le moral des troupes », a accusé le ministre de la Défense.

« Deux-tiers de la bataille est psychologique. D’un point de vue militaire, nous avons des problèmes », mais nous n’avons pas été défaits, a renchéri le Premier ministre.

La reprise d’Al-Anbar pose de gros défis à l’armée irakienne. Les forces gouvernementales n’ont pas fait de progrès significatifs dans Ramadi et une grande majorité de la province reste hors de leur contrôle.

Pour le général Mohammed al-Doulaimi, il n’y a pas suffisamment d’hommes à Al-Anbar au vu de la taille de la province, et ceux qui s’y trouvent ne tiennent qu’une partie de Ramadi et une poignée de territoires.

Et pour les jihadistes, la propagande qui a suivi les récentes attaques à Al-Anbar est vitale, en particulier depuis une série de défaites, dont celle de Tikrit.

« Je vois ça comme une tentative de Daech (acronyme en arabe de l’EI) de se rendre intéressant de nouveau », a confié à l’AFP un haut responsable de la coalition antijihadistes menée par les Etats-Unis, qui bombarde les positions de l’EI en Irak depuis le mois d’août.

Et d’ajouter: « c’est une organisation qui a besoin de donner l’impression qu’elle progresse, qu’elle gagne ».

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