Les revendications de Pékin devraient faire peur au reste du monde, déclare le président philippin

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Photo fournie par les garde-côtes japonais montrant un navire chinois près de l'archipel des Senkaku, le 5 septembre 2013 (AFP)
Photo fournie par les garde-côtes japonais montrant un navire chinois près de l’archipel des Senkaku, le 5 septembre 2013 (Archives/AFP)

À l’heure où le monde assiste à la montée en puissance de la Chine, dont le budget militaire ne cesse de grimper, les revendications chinoises sur la majeure partie de la mer de Chine méridionale devraient faire peur à la communauté internationale, a déclaré mardi le président philippin Benigno Aquino dans un entretien exclusif avec l’AFP.

Le chef de l’État philippin a également prévenu dans un entretien exclusif avec l’Agence France-Presse que les mesures de plus en plus énergiques mises en oeuvre par Pékin dans cette région menaçaient l’accès des autres pays aux voies maritimes internationales et aux zones de pêche.

« Est-ce que cela provoque la peur? Oui je crois que cela devrait provoquer de la peur dans le reste du monde », a lancé Benigno Aquino dans cet entretien réalisé au palais présidentiel à Manille.

Des photos satellites publiées par un groupe de réflexion américain ont révélé récemment que la Chine procédait en particulier à des travaux de remblaiement massifs sur des récifs coralliens. Elles montraient ainsi d’importantes opérations d’agrandissement d’un îlot et l’aménagement de ports artificiels sur des récifs des îles Spratleys.

Benigno Aquino a prévenu dans cet entretien que, s’il ne pensait pas que Pékin avait l’intention d’engager un conflit militaire au sujet de ses différends territoriaux, cette hypothèse restait toutefois une possibilité.

« La possibilité qu’il y ait une escalade qui échappe au contrôle de tout le monde devrait rester au premier rang des préoccupations des dirigeants internationaux », a-t-il déclaré.

Les revendications territoriales chinoises

La Chine revendique la souveraineté de la plus grande partie de la mer de Chine méridionale, y compris sur des zones proches des côtes d’autres pays asiatiques.

Il s’agit d’une route maritime de première importance pour l’approvisionnement de la région. Cette mer est aussi susceptible de receler d’importantes réserves pétrolières et gazières.

Pékin fonde sa revendication sur des cartes remontant aux années 1940.

Les Spratleys attisent la convoitise de plusieurs autres pays –Philippines, Vietnam, Brunei, Malaisie et Taïwan– depuis des décennies.

Fin mars, le gouvernement philippin accusait déjà la Chine de vouloir contrôler la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale.

Les États-Unis ont dénoncé les activités déstabilisatrices de Pékin en mer de Chine méridionale, tandis que les autorités chinoises réaffirmaient leur droit à poursuivre leurs activités de construction sur ces îles appelées Nansha par Pékin.

D’après M. Aquino, la Chine construit deux pistes d’atterrissage sur les zones en cours d’expansion, ce qui pose problème, a-t-il dit, pour la défense des Philippines.

Lorsque ces nouvelles structures seront opérationnelles, les Philippines toutes entières seront à la portée de Pékin, a-t-il dit. Les capacités chinoises sont améliorées par ces pistes d’atterrissage.

La rivalité sino-nippone

La querelle territoriale la plus connue est celle qui oppose la Chine et le Japon à propos des îles Senjkaku (Dioaoyu en chinois)

Depuis plus d’un an les relations sino-japonaises sont au plus bas en raison de ce conflit territorial en mer de Chine orientale.

En septembre 2012, le Japon avait nationalisé trois des cinq îles principales de l’archipel de la discorde, déclenchant une semaine de manifestations anti-japonaises, parfois violentes, dans plusieurs villes de Chine.

Depuis cette nationalisation, la Chine envoie régulièrement des bateaux, et ponctuellement des avions, à proximité de l’archipel, alors que, de leur côté, les garde-côte nippons patrouillent régulièrement dans cette zone.

En outre, fin novembre 2013, Pékin avait décrété une «zone d’identification aérienne» (ZAI) au-dessus de la mer de Chine orientale qui chevauche celle du Japon et surtout englobe les îles inhabitées Senkaku/Diaoyu.

La montée en puissance chinoise

Malgré le recul au chapitre de sa croissance économique, la Chine a porté son budget militaire à 145 milliards $ US, une augmentation de 10 %, pour faciliter la modernisation de ses capacités de défense, a indiqué un porte-parole du Congrès national du peuple.

Pékin a prévu notamment investir dans des équipements high-tech tels que les sous-marins et des avions furtifs.

Le budget de la défense chinoise est déjà le deuxième plus élevé du monde, derrière celui des États-Unis, et l’Armée de libération du peuple, avec 2,3 millions de membres, est la plus imposante au monde en termes d’effectifs.

Ce qui n’est pas sans inquiéter les puissances occidentales, en particulier les États-Unis, alors que Pékin est engagé dans des revendications et des querelles territoriales en mer de Chine méridionale avec des pays d’Asie du Sud alliés des Américains, sans même parler de Taiwan, que Pékin revendique toujours comme lui appartenant.

D’autant plus que, pendant que les puissances occidentales se battent contre le terrorisme et des groupes armés comme l’organisation l’État islamique, les forces armées chinoises ne cessent de gagner en puissance et en sophistication.

*Avec AFP

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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