Liban: un ex-ministre reconnaît avoir ramené des explosifs de Syrie

0
À droite, l'ancien ministre de l'information Michel Samaha. (Archives/Louai Beshara/AFP)
À droite, l’ancien ministre de l’information Michel Samaha. (Archives/Louai Beshara/AFP)

Un ex-ministre libanais, Michel Samaha, a reconnu lundi lors de son procès avoir ramené de Syrie des explosifs destinés à être utilisés pour des attentats au Liban, a rapporté la correspondante de l’AFP sur place.

Il a néanmoins assuré avoir agi à l’incitation d’un provocateur, ce qui l’exempterait de peine en vertu de la loi libanaise pour cet acte passible de la peine de mort.

M. Samaha, ex-ministre de l’Information du Liban, qui a été également conseiller du président syrien Bachar al-Assad, est aussi accusé d’avoir planifié, avec le chef des services de sécurité syriens Ali Mamlouk, des attentats au Liban et l’assassinat de personnalités politiques et religieuses libanaises hostiles à Damas.

Son procès a été reporté à plusieurs reprises. Lors de la première séance lundi, l’accusé a reconnu devant le tribunal militaire avoir transporté des explosifs dans sa voiture en août 2012, de Damas jusqu’au Liban, affirmant avoir cru que les attentats étaient destinés à protéger le Liban.

Arrêté en 2012 et détenu depuis, M. Samaha a affirmé que l’idée était de mener des attentats à la frontière afin de provoquer sa fermeture et de stopper ainsi le passage de combattants libanais allant se battre auprès de la rébellion syrienne contre le régime de Damas.

Il n’a pas précisé s’il avait participé à la planification de ces attentats, assurant avoir été poussé au crime notamment par un informateur des services de sécurité libanais, Milad Kfouri.

Michel Samaha a expliqué qu’il était tombé dans un piège tendu par des services de renseignement libanais par l’intermédiaire d’un agent provocateur des services de sécurité libanais, Milad Kfouri, a affirmé à l’AFP son avocate, Me Rana Azoury.

Or selon la jurisprudence libanaise, si vous avez agi à l’incitation d’un agent provocateur, c’est une excuse absolutoire au même titre que la légitime défense, a-t-elle expliqué.

Selon elle, l’accusé a expliqué avoir été harcelé durant quatre mois par Kfouri, qui se trouve aujourd’hui à l’étranger, pour le persuader de transporter les explosifs.

Interrogé à l’audience par le juge sur la planification d’attentats dans le nord du Liban, visant notamment le député Khaled al-Daher, connu pour son hostilité à Damas, M. Samaha s’est excusé, se défaussant à nouveau sur M. Kfouri.

Selon Me Azoury, il a expliqué que c’était Milad Kfouri qui déterminait les objectifs et que lui n’avait fait qu’approuver. Je m’excuse auprès de Khaled Daher car ce n’était nullement mon intention , a-t-il dit.

Depuis le retrait des troupes syriennes du Liban en 2005 après une présence de près de 30 ans, une série d’attentats a coûté la vie à des personnalités libanaises hostiles à l’hégémonie de Damas, notamment l’ex-Premier ministre milliardaire Rafic Hariri.

Le Liban est profondément divisé entre partisans et adversaires du régime de Damas, des divisions exacerbées par le conflit syrien ayant débuté en 2011 et dans lequel le Hezbollah chiite libanais combat auprès de l’armée syrienne.

Lorsque le magistrat lui a demandé si le général Mamlouk, grand patron de l’appareil sécuritaire en Syrie, était au courant de ces opérations, il a répondu qu’il l’était en général, mais moi j’étais en contact avec un de ses adjoints, le colonel Adnane.

Un mandat d’arrêt a été lancé contre le général Mamlouk, qui a été convoqué à plusieurs reprises mais ne s’est jamais présenté.

J’ai reçu des Syriens 170.000 dollars dans un sac donné par le bureau d’Adnane, et je les ai mis dans le coffre de la voiture avec les explosifs. Quand je suis arrivé à Beyrouth à 19H00, j’ai tout donné à Kfouri, a-t-il dit.

La prochaine audience a été fixée au 13 mai.

Les commentaires sont fermés.