Obama et Castro se serrent la main en ouverture du Sommet à Panama

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Obama et Castro se serrent la main en ouverture du Sommet à Panama (Cumbre de las Americas)
Obama et Castro se serrent la main en ouverture du Sommet à Panama (Cumbre de las Americas)

Au Sommet des Amériques, qui a débuté à Panama en présence de 35 chefs d’État et de gouvernement, Barack Obama et Raul Castro ont eu des échanges dans la foulée du rapprochement entre Washington et La Havane annoncé mi-décembre, alors que, sur la question du Venezuela, qualifié de menace par les États-Unis il y a peu, tant Nicolas Maduro que le président américain ont semblé maintenant prêts à mettre un peu d’eau dans leur vin.
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Mise à jour au 11/04/2015 à 23h37

Le président américain Barack Obama a eu samedi alors qu’il quittait le sommet un bref échange de quelques minutes avec son homologue vénézuélien Nicolas Maduro.

«Le président Obama a répété que notre intérêt n’est pas de menacer le Venezuela mais de soutenir la démocratie, la stabilité et la prospérité au Venezuela et dans la région», a indiqué à la presse Katherine Vargas, porte-parole de la présidence américaine.

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Cette réunion «présente une dimension vraiment spéciale (…) c’est la première fois de l’histoire que se réunissent à la même table les 35 chefs d’État et de gouvernement» de la région, s’était réjoui la veille dans son discours le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Jose Miguel Insulza.

Le secrétaire général de l’OEA a même qualifié ce sommet d’«historique» et, ce matin, le président américain déclarait lui aussi à son tour «Que le Président Raul Castro et moi soyons assis ici, c’est un moment historique pour le continent».

Les présidents américain Barack Obama et cubain Raul Castro se sont donc retrouvés samedi à Panama pour ces entretiens «historiques », quelques heures après avoir symboliquement scellé le rapprochement entre leurs deux pays par une poignée de main qui fera date.

Le président américain Barack Obama y a appelé son homologue cubain Raul Castro à tourner la page, M. Castro répondant toutefois que tous deux allaient devoir se montrer très patients durant leur processus de rapprochement.

Castro et Obama s’adressent à la presse avant leur réunion

Assis côte-à-côte devant la presse, les deux hommes ont pris la parole chacun leur tour, avant une poignée de mains sous les flashs, en marge du Sommet des Amériques, au Panama. Ils se sont ensuite retirés pour un entretien à huis-clos d’une heure, le premier entretien entre deux présidents américain et cubain depuis 1956.

«Avec le temps, il est possible pour nous de tourner la page et développer une nouvelle relation entre nos deux pays (…) même si nous avons des différences profondes et importantes,» a déclaré M. Obama, premier à prendre la parole devant la presse.

«Nous voulons parler de tout, mais nous devons être patients, très patients», a répondu M. Castro. «Cela a été une histoire compliquée, celle de nos pays, mais nous sommes disposés à avancer comme le dit M. Obama», a-t-il poursuivi.

Après la rencontre, le président américain a confirmé qu’ils avaient «des visions très différentes sur la manière dont la société devrait être organisée. Et j’ai été très direct avec lui», ajoutant cependant qu’ils avaient eu des discussions «franches et fructueuses».

Levée de l’embargo et retrait de la liste des États soutenant le terrorisme

Peu avant sa rencontre, le président cubain Raul Castro avait qualifié plus tôt samedi Barack Obama d’«homme honnête», appelant de ses vœux la levée de l’embargo américain contre son pays et demandant une «décision rapide» de Washington sur le retrait de Cuba de la liste américaine des pays soutenant le terrorisme.

Ce matin, soulignant le «nouveau départ dans la relation entre le peuple américain et le peuple de Cuba», le président Obama avait déclaré au Sommet qu’il a demandé au Congrès américain de commencer à travailler sur la levée de l’embargo sur Cuba.

L’autre obstacle à la normalisation des relations entre Washington et la Havane et à la réouverture d’ambassades, la mention de Cuba sur la liste américaine des États soutenant le terrorisme, qui prive l’île d’une partie de l’aide internationale, pourrait aussi être levé. La Maison Blanche a indiqué que Barack Obama n’était «pas encore au stade» de prendre une décision sur ce point, sans toutefois écarter l’éventualité d’«une annonce » au Panama.

La question vénézuélienne

Les réunions pourraient toutefois se terminer sans déclaration finale, les États-Unis refusant d’y voir mentionné un soutien à Caracas dans sa dispute avec Washington, qui a qualifié le Venezuela, principal partenaire économique de Cuba, de «menace» pour la sécurité intérieure des États-Unis.

Depuis plusieurs semaines, le président américain est très critiqué en Amérique latine en raison de ce décret qui a imposé en mars des sanctions contre de hauts responsables vénézuéliens. «Ce serait une bonne chose si Obama, qui représente un pays si important en Amérique et dans le monde, faisait des propositions nous permettant de nous unir et de nous convertir en une Amérique de paix», avait estimé vendredi son homologue socialiste bolivien Evo Morales, sur la chaîne Telesur.

Dans un souci d’apaisement, la Maison Blanche a pour sa part expliqué qu’elle cherchait à établir «un dialogue direct avec le Venezuela», tandis que M. Obama a assuré vendredi que le temps des «ingérences» de Washington sur le continent était révolu.

Plus tard dans l’après-midi, le président vénézuélien Maduro a tendu à son tour la main à Barack Obama pour résoudre leurs différends.

«Le President Barack Obama n’est pas George W. Bush, ce serait incongru de dire cela.», a déclaré d’entrée de jeu le président vénézuélien.

«Nous ne sommes pas anti-américain, nous sommes inti-impérialistes» , a-t-il ajouté, indiquant que le Vénézuela voulait «un avenir avec les États-Unis», tout en insistant  toutefois pour dire que «Les problèmes que nous avons, nous Vénézuéliens, nous allons les résoudre selon notre constitution».

En tendant la main au président américain pour résoudre les différends entre les deux pays, le président vénézuélien a aussi déclaré, optimiste,«Je pense que nous ouvrons la porte à une nouvelle ère. Il y a eu un changement d’époque».