«Problème incontestable» de comportements sexuels inappropriés dans les Forces armées canadiennes

Le général Tom Lawson, chef d’état-major de la défense (droite), a rendu public le 30 avril 2015 le rapport de la juge Marie Deschamps (gauche) qui faisait suite à l’examen de l’autorité externe sur les comportements sexuels inappropriés dans les Forces armées canadiennes (Nicolas Laffont/45eNord.ca)
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Le rapport de l’ancienne juge de la Cour suprême du Canada Marie Deschamp sur les comportements sexuels inappropriés dans les Forces armées canadiennes ne laisse planer aucun doute: la culture militaire doit changer!

Le Chef d’état major de la Défense accompagné de son adjudant chef et des commandants de l’Armée, la Marine et l’Aviation étaient tous présents à la présentation du rapport de Mme Deschamps.

Culture

«L’une des principales conclusions auxquelles est parvenue la responsable de l’examen externe (REE) est qu’il existe une culture sous-jacente de la sexualisation au sein des FAC. Cette culture est hostile aux femmes et aux LGTBQ et propice aux incidents graves que sont le harcèlement sexuel et l’agression sexuelle. Un changement de culture s’impose donc», indique d’emblée le rapport de Marie Deschamps.

Si elle reconnaît que les Forces armées canadiennes se fondent sur le respect de la dignité de toutes les personnes, l’ex-juge Deschamps note «un manque de cohérence entre les normes professionnelles élevées établies dans les politiques des FAC sur les comportements sexuels inappropriés».

Après avoir mené une série de rencontres avec des militaires de tous grades, armes confondues, elle note que ces comportements se caractérisent au début par des jurons ou expressions humiliantes faisant référence au corps des femmes, des blagues à caractère sexuel, des insinuations ou commentaires discriminatoires.

Pour Mme Deschamps, les militaires sont habitués «à cette culture de la sexualisation à mesure qu’ils gravissent les échelons».

Signalement

«Les faits concordants qui lui ont été rapportés pendant les consultations et qui témoignent de comportements sexuels inappropriés suggèrent fortement qu’un nombre beaucoup plus élevé d’incidents de ce genre se produisent surtout en ce qui à trait au harcèlement sexuel.» Notant cependant que le problème du signalement des incidents de harcèlement et d’agression sexuelle n’est pas restreint aux FAC, Mme Deschamps rappelle que «nombre des raisons pour lesquelles les membres des FAC hésitent à signaler ce genre d’incidents semblent être liés» aux normes culturelles spécifiques aux Forces.

Plusieurs participants aux rencontres avec Mme Deschamps ont raconté avoir peur des conséquences «sur la carrière, la perte de confidentialité, le manque de respect de la vie privée […] et un doute profond concernant la capacité de la chaîne de commandement de réagir de façon adéquate et avec la sensibilité nécessaire».

En ce qui a trait au suivi, elle note que bien qu’il y ait des «mécanismes de suivi des incidents», les FAC «semblent les employer de manière irrégulière».

Définition

«Les politiques constituent une pierre d’assisse sur laquelle les dirigeants des FAC peuvent s’appuyer». Or, «la REE a constaté que les définitions de harcèlement sexuel et d’inconduite sexuelle figurant dans les DOAD [Directives et ordonnances administratives de la Défense] ne formulent pas clairement la norme de comportement qui protège le mieux la dignité et la sécurité des militaires».

Ce sont dix recommandations que Marie Deschamps donne dans son rapport.

Acceptant l’intégralité des recommandations, avec certaines nuances pour la majorité d’entre elles, le général Tom Lawson est d’accord que le rapport de l’ex-juge Deschamps «montre la voie à suivre pour éliminer de tels comportements malsains».

Plan d’action

Pour le général Lawson, les comportements sexuels inappropriés au sein des Forces armées constituent une menace pour les principes fondamentaux de la culture militaire canadienne. «Pour une institution comme les Forces armées canadiennes, fondée sur la camaraderie et la confiance, des comportements sexuels inappropriés sont extrêmement nocifs», a-t-il déclaré.

«Nous avons devant nous une tâche difficile mais les normes de conduite justifient cet effort», a ajouté le chef d’État-major.

En réaction au rapport, les Forces armées canadiennes lancent donc un plan d’action en quatre points: comprendre, réagir, soutenir, prévenir.

Les dirigeants de tous niveaux devront s’engager pour appuyer les changements requis, dont un examen du processus existant pour rapporter les comportements sexuels inappropriés.

Par contre, le général Lawson et Marie Deschamps semblent diverger sur l’urgence de créer un centre véritablement indépendant de la hiérarchie où les victimes pourraient demander soutien et conseils

«Il est essentiel qu’un tel centre soit véritablement indépendant des forces armées», a insisté l’ex-juge en conférence de presse aujourd’hui.

Mais, sur ce point, le chef d’État major est moins pressé.

«Je pense que ce que nous devons faire est regarder ce qui peut donner les meilleurs résultats pour nos membres. Nous devons regarder ce qui est légal dans notre système, ce qu’attend de nous le gouvernement, ce que le bureau du chef d’état-major de la Défense attend de sa chaîne de commandement», a déclaré Tom Lawson.

Quoi qu’il en soit, le général Lawson prenant bientôt sa retraite, la tâche de veiller à la mise en application de ce plan ou d’un autre incombera maintenant au lieutenant-général John Vance, qui lui succédera au poste de chef d’état major de la Défense au cours des prochaines semaines.

Donc, à suivre…