Quand le pot aux roses a une odeur de pot (1ère partie)

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Vétéran, ACC, Afghanistan, pot, un cocktail explosif.
Vétéran, ACC, Afghanistan, pot, un cocktail explosif.

«En veux-tu un bonne? Tsé le ‘vétéran centric approach’. Je viens de contacter le centre d’autorisation de traitement et pleins de test comme celui de l’apnée de sommeil (dont j’attends approbation depuis novembre) sont gelés et en attente de ‘directives’ de la part d’ACC/ministre. Est-ce une tendance pour balancer le budget? Ton chum ça niaise, moi ça niaise ça doit niaiser pour pleins d’autres pour pleins de soins qui ne se donnent pas ou plus…»

Bienvenue dans ma boîte de réception de courriels.

C’est un vétéran qui m’a envoyé ce message. Un 22 qui a servi en Afghanistan.

Je dis qu’il «a servi» mais en réalité, je pense que je devrais plutôt dire «il a laissé sa peau en Afghanistan»: il en est revenu fortement impacté. Il a connu le plus laid de ce que le SSPT peut faire vivre à un militaire, un vrai, un tough.

Un 22, tsé.

Oui, il a déjà été capable de déchiqueter une porte avec ses dents. Oui, il a déjà traîné sa blonde par les cheveux en bas des escaliers: c’est lui-même qui m’a expliqué jusqu’à quel point son uniforme invisible teinté de SSPT l’a transformé en Rambo civil.

Permettez-moi d’être honnête: tous ceux et celles –que je connais- qui réussissent à vivre positivement avec le SSPT ont tous connu un évènement de type «claque-sa-gueule» qui a brassé les idées suffisamment pour susciter une nouvelle prise de conscience et pour réveiller quelqu’un face à son propre pouvoir par rapport à sa qualité de vie, sa vraie.

Dans le cas de mon mari, ce fût l’évènement qui lui a fait sentir, pour la première fois, de «l’empathie» pour mon fils et moi lorsqu’il a complètement perdu la map, exigeant des recherches policières de plusieurs heures. Pour un autre vétéran que je connais, c’est l’accident de moto qui a presque coûté la vie de sa blonde: il avait consommé de la cocaïne.

Sex, drugs and alcool: quand les gars sortent maganés, les premières années de transition peuvent être rough. A ce niveau, je sais de quoi je parle, ayant rencontré mon mari alors qu’il était un nouveau vétéran, lâché lousse dans la nature tout en étant blessé.

Vous en voulez, des histoires de fonds de barils qui finissent bien? Il y en a.

Dans le cas de mon ami 22, ce fût de réaliser que son fils urinait dans ses pantalons lorsqu’il était pris de peur face à son papa Rambo.

Bref.

Si vous voulez le faire pomper, parlez-lui de l’approche cognitivo-comportementale et de la tendance à rendre zombie par des tonnes de pilules n’importe quel Rambo de ce pays. Parlez-lui des aberrances du système qui fait niaiser du monde pendant des mois. Parlez-lui de l’idée d’assommer un gars pour le faire (finalement) dormir et de lui demander d’être présent sur la base à 7h du matin aussi performant que s’il était en temps de guerre.

Il vient de loin, pas mal plus loin que l’Afghanistan.

Et si vous lui demander son avis sur l’aide que reçoivent ses frères d’armes qui servent toujours et avec qui il a toujours contact, il vous dira que c’est de la marde. Non, pas de la «merde» mais bien de la marde: il est d’ailleurs assez catégorique à ce sujet.

Mais ça, c’est lui qui le dit: please don’t shoot the messenger.

Mais bon.

Il est maintenant ancien combattant et n’a plus à dealer avec la Défense Nationale.

Mesdames et Messieurs, il est maintenant un ancien combattant de 40 ans, blessé par un SSPT, marié, avec 4 enfants en bas de 5 ans.

C’est ça, sa réalité.

Et sa réalité, avec des enfants, ça veut dire qu’ils sont imprévisibles. Ils lui sautent dans le dos. Et quand ses enfants lui sautent dans le dos, ça le ramène ailleurs.

Y pète un plomb.

Ce sont ses réflexes de protection et d’attaque qui remontent instinctivement à la surface. Ça fait de la chicane avec sa femme, qui ne sait pas comment expliquer à sa progéniture comment agir pour éviter de déclencher papa.

Des enfants ont le droit d’être des enfants, non?

Et quand il s’enfarge dans la corde d’électricité du portable, c’est plus fort que lui, deux mots lui viennent en tête: «T’es mort».

Kaboum.

C’est ça, le SSPT après l’Afghanistan.

«Kaboum. T’es mort.»

Lui, il vous dira qu’il «s’en côlisse» de comment il s’est senti quand telle affaire pis telle affaire sont arrivées. Mon ami 22 souhaite désormais vivre dans le moment présent. Il découvre le «mindfulness» comme d’autres découvrent le yoga, la méditation, la peinture…Il veut gérer les traces laissées par le SSPT, son SSPT.

Son Afghanistan à lui.

Il ne veut plus se laisser emporter par sa colère comme il le faisait avant, non pas juste pour les autres mais pour lui aussi, en premier. Je pense qu’il a compris le prix qu’il avait à payer pour lui-même, dans toutes ses batailles quotidiennes et aussi avec Anciens Combattants Canada.

Il est désormais au cœur de son rétablissement et de sa qualité de vie. Il se connait assez pour savoir qui il est mais aussi ce qu’il veut devenir, comme mari et comme père.

Ha. Ha. Ha.

S’cusez… j’exagère.

Je devrais dire «il essaie» d’être au cœur de son rétablissement.

Mais comme il relève d’Anciens Combattants Canada, tout comme mon mari et comme des dizaines d’autres anciens combattants que je connais, ses efforts sont ralentis.

Mon prochain texte portera sur la façon dont Anciens Combattants Canada applique la politique du Red Tape en essayant de nous faire passer ça pour… une tasse de thé de Red Rose.

Jenny Migneault est une activiste, militante et «advocate». Elle est également membre du comité aviseur sur les familles d'Anciens Combattants Canada et a recu la Mention élogieuse de l'Ombudsman des vétérans. Elle est actuellement en tournée pan-canadienne pour mieux comprendre les enjeux touchant les familles des militaires et des vétérans.

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