Sommet des Amériques: Washington pourrait retirer Cuba de la liste des États soutenant le terrorisme

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Le secrétaire d'État américain John Kerry s'adresse à un groupe d'universitaires latino-américains le 9 avril lors d'un forum à l'Université du Panama avant de se joindre au président Obama pour le Sommet des Amériques à Ciudad Panama (Department of State)
Le secrétaire d’État américain John Kerry s’adresse à un groupe d’universitaires latino-américains le 9 avril lors d’un forum à l’Université du Panama avant de se joindre au président Obama pour le Sommet des Amériques à Ciudad Panama (Department of State)

Une annonce des États-Unis sur le retrait de Cuba de la liste des États soutenant le terrorisme semblait imminente jeudi, à la veille de l’ouverture d’un Sommet des Amériques historique auquel Cuba participera pour la première fois depuis sa création il y a 20 ans.
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Mise à jour au 10/04/2015 à 9h43

Les présidents des États-Unis et de Cuba ont parlé par téléphone pour la deuxième fois en plus de 50 ans, préparant le terrain pour la rencontre historique entre les deux dirigeants au Sommet de Panama.

La première fois avait eu lieu le 17 décembre, tout juste avant l’annonce surprise du rapprochement américano-cubain.

L’appel extraordinaire, tard dans la nuit, entre le président Barack Obama et le président cubain Raul Castro, a eu lieu peu de temps après que les deux dirigeants sont arrivés à Ciudad Pamnama.

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Le sommet des Amériques, qui réunit pendant deux jours une trentaine de chefs d’État, enregistre donc la présence inédite cette année de Cuba, longtemps écarté de pareilles rencontres par les États-Unis et l’Organisation des États américains (OEA).

Jeudi après-midi sont arrivés dans le pays à quelques minutes d’intervalle le président américain Barack Obama et le président cubain Raul Castro de Cuba.

Ironie du sort, c’était au Panama en 1956 la dernière fois qu’un président de Cuba, Fulgencio Batista, et des États-Unis, Dwight Eisenhower s’étaient rencontrés.

Les présidents américain Barack Obama et cubain Raul Castro se retrouvent donc vendredi au Panama pour ce sommet historique voué à sceller le rapprochement entre les Etats-Unis et Cuba après 53 ans d’antagonisme absolu.

L’événement a été précédé dans la nuit de jeudi à vendredi par une rencontre qui fera déjà date entre le secrétaire d’État américain John Kerry et son homologue cubain Bruno Rodriguez.

Ces entretiens, les premiers entre responsables de ce niveau depuis 1958, ont permis de faire des « progrès » en vue du rapprochement entre les deux pays, a rapporté le Département d’Etat sans fournir plus de détails.

Pierre d’achoppement majeure dans le processus de réchauffement en cours depuis quatre mois entre La Havane et Washington, la présence de Cuba sur cette liste depuis 1982 a été passée en revue par le département d’État américain, avait annoncé le président Barack Obama la veille depuis la Jamaïque.

Ben Cardin, démocrate le plus haut placé de la commission des Affaires étrangères du Sénat, a fait état du dépôt d’une « recommandation du département d’État de retirer Cuba de la liste des États soutenant le terrorisme ».

« J’espère que cette annonce lèvera les obstacles au rétablissement des relations diplomatiques », a souligné le sénateur, alors que le Département d’État tardait à confirmer l’information.

Figurer sur cette liste, qui comprend aussi le Soudan, la Syrie ou l’Iran, empêche notamment d’accéder au financement par des organismes internationaux.

« La présence de Cuba sur la liste est vue depuis Cuba comme une insulte infondée et un mensonge », raison pour laquelle une annonce en ce sens aurait « un effet positif sur les relations bilatérales en général », a expliqué à l’AFP l’analyste cubain Arturo Lopez-Levy, du Centre d’études globales de l’Université de New York.

« Si les circonstances changent, alors la liste doit changer », a expliqué M. Obama.

Une telle déclaration constituerait « un geste symbolique » dans les négociations, selon les analystes, et ouvrirait la voie à la réouverture d’ambassades, même si selon M. Obama cela « prendra du temps ».

De nombreux autres points épineux restent toutefois à résoudre, comme la levée de l’embargo imposé à Cuba depuis 1962.

Raul Castro a prévenu fin janvier que la normalisation « ne sera pas possible » tant que sera maintenu l’embargo en vigueur depuis 1962 contre l’île communiste, qui demande inlassablement sa levée.

Par ailleurs, demeurent les épineux dossiers de la base navale de Guantanamo (est), occupée par les troupes américaines depuis 1903, et celui des compensations demandées par les deux pays pour les dégâts de l’embargo et la nationalisation de biens américains après la révolution castriste.

Quoi qu’il en soit, de récents sondages cités par la presse internationale révèlent que 59% des Américains et 97% des Cubains sont favorables au rapprochement.

Point d’orgue espérée de ce Sommet qui réunira pour la première fois les 35 pays du continent, la photo attendue qui devrait immortaliser les présidents cubain et américain côte à côte et qui fera sans doute le tour du monde, comme l’avait fait la fugace poignée de mains échangée par MM. Obama et Castro lors des funérailles de Nelson Mandela en 2013.

Le Venezuela en trouble-fête

M. Obama a annoncé qu’il viendrait à ce Sommet porteur d’une volonté de « dialogue », fort du réchauffement en cours avec La Havane et de la signature d’un accord-cadre sur le nucléaire iranien.

Mais il devra faire face à de nombreux pays latino-américains irrités par sa récente décision de signer un décret qualifiant le Venezuela, principal partenaire économique de Cuba, de « menace » pour la sécurité intérieure des États-Unis.

Le président vénézuélien Nicolas Maduro a prévu de remettre lors de ce Sommet quelque 10 millions de signatures à M. Obama en faveur de l’annulation de ce décret polémique confirmant des sanctions contre de hauts responsables du Venezuela.

Mais Washington, comme Caracas, ont eu à cœur de faire baisser la pression ces dernières heures, les Etats-Unis admettant que le Venezuela « n’est pas une menace », M. Maduro se déclarant disposé au « dialogue ».

Les observateurs doutent toutefois que ces accrochages nuisent au réchauffement cubano-américain. « Cuba ne doit pas perdre le cap. Le Sommet doit être l’occasion de favoriser un regard bienveillant sur les réformes et les ouvertures en cours sur l’île », a ajouté M. Lopez-Levy.

Raul Castro est pragmatique et conscient de la crise politique et économique que traverse le Venezuela, pays aux plus importantes réserves de pétrole au monde. Mais la dépendance cubaine au brut vénézuélien a diminué, passant de 100.000 barils par jour en 2013 à 80.000 en 2014.

Pour M. Obama, la dépendance de la région caraïbe au pétrole du Venezuela, adepte de la « pétro-diplomatie », ne passe pas inaperçue et le président américain arrive au Panama après une étape en Jamaïque, où il a plaidé pour un renforcement de la coopération énergétique avec cette région.

Les tensions diplomatiques se sont également exprimées dans la rue, où partisans et opposants aux régimes castriste et vénézuélien ont échangé coups et invectives lors de petits rassemblements, manifestations et dans les forums parallèles au Sommet.

Face au Sommet des Amériques, l’Université de Panama accueille, elle, un Sommet des peuples, ou sont attendus quelque 3.000 représentants d’organisations civiles et politiques, ainsi que les présidents de Bolivie et d’Equateur, Evo Morales et Rafael Correa.

Réception canadienne axée sur les Jeuxpanaméricains et parapanaméricains de Toronto

Le premier ministre Stephen Harper s’apprête pour sa part à renouer avec les autres dirigeants du continent, durant la fin de semaine, alors qu’il se rend lui aussi au Panama pour assister au Sommet des Amériques.

Il est prévu que le premier ministre Harper ait des échanges bilatéraux avec divers partenaires majeurs à l’occasion de l’événement. Le chef du gouvernement canadien doit aussi présenter les objectifs canadiens pour les Amériques dans le cadre d’une allocution, en plus de tenir une réception axée sur les Jeux panaméricains et parapanaméricains qui se tiendront dans la région de Toronto, l’été prochain.

Les Jeux panaméricains représentent le troisième plus important événement multisport d’envergure internationale après les Jeux olympiques (d’été) et les Jeux asiatiques qui les dépassent en taille et en portée, affirme les organisateurs de l’événement.

Ils ont lieu tous les quatre ans pour les athlètes des 41 nations membres de l’Organisation sportive panaméricaine (OSP), au cours de l’année qui précède les Jeux olympiques et paralympiques.

Les Jeux panaméricains ont été organisés dans une douzaine de pays dans les Amériques et le Canada a déjà eu l’honneur de les accueillir à deux reprises à Winnipeg, au Manitoba, en 1967 et en 1999.

*Avec AFP