Yémen: vote à l’ONU, des tribus s’emparent du terminal gazier

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Manifestation de rebelles chiites Houthis le 1er avril 2015 à Sanaa contre l'intervention de la coalition arabe au Yémen (Mohammed Huwais/AFP)
Manifestation de rebelles chiites Houthis le 1er avril 2015 à Sanaa contre l’intervention de la coalition arabe au Yémen (Archives/Mohammed Huwais/AFP)

Parallèlement à ses raids au Yémen, la coalition dirigée par l’Arabie saoudite est passée mardi à l’offensive diplomatique avec un projet de résolution à l’ONU sommant les rebelles chiites liés à l’Iran de se retirer des régions qu’ils occupent.
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Mise à jour au 14/04/2015 à 14h36

Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté mardi une résolution qui somme les miliciens chiites houthis de se retirer des zones du Yémen qu’ils ont conquises, et qui leur impose des sanctions dont un embargo sur les armes. L’Iran détaillera lui un plan de paix mercredi.

Quatorze des 15 pays membres ont voté pour, la Russie s’abstenant. La résolution, mise au point par les pays du Golfe et parrainée notamment par la Jordanie, demande à « toutes les parties » au conflit de négocier dans les plus brefs délais une « cessation rapide » des hostilités. Mais elle n’impose pas à la coalition arabe qui combat les Houthis, soutenus par l’Iran, de suspendre les raids aériens qu’elle mène depuis près de trois semaines.

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Sur le terrain, des combattants de tribus locales sunnites ont pris possession mardi de l’unique terminal pétrolier du pays, dont toutes les opérations ont été suspendues. Ce terminal, situé à Belhaf, dans le sud, est opéré par la compagnie Yemen LNG, en partie contrôlée par le groupe français Total.

A New York, le Conseil de sécurité de l’ONU devait voter dans la journée sur un projet de résolution exigeant le retrait des rebelles des régions qu’ils contrôlent à travers le pays. Le texte prévoit un embargo sur les armes contre ces rebelles et des sanctions ciblées contre Abdel Malik Al-Houthi, le chef du mouvement chiite yéménite Ansaruallah (Partisans de Dieu), et Ahmed Ali Abdallah Saleh, le fils de l’ex-président Saleh aujourd’hui allié aux insurgés.

Le projet de résolution a été présenté par la Jordanie et des pays arabes du Golfe, mais il pourrait susciter un veto de la Russie qui entretient des relations amicales avec l’Iran, lui-même favorable aux rebelles chiites Houthis.

Depuis le 26 mars, une coalition de neuf pays arabes conduite par l’Arabie saoudite mène des raids aériens contre la rébellion au Yémen, pays pauvre et instable de la péninsule arabique.

Après avoir conquis la capitale Sanaa, ainsi que des régions du nord, du centre et de l’ouest, les rebelles et leurs alliés menacent les dernières positions dans le sud des partisans du président Abd Rabbo Mansour Hadi qui s’est réfugié en Arabie saoudite.

‘Force majeure’

L’intervention arabo-sunnite du 26 mars a embrasé le pays où des combats opposent quotidiennement partisans et adversaires du chef de l’Etat. Le conflit revêt des dimensions locales, régionales, politiques, confessionnelles et tribales.

Mardi, la compagnie Yemen LNG, contrôlée en partie par le Français Total, a annoncé la suspension de « toutes ses opérations de production et d’exportation » à l’unique terminal gazier du pays, situé à Belhaf (sud), sur le Golfe d’Aden. La décision, qu’elle a qualifiée de cas de « force majeure », a été prise en raison d’une « nouvelle dégradation de la situation sécuritaire autour de Belhaf ».

Une source militaire a ensuite annoncé que des combattants de tribus avaient pris possession du terminal gazier après la reddition de l’unité de l’armée chargée de sa protection.

Une source tribale a confirmé les faits en précisant que « les quelque 400 soldats qui étaient déployés au terminal ont déposé les armes et se sont retirés. Nos hommes ont pénétré dans le port et dans les bureaux de Yemen LNG ». Les tribus se sont engagées à « assurer la sécurité des installations du site », a-t-elle ajouté.

Appui parfois monnayé

Généralement, les tribus locales sunnites du sud sont hostiles aux Houthis, ces rebelles chiites venus du nord.

Mais, en raison de changements d’allégeance qui sont monnaie courante au Yémen, nul n’était en mesure de dire avec certitude si ces tribus soutenaient aujourd’hui le chef de l’Etat en exil. Dans le passé, des tribus ont parfois monnayé leur appui.

Toujours dans le sud, seize rebelles chiites ont été tués dans un attentat à la moto piégée et une embuscade tendue par des combattants favorables au président dans la province de Lahj, ont indiqué mardi des sources militaires.

A Aden, deuxième ville du pays, de violents combats de rue ont opposé toute la nuit, dans les quartiers de Dar Saad, Khor Maksar et Al-Moalla, des combattants pro-Hadi à des rebelles, soutenus par des militaires fidèles à l’ex-président Saleh, selon des habitants.

Des appels lancés par haut-parleur lundi et mardi depuis des mosquées ont invité les Houthis et leurs alliés à arrêter ces combats « meurtriers et destructeurs ».

A l’ouest d’Aden, des renforts que les Houthis tentaient d’acheminer vers la raffinerie ont été la cible de raids aériens nocturnes qui ont fait sept morts, ont affirmé des sources pro-Hadi.

Depuis le 26 mars, les morts se comptent par centaines et les blessés par milliers, et les organisations humanitaires éprouvent les plus grandes difficultés à faire parvenir des secours aux civils.

Interrogé sur les appels de l’ONU en faveur d’une pause humanitaire, le porte-parole saoudien de la coalition, le général de brigade Ahmed Assiri, a déclaré qu’il fallait poser la question « à ceux qui tuent des citoyens yéménites ». Il a accusé les rebelles de « rendre la vie difficile aux équipes de secours ».

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