Yémen: premières fissures chez les rebelles

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Des combattants favorables au président Abd Rabbo Mansour Hadi patrouillent dans la ville de Taez, le 19 avril 2015 où ont lieu des combats avec les rebelles Houthis (Abdel Rahman Abdallah/AFP)
Des combattants favorables au président Abd Rabbo Mansour Hadi patrouillent dans la ville de Taez, le 19 avril 2015 où ont lieu des combats avec les rebelles Houthis (Abdel Rahman Abdallah/AFP)

Des fissures sont apparues dans le camp de la rébellion au Yémen mais les Houthis, accusés de liens avec l’Iran, ont promis de se battre jusqu’au bout contre « l’agression sauvage » menée selon eux par l’Arabie saoudite.

26 jours après le début de l’opération de la coalition arabo-sunnite, son aviation a frappé lundi une base de missiles à la sortie sud de la capitale Sanaa, provoquant de puissantes explosions dans des dépôts d’armes et de munitions, selon des témoins.

Le site visé à Fajj Attan, une colline surplombant Sanaa, relève de la Garde républicaine, corps d’élite de l’armée yéménite resté fidèle à l’ex-président Ali Abdallah Saleh qui s’est allié aux Houthis. Aucun bilan de victimes n’était disponible de source indépendante.

Coup sur coup dimanche, le commandement militaire de la plus vaste province du Yémen a annoncé le ralliement de 25.000 soldats au président Abd Rabbo Mansour Hadi, réfugié en Arabie saoudite, et un parti jusqu’ici allié aux Houthis a déclaré soutenir l’appel de l’ONU à un cessez-le-feu.

Cependant, dans un discours télévisé, le jeune chef de la rébellion, Abdel Malek Al-Houthi, a affirmé que le « peuple yéménite ne cèdera jamais » face à « l’agression sauvage » menée selon lui par l’Arabie saoudite qui poursuit des frappes aériennes depuis le 26 mars pour stopper l’avancée des Houthis dans le sud.

Abdel Malek Al-Houthi, barbe bien taillée et portant le poignard traditionnel du Yémen à la ceinture, s’en est pris violemment à Ryad et a rejeté les accusations de soutien militaire iranien à ses combattants. Téhéran « n’a pas d’influence au Yémen », a-t-il assuré.

L’Iran reconnaît apporter un appui aux Houthis, issus de la minorité zaïdite, mais nie leur fournir des armes.

Lundi, le ministre yéménite des Affaires étrangères en exil a rejeté toute médiation de l’Iran dans le conflit et a évoqué l’idée d’un « Plan Marshall arabe » pour la reconstruction du pays une fois que la stabilité sera revenue.

« Tout effort de médiation venant de l’Iran est inacceptable car l’Iran est impliqué dans le conflit au Yémen », a déclaré Ryad Yassine.

‘Soutien à la légalité’

Les rebelles, qui ont conquis de vastes territoires depuis leur entrée dans Sanaa en septembre 2014, n’auraient jamais pu remporter de tels succès sans le soutien des troupes restées fidèles à l’ex-président Saleh (au pouvoir de 1978 à 2012), rappellent des experts.

Or, dimanche, le parti de M. Saleh, le Congrès populaire général (CPG), a donné l’impression de commencer à prendre ses distances avec les Houthis. Le CPG a annoncé dans un communiqué accueillir « positivement la résolution 2216 » adoptée le 14 avril par le Conseil de sécurité de l’ONU.

Ce texte impose un embargo sur les armes contre les rebelles et les somme de se retirer de toutes les zones qu’ils ont conquises ces derniers mois.

Le parti de M. Saleh affirme également « soutenir l’appel du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon à un cessez-le-feu » et à « une reprise du dialogue sous les auspices des Nations unies » en vue d’un règlement politique au Yémen.

Parallèlement, le commandement de la 1ère région militaire, basée dans la province du Hadramout, qui partage une longue frontière avec l’Arabie saoudite, a annoncé son ralliement au président Hadi.

Dans un communiqué signé par le général Abderrahman al-Halili, « les officiers, sous-officiers et soldats » servant dans cette région ont affirmé « soutenir la légalité constitutionnelle incarnée par le président ».

La région militaire, qui englobe 6 bataillons, couvre un territoire s’étendant de la frontière omanaise à l’est à celle du nord avec l’Arabie et inclut les champs pétrolifères de Mareb et de Chabwa, a précisé à l’AFP un responsable du commandement basé à Seyoun.

La coalition de neuf pays arabes, dirigée par l’Arabie saoudite, continue pour sa part à clamer que sa campagne aérienne produit des résultats significatifs.

Son aviation, qui a effectué « 2.300 sorties » au dessus du Yémen, a désormais « une maîtrise totale de l’espace aérien », a affirmé le porte-parole saoudien de cette coalition, le général de brigade Ahmed Assiri.

Il a fixé trois objectifs pour « la prochaine étape » de l’opération: « empêcher les mouvements opérationnels des miliciens Houthis, qui sont déjà devenus lents, protéger des civils et (faciliter) les actions humanitaires pour alléger les souffrances des Yéménites ».

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