Abus sexuels dans l’armée: l’expérience américaine et le sort de ceux qui dénoncent

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Le Secrétaire américain à la Défense Ashton Carter discute de la publication du rapport annuel du ministère de la Défense sur l'agression sexuelle dans les forces armées américaines lors d'une conférence de presse au Pentagone, le 1er mai 2015. Carter a également annoncé des directives visant à renforcer davantage le programme de prévention de l'agression sexuelle et la réponse de son ministère (Maître de 2e classe US Navy Sean Hurt/DoD)
Le Secrétaire américain à la Défense Ashton Carter discute de la publication du rapport annuel du ministère de la Défense sur l’agression sexuelle dans les forces armées américaines lors d’une conférence de presse au Pentagone, le 1er mai 2015.(Maître de 2e classe US Navy Sean Hurt/DoD)

Le nombre d’abus sexuelles dans les forces armées américaines a diminué de 27% entre 2012 et 2014, mais le risque de représailles contre les victimes ou ceux qui dénoncent les faits demeure nettement trop élevé, a estimé vendredi le Pentagone, alors qu’était rendu public le rapport de la Défense américaine sur les agressions sexuelles pour l’année 2014.

Selon une enquête par questionnaire anonyme conduite par le Pentagone, environ 18.900 soldats (10.400 hommes et 8.500 femmes) ont été victimes d’un contact sexuel « non voulu » en 2014, contre 26.000 en 2012, soit une baisse de 27%.

« Il y a trop de militaires qui se sentent ostracisés ou victimes de représailles quand ils dénoncent » des abus sexuels, a déclaré le ministre américain de la Défense Ashton Carter à Washington, en présentant le rapport annuel du Pentagone sur ces agressions.

Dans un mémorandum à la hiérarchie militaire, le ministre a demandé que lui soit présentée « une stratégie exhaustive pour empêcher » ces représailles contre les victimes et ceux qui interviennent en leur faveur et exigé que des plans pour développer pareille stratégie lui soient présentés d’ici le 1er septembre 2015.

Selon le rapport du Pentagone, 57% des victimes ayant dénoncé un abus disent avoir subi des représailles au travail, de l’ostracisme ou une sanction administrative.

Une particularité dans les forces américaines qui en dit long sur la peur des représailles est le choix offert aux victimes d’agression sexuelle de rapporter l’agression  deux façons différentes, soit « avec restriction » ou sans « restriction ».

Le rapport « avec restriction » est une option pour les victimes d’agression sexuelle qui souhaitent rapporter confidentiellement l’agression afin de recevoir un traitement médical et des conseils, mais sans déclencher le processus d’enquête officielle

Le rapport « sans restriction » est pour les victimes d’agression sexuelle qui, au contraire, désirent non seulement un traitement médical et des conseils, mais aussi qu’une enquête officielle qui pourra déboucher sur des accusations soit menée.

L’an dernier, 4660 victimes ont fait des rapports d’agression sexuelle « avec restriction » et 1840 « sans restriction ».

Les victimes peuvent toutefois choisir plus tard de convertir le rapport « avec restriction » en un rapport « sans restriction » et l’année dernière, dit le Pentagone, 20 % l’ont fait. Cela représente, affirme la Défense américaine, une hausse de 15 % par rapport aux années passées.

L’étude du Pentagone montre aussi que les victimes étaient satisfaites de leur décision. Environ 72 pour cent des victimes qui ont répondu à l’enquête ont dit avoir signalé leur agression sexuelle et qu’elles prendraient la même décision si c’était à refaire. En outre, 73 % des répondants de cette enquête préconisent  qu,on en finisse avec la loi du silence et que non seulement les victimes, mais aussi les personnes de l’entourage dénoncent elles aussi les agressions sexuelles dont elles sont témoins.

Malgré la peur des représailles, les victimes sont tout de même de plus en plus plus nombreuses à dénoncer les agressions sexuelles: 6.131 militaires ont rapporté avoir été violés ou avoir subi une agression sexuelle en 2014, un chiffre en augmentation de 11% sur un an, selon le Pentagone.

Le ministre de la Défense a promis aussi de faire plus contre le harcèlement sexuel dont auraient été victimes, sous une forme ou sur une autre, jusqu’à 22% des femmes en uniforme et 7% des hommes, selon le rapport.

Ce qui est d’autant plus important que le harcèlement mène bien souvent à l’agression.

« C’est détestable et cela doit stopper, pas seulement parce que c’est tout à fait mal, mais parce que les chiffres montrent que ceux qui ont subi du harcèlement sexuel ont plus de chance d’être sexuellement agressés », a expliqué M. Carter.

Rapport annuel sur les agressions sexuelles dans les forces armées américaines

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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