Burundi: la France gèle sa coopération sécuritaire, Nkurunziza dénonce les pressions étrangères

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Le président burundais Pierre Nkurunziza le 17 mai 2015 à Bujumbura (Carl De Souza/AFP)
Le président burundais Pierre Nkurunziza le 17 mai 2015 à Bujumbura (Carl De Souza/AFP)

La France a annoncé le gel de sa coopération sécuritaire sur tout ce qui concerne la police et la défense, un geste symbolique mais qui isole encore un peu plus le pouvoir burundais, à cinq jours d’un nouveau sommet des pays d’Afrique de l’Est consacré à la crise.

Contesté dans la rue, le président burundais Pierre Nkurunziza a durci le ton mardi en rejetant les pressions étrangères qui « sapent » les institutions, et en a appelé à « la solidarité nationale » pour financer les prochaines élections.

 

Un mois jour pour jour après le début de la contestation contre la candidature du président Nkurunziza (au pouvoir depuis 2005) à un troisième mandat lors de la présidentielle du 26 juin, les manifestants ont maintenu la pression mardi dans les rues de Bujumbura, avec barricades et jets de pierres, et toujours sous les tirs des forces de l’ordre.

Les policiers se sont de nouveau déployés en force dans les habituels quartiers contestataires, où ils ont essayé toute la journée de prévenir les rassemblements. A Musaga et Nyakabiga, les protestataires n’ont même pas pu se regrouper.

A Cibitoke, des tirs soutenus, notamment en rafale, étaient entendus en début de soirée. Des militaires sont arrivés en renfort sur place, mais dans l’obscurité, la situation était très confuse, des habitants parlant d’une descente des Imbonerakure (ligue de jeunesse du parti présidentiel).

Fait nouveau, des barricades ont été érigées dans le quartier commerçant et musulman de Buyenzi, proche du centre-ville, où la police est intervenue pour disperser plusieurs centaines de manifestants, tirant en l’air et jetant des grenades lacrymogènes parfois jusque dans les cours des maisons, à la grande indignation des habitants.

Dans plusieurs quartiers, les routes était bloquées par des rochers et objets de toutes sortes souillés d’excréments, nouvelle tactique pour empêcher les policiers de démanteler les barricades.

« Le gouvernement est (…) profondément préoccupé par l’activité diplomatique en cours qui tend à saper et – dans une large mesure – à dénigrer les institutions républicaines et constitutionnelles » du pays, a dénoncé le porte-parole du gouvernement Philippe Nzobonariba.

Tout en disant « apprécier les conseils de tous ceux qui sont préoccupés par la situation », ce porte-parole a averti que « certaines questions qui touchent à la souveraineté, à la constitutionnalité et à la primauté du droit qui régit la République de Burundi ne peuvent être sujet à débat », en référence à un troisième mandat présidentiel.

Le gouvernement « ne négociera, ni ne discutera des questions qui tendent à saper ses institutions. Ceci est la ligne rouge qui doit guider ceux qui cherchent à collaborer », a-t-il mis en garde, fustigeant les « idées et recommandations préconçues » de « certaines délégations d’envoyés spéciaux et des comités d’éminentes personnalités dépêchées par la communauté internationale (…) ».

Les manifestations sont quasi quotidiennes depuis un mois dans la capitale, émillées de heurts avec la police, avec près d’une trentaine de morts en quatre semaines. Un opposant a été assassiné samedi soir et trois personnes tuées la veille dans des jets de grenades sur la foule.

Sous l’égide de l’ONU et de l’Union africaine, un « dialogue » a été initié entre les deux parties, mais suspendu après les violences du weekend. Il se limitait à d’acrimonieuses discussions autour des manifestations, laissant de côté la principale et épineuse question du troisième mandat, sur laquelle le blocage est total.

Pour tenter de dénouer la crise, les dirigeants des pays de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) se réuniront une nouvelle fois dimanche en Tanzanie, à Dar es Salam. « Tous les chefs d’Etat vont venir », y compris celui du Burundi, selon l’EAC.

Lors d’un premier sommet de l’EAC le 13 mai, déjà à Dar es Salaam, des généraux burundais avaient profité de l’absence du pays du président Nkurunziza pour tenter un coup d’Etat, qui avait échoué deux jours plus tard.

On ignore sur quels sujets les chefs d’Etat de la région se pencheront ce dimanche: la question du troisième mandat, ou un report des élections.

Des législatives et des communales, déjà reportées de dix jours sous la pression internationale, sont prévues le 5 juin, avant la présidentielle du 26 juin.

Au risque d’une vacance du pouvoir, la présidentielle ne pourrait être repoussée au-delà de la fin août alors que certains pays, comme les Etats-Unis, ont carrément mis en garde contre un troisième mandat de M. Nkurunziza.

Pour financer ce processus électoral, d’un coût d’environ 60 millions de dollars, le gouvernement en a appelé à la « solidarité nationale » et à ouvert une souscription publique.

Les autorités affirment avoir « déjà rassemblé une bonne partie des moyens nécessaires », et ont annoncé mardi « l’ouverture d’une ligne budgétaire » de 25 millions d’euros pour ces élections, face aux suspensions de financements décrétées par les Européens à la mi-mai.

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