Désarmement nucléaire: la conférence de suivi du TNP, le Canada soutient Israël

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Essai d’un missile tiré d’un navire sud-coréen après l’annonce de la Corée du Nord d’un nouvel essai de bombe nucléaire en 2013. (AFP)
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Essai d’un missile tiré d’un navire sud-coréen après l’annonce de la Corée du Nord d’un nouvel essai de bombe nucléaire en 2013. (AFP)
Essai d’un missile tiré d’un navire sud-coréen après l’annonce de la Corée du Nord d’un nouvel essai de bombe nucléaire en 2013. (AFP)

Une réunion des pays signataires du Traité de non prolifération nucléaire (TNP) s’est terminée vendredi sur un échec, les États-Unis et leurs alliés, dont le Canada, rejetant une initiative arabe sur la création d’une zone exempte d’armes nucléaires au Proche-Orient.

Après presque quatre semaines de tractations, Washington, Londres et Ottawa ont indiqué qu’ils s’opposaient à une partie du projet de document final. Celui-ci fixait au 1er mars 2016 la date limite pour convoquer une conférence sur la création de cette zone et chargeait le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon de faire progresser cette initiative lancée en 1995.

Israël, qui n’a pas signé le TNP mais assistait à la conférence en observateur pour la première fois depuis 20 ans, refuse de se voir dicter la date ou l’ordre du jour d’une telle conférence et rejette la tutelle de l’ONU.

Le ministre des Affaires étrangères canadien, Rob Nicholson, a estimé aujourd’hui que, »Malheureusement, le document final proposé à la Conférence d’examen du TNP de 2015 comportait des éléments qui ne garantissent pas une approche globale et consensuelle de l’organisation d’une conférence sur la création au Moyen-Orient d’une zone exempte d’armes de destruction massive (ADM) ».

« Le Canada ne peut appuyer qu’un processus de Conférence sur les armes de destruction massive au Moyen-Orient qui soit légitime, qui réponde aux préoccupations de tous les États de la région, y compris Israël, et qui garantisse leur participation fondée sur le consentement », a déclaré le chef de la diplomatie canadienne », ajoutant que « Le Canada est convaincu qu’il était possible de s’entendre sur un résultat raisonnable à la Conférence sur les ADM au Moyen-Orient, et qu’une telle entente était à portée de main. Il est regrettable que quelques États de la région n’aient pu tenir compte des besoins et des intérêts de la région dans son ensemble »..

« Il n’y a pas d’accord sur ce document », a déclaré pour sa part la sous-secrétaire américaine au Désarmement et à la Sécurité internationale, Rose E. Gottemoeller.

Critiquant « une date limite arbitraire », elle a affirmé que le projet présenté « était incompatible avec la politique suivie de longue date » par Washington et ne recueillait pas « l’assentiment de toutes les parties concernées », une allusion transparente à Israël.

Les États-Unis avaient dépêché un émissaire en Israël cette semaine pour tenter de trouver un compromis.

Mme Gottemoeller a blâmé les pays arabes, en particulier l’Égypte, qui ont insisté selon elle de manière « irréaliste » pour faire avancer la création de cette zone.

Les États-Unis, a-t-elle affirmé, considèrent qu’il vaut mieux « pas de document final plutôt qu’un mauvais document ».

L’ambassadeur britannique pour le désarmement Matthew Roland s’est déclaré quant à lui « déçu de n’avoir pu établir un terrain d’entente sur le Proche-Orient ». « Cette question, et cette question seule, a été le point d’achoppement pour nous », a-t-il expliqué. Il a fait valoir que cet échec « ne nuirait en aucune manière au traité ou au respect de ses dispositions ».

De son côté, lors d’un entretien aujourd’hui avec le premier ministre Harper sur l’issue de la Conférence chargée d’examiner le Traité, le Premier ministre Netanyahu a remercié le Canada d’avoir fait reposer sur des principes son approche à l’égard de la question d’une zone sans armes de destruction massive au Moyen-Orient.

Le premier ministre Harper a pour sa part réaffirmé l’engagement du Canada à l’égard du désarmement et de la non-prolifération, notamment dans le cadre du TNP, mais a insisté, comme l,avait faitson ministre des Affaires étrangères, « sur la conviction qu’a le Canada qu’une zone sans armes de destruction massive ne peut être véritablement efficace que si tous les pays du Moyen-Orient participent librement et de manière constructive à son établissement ».

Le TNP

Le TNP, entré en vigueur en 1970, regroupe 190 pays ou entités et une conférence de suivi se tient tous les cinq ans. En 2000 et 2005 notamment, les délégués s’étaient déjà séparés sans accord sur un texte final.

En 2010, la déclaration finale de la conférence de suivi prévoyait qu’une réunion devait se tenir à Helsinki en 2012 pour parler du projet de zone dénucléarisée au Proche-Orient. Mais elle n’a jamais pu avoir lieu, en raison notamment des réticences d’Israël.

L’État hébreu, crédité de quelque 200 ogives par des experts, n’a jamais reconnu officiellement disposer de la bombe.

Le chef de la délégation égyptienne, l’ambassadeur Hesham Badr, s’est déclaré « extrêmement déçu ». « Après de grandes attentes, nous sommes empêchés de renforcer le TNP par trois délégations », a-t-il déploré. Il a critiqué implicitement les Etats-Unis pour avoir « cherché à rejeter la faute sur l’Egypte ».

L’Iran a fait une tentative de dernière minute pour arracher un accord en demandant une suspension de séance mais les débats ont repris sans plus de consensus.

Le délégué iranien a accusé Londres, Washington et Ottawa d’avoir sabordé la réunion « uniquement pour sauvegarder les intérêts d’un pays non partie au traité qui a menacé la paix et la sécurité de la région en se dotant d’une capacité nucléaire ».

Pour Kingston Reif, directeur du désarmement pour l’ONG spécialisée Arms Control Association, cet échec « va probablement accroître la frustration croissante des pays non dotés de l’arme nucléaire devant le peu d’empressement des pays dotés à désarmer ».

Depuis la conférence précédente, en mai 2010, qui avait accouché d’un programme de travail ambitieux, les efforts pour réduire progressivement les arsenaux nucléaires s’amenuisent.

Le TNP subit aussi le contre-coup de la crise ukrainienne, qui a détérioré les relations entre les deux principales puissances atomiques, les Etats-Unis et la Russie. Ceux-ci rassemblent à eux deux plus de 3.000 ogives nucléaires stratégiques, soit près de 90% des armes atomiques déployées dans le monde.

Parmi les pays dotés officiellement ou non de l’arme atomique, seuls l’Inde, le Pakistan et Israël n’ont pas signé le TNP. Les cinq puissances nucléaires parties au TNP sont les Etats-Unis, la Russie, la France (290 ogives déployées), le Royaume-Uni (120 environ), et la Chine (environ 250).

La Corée du Nord s’est retirée du TNP en 2003 et a mené depuis trois essais nucléaires.

*Avec AFP