EI: les djihadistes consolident leur emprise sur une vaste région en Syrie et en Irak

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Vue aérienne du site antique de Palmyre le 13 janvier 2009 (Archives/Christophe Caron/Imag-Air.com/SFP)
Vue aérienne du site antique de Palmyre le 13 janvier 2009 (Archives/Christophe Caron/Imag-Air.com/SFP)

Les djihadistes du groupe État islamique (EI) ont pris au régime en Syrie le dernier poste frontalier avec l’Irak, consolidant leur emprise sur une vaste zone transfrontalière après la conquête de Palmyre, dont les trésors archéologiques sont menacés.

L’EI contrôle désormais la moitié du territoire de la Syrie, pays ravagé depuis plus de quatre ans par la guerre civile, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

En huit jours, cette organisation ultra-radicale sunnite a réussi à prendre Ramadi, la capitale de la province irakienne d’Al-Anbar, puis jeudi Palmyre, dans le désert syrien frontalier de l’Irak avant de progresser vers le sud pour s’emparer du poste-frontière entre les deux pays d’Al-Tanaf après le retrait des troupes du régime.

Désormais, l’ensemble des trois passages frontaliers avec l’Irak échappe au régime de Bachar al-Assad : celui de Boukamal est aussi aux mains de l’EI et le poste d’Al-Yaaroubié, plus au nord, est contrôlé par les forces kurdes.

Avec ces coups de force, l’EI renforce son emprise sur une large bande territoriale transfrontalière qui lui permet d’étendre son «califat» proclamé en juin 2014, malgré les frappes quotidiennes menées par une coalition internationale dirigée par les États-Unis sur ses positions en Syrie et en Irak depuis plus de neuf mois.

Responsable d’atrocités et accusé de crimes contre l’humanité, ce groupe fort de dizaines de milliers d’hommes a profité de la guerre civile en Syrie pour prendre des territoires dès 2013 et de l’instabilité en Irak pour y renforcer sa base.

«Menacer la Syrie profonde»

«Le fait que l’EI contrôle la moitié du territoire syrien (plus de 95 000 km2) signifie que le régime syrien ne détient plus que 22 % de ce territoire», le reste étant aux mains d’autres groupes rebelles, selon le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

«Pour l’EI, même s’il s’est emparé de régions peu peuplées, cela signifie qu’il contrôle désormais une étendue géographique très importante qui lui permettra de menacer la Syrie profonde comme Homs et Damas», a-t-il dit vendredi à l’AFP. Ces deux villes sont des bastions du régime.

Palmyre, véritable carrefour routier, est située dans la province de Homs frontalière de celle d’Al-Anbar en Irak. Elle «peut être utilisée pour lancer des attaques en direction de Homs et Damas», estime aussi Matthew Henman, chef de l’IHS Jane’s Terrorism and Insurgency Centre.

Alors que l’EI a détruit plusieurs trésors archéologiques dans sa progression en Irak, la communauté internationale craint qu’il ne fasse de même à Palmyre, cité vieille de plus de 2000 ans, réputée pour ses colonnades torsadées romaines, ses temples et tours funéraires.

L’UNESCO a lancé un appel à l’aide à l’ONU pour agir en avertissant que «toute destruction» à Palmyre, inscrite au patrimoine mondial de l’humanité, «serait (…) une énorme perte pour l’humanité».

Une vidéo postée sur YouTube par une chaîne proche de l’EI montre l’entrée de Tadmor (Palmyre en arabe) avec une longue rue déserte, des positions abandonnées par l’armée et un drapeau de l’EI hissé sur l’un des bâtiments.

L’assaut à Ramadi se fait attendre

La bataille déclenchée le 13 mai a fait près de 500 morts et poussé une partie des habitants à la fuite, selon l’OSDH. Parmi les victimes, des dizaines dont des civils ont été décapitées ou fusillées par l’EI selon l’OSDH.

Selon un militant originaire de Palmyre en contact avec ses proches, les djihadistes fouillent les maisons à la recherche de personnes prorégime et empêchent les habitants de sortir. L’électricité est coupée.

Outre cette région, l’EI contrôle la majeure partie des provinces de Deir Ezzor et Raqqa (nord), et a une forte présence dans les provinces de Hassaké (nord-est), d’Alep (nord), de Homs et de Hama (centre). Il est aussi maître de la quasi-totalité des champs pétroliers et gaziers de Syrie, qui lui assurent une importante source de revenus.

Ailleurs en Syrie, où le régime combat les insurgés depuis la répression en 2011 d’une révolte pacifique, les djihadistes d’Al-Qaïda et leurs alliés rebelles ont pris vendredi un hôpital de la ville de Jisr al-Choughour (nord-ouest) où étaient assiégés 150 soldats et leurs familles depuis près d’un mois, selon l’OSDH.

«Des dizaines de soldats ont pris la fuite, d’autres ont été tués sur place et à l’extérieur de l’établissement, ou ont été capturés», précise l’Observatoire.

De l’autre côté de la frontière, l’EI a poursuivi son offensive en prenant des positions gouvernementales à l’est de Ramadi, alors que la contre-offensive des forces de sécurité, aidées de milices chiites, pour reprendre Ramadi se fait attendre.

La perte de Ramadi est un coup sévère pour le gouvernement irakien et l’allié américain qui a reconnu devoir réexaminer sa stratégie en Irak.

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