La Corée du Nord affirme pouvoir produire des ogives nucléaires

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Photo non datée diffusée le 8 février 2015 par l'agence officielle de la Corée du nord KCNA montrant un tir d'essai de missile en mer. (KCNA/AFP/Archives / KNS)
Photo non datée diffusée le 8 février 2015 par l’agence officielle de la Corée du nord KCNA montrant un tir d’essai de missile en mer. (KCNA/AFP/Archives / KNS)

La Corée du Nord, qui prétend déjà maîtriser le lancement d’engins balistiques, a assuré mercredi être désormais en mesure de produire des ogives nucléaires, étape indispensable à l’armement de missiles.

Le régime nord-coréen avait auparavant fait savoir à Ban Ki-moon, qui devait effectuer la première visite d’un secrétaire général des Nations unies depuis plus de 20 ans, qu’il annulait son invitation à se rendre sur le complexe industriel intercoréen de Kaesong, situé sur son territoire.

« Cela fait longtemps que nous avons commencé à miniaturiser (les charges nucléaires, NDLR) et à diversifier nos capacités en termes de frappes nucléaires », a déclaré la puissante Commission nord-coréenne de défense nationale (CDN) dans un communiqué rendu public par l’agence officielle KCNA.

« Nous sommes également parvenus au point où le degré de précision le plus élevé est garanti, pas seulement pour les missiles de courte et moyenne portée, mais également pour les missiles de longue portée », ajoute le communiqué. « Nous ne cachons pas cet état de fait ».

La CDN, la plus haute instance militaire du pays présidée par le numéro un Kim Jong-Un, a également critiqué les Etats-Unis pour avoir condamné l’annonce il y a deux semaines par Pyongyang d’un tir d’essai réussi d’un missile balistique depuis un sous-marin (MSBS), en violation des résolutions de l’ONU.

Experts et dirigeants occidentaux connaissent de longue date l’existence de l’arsenal atomique de Pyongyang, estimé à entre 10 à 16 bombes conçues à partir de plutonium ou d’uranium enrichi, mais trop volumineuses pour être placées dans la tête d’une fusée.

La communauté internationale a en outre pu vérifier la détermination du Nord à maîtriser le lancement de missiles à longue portée avec l’envoi dans l’espace, début 2013, d’un engin – qualifié de fusée par Pyongyang – avec mise sur orbite d’un satellite.

‘Un coup de bluff’

Ce tir est néanmoins considéré à l’étranger comme un échec partiel dès lors que le vecteur n’est pas revenu dans l’atmosphère, phase par définition indispensable des trajectoires balistiques.

Le régime nord-coréen a déjà procédé à trois essais nucléaires destinés à réduire la taille des charges atomiques. S’il parvenait à mettre des têtes nucléaires sur des missiles et à embarquer ceux-ci sur des sous-marins, la menace qu’il représente serait considérablement accrue.

Les spécialistes restent toutefois réservés.

Pour Cho Han-Bum, analyste à l’Institut sud-coréen pour l’unification nationale, le Nord est à court d’argent et ses dernières affirmations sont « difficiles à croire ».

« C’est un moyen pour le Nord (…) d’essayer d’attirer l’attention de l’administration américaine qui est trop occupée à résoudre des crises ailleurs », abonde Euan Graham du Lowy Institute for International Policy à Sydney.

Les experts s’entendent aussi pour dire que l’annonce par Pyongyang du tir d’un MSBS, une opération particulièrement complexe, était sans doute un coup de bluff, le pays n’étant selon toute vraisemblance pas en mesure d’y parvenir avant 2020.

Ban Ki-moon pas le bienvenu

Quoi qu’il en soit, ces annonces risquent de valoir une nouvelle pluie de condamnations à la Corée du Nord que le secrétaire d’État John Kerry avait déjà menacée de nouvelles sanctions cette semaine à Séoul après les révélations sur le sous-marin lanceur de missiles.

Ce à quoi la CDN a répondu mercredi: « les États-Unis et leurs amis doivent arrêter de faire du tapage autour de nos efforts pour renforcer nos forces d’auto-défense ».

Pyongyang a par ailleurs annulé à la dernière minute une visite exceptionnelle prévue jeudi de Ban Ki-moon, qui se trouve à Séoul.

« Aucune explication n’a été donnée pour ce changement de dernière minute (…) très regrettable », a indiqué M. Ban qui fut ministre sud-coréen des Affaires étrangères.

Il devait se rendre dans la zone industrielle de Kaesong, située en Corée du Nord à une dizaine de kilomètres de la frontière. Le site, qui emploie 53.000 Nord-Coréens dans 120 entreprises manufacturières sud-coréennes, est une précieuse source de devises pour la Corée du Nord et une assurance de main d’oeuvre bon marché pour les Sud-Coréens.

M. Ban a répété mercredi qu’il n’y aurait de règlement durable des tensions qu’à condition que Pyongyang se conforme pleinement aux résolutions du Conseil de sécurité.

« Je ne ménagerai pas mes efforts pour encourager la RPDC (République populaire démocratique de Corée, le nom officiel du Nord) à oeuvrer avec la communauté internationale en faveur de la paix et de la stabilité sur la péninsule coréenne et au-delà », a-t-il insisté mercredi.

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