L’A400M, un avion complexe aux multiples déboires

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Le premier Airbus A400M lors de sa sortie d'usine à Séville, le 26 juin 2008 (Archives/Aergenium)
Le premier Airbus A400M lors de sa sortie d’usine à Séville, le 26 juin 2008 (Archives/Aergenium)

L’accident de l’A400M, le premier pour ce modèle d’appareil, est un nouveau coup dur pour ce programme qui a accumulé retards et surcoûts, conduisant la branche aviation militaire d’Airbus Group à se réorganiser pour changer de patron en début d’année.
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Mise à jour au 10/10/2015 à 7h36

Après l’Allemagne et la Grande-Bretagne, l’armée de l’air turque a à son tour suspendu les vols d’entraînement sur ses deux Airbus A400M après le premier accident mortel du nouvel avion de transport militaire européen, samedi en Espagne, a rapporté dimanche l’agence de presse Anatolie.

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Déjà en 2010, Airbus avait failli jeter l’éponge. Tom Enders, le patron d’Airbus avait menacé d’abandonner le programme, lancé en 2003, si les sept pays à l’origine (Allemagne, France, Espagne, Royaume-Uni, Belgique, Luxembourg et Turquie) n’acceptaient pas de partager les surcoûts: 6,2 milliards d’euros, soit 30% du budget initial.

Le groupe s’interrogeait alors sur la pertinence même de ce programme.

Si aujourd’hui son existence n’est pas remise en cause, avec 174 appareils commandés et 12 déjà livrés, le programme connait toujours des difficultés.

À tel point qu’en janvier, le patron d’Airbus Group, Tom Enders a dû présenter des excuses aux autorités britanniques pour les retards dans les livraisons, avant d’annoncer une réorganisation complète de sa filiale Airbus Defence and Space.

« Nous faisons face à des retards dans les livraisons et dans le développement des capacités militaires », avait-il déclaré lors de voeux à la presse. « Ce n’est pas une catastrophe mais c’est suffisamment significatif », avait-il ajouté en assurant que son groupe travaillait « aussi dur que possible pour prendre des mesures correctives ».

Dans la foulée étaient annoncés le départ du directeur de cette branche aviation militaire Domingo Ureña Raso, et son remplacement par Fernando Alonso, jusque-là en charge des essais en vol.

Airbus DS a promis que « le programme A400M sera restructuré (…) pour permettre une meilleure efficacité au sein de la division d’Airbus DS et pour permettre au programme A400M (…) de répondre au mieux aux manquements actuels ».

Il devait communiquer fin février/début mars un nouveau calendrier de livraison, qui n’est cependant toujours pas connu.

Le groupe a aussi dû passer une provision de 551 millions d’euros sur son exercice 2014 pour prendre en compte les nouveaux retards enregistrés.

L’A400M est un appareil avec une motorisation complexe et des demandes techniques divergentes selon les pays clients.

Le groupe a subi de vives critiques de leur part. Ainsi en Grande-Bretagne, qui a commandé 22 appareils et en attendait sept en 2015, et où Tom Enders a présenté ses excuses.

En Allemagne aussi, de la part de la ministre de la Défense, Ursula von der Leyen, qui a souligné, fin janvier dans le Spiegel, qu’il y avait « plus en jeu que la seule image d’une entreprise industrielle, il est question de la fiabilité de l’Allemagne dans ses alliances » militaires.

Après environ quatre années de retard, Berlin a reçu en décembre le premier A400M sur les 53 qu’elle a commandés. D’après Der Spiegel, le contrôle de l’appareil par l’armée a décelé « 875 manquements », dont des gaines isolantes manquantes sur certains câbles électriques ou d’autres plus anecdotiques comme des moisissures sur l’évier.

Pour autant c’est un « bijou technologique », assurait en 2013 le ministre de la Défense français, Jean-Yves Le Drian, lorsque Paris a réceptionné son premier A400M.

L’A400M « va transformer la manière dont fonctionnent les opérations militaires », expliquait à l’AFP Ian Elliott, alors vice-président d’Airbus Military, car « pour la première fois, il permettra de livrer des équipements de combat directement sur place ».

Bernhard Gerwert, directeur général d’Airbus DS, a reconnu des « manquements » en soulignant les qualités de l’appareil, d’ores et déjà entré en opération.

« Tous les pilotes qui ont volé sur l’A400M vantent les performances » de l’appareil, a-t-il dit.

Équipé de quatre turbopropulseurs, l’A400M peut transporter jusqu’à 37 tonnes sur 3.300 kilomètres, se poser sur des terrains non préparés comme le sable, avec à son bord des blindés ou des hélicoptères.

Au total, 174 avions ont été commandés par huit pays à ce jour. Airbus DS assure avoir des « prospects exports qui vont se réaliser en 2015 ».

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