Le général Lawson à Shangri-La sur la lutte à l’EI: la coalition «a perdu la bataille des communications»

0
Le général Tom Lawson estime que la mission en Irak se passe bien, même si elle pourrait s'avérer longue à mener à bien. (Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)
Le général Tom Lawson estime que la mission en Irak se passe bien, même si elle pourrait s’avérer longue à mener à bien. (Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Le général Tom Lawson, qui représentait le Canada au 14e Sommet annuel sur la sécurité en Asie de l’Institut international d’études stratégiques (IIES), a abordé lors d’une discussion de groupe sur les nouvelles menaces terroristes la lancinante question des forces au sol se posait encore dans la lutte à l’EI et a reconnu en outre que, jusqu’à maintenant, la coalition avait perdu la bataille des communications.

Communément appelé le Dialogue du Shangri-La, cette rencontre est un rendez-vous incontournable des responsables civils et militaires de la Défense de la région Asie-pacifique. »Cet événement constitue un moyen essentiel d’entretenir un dialogue sur la sécurité et la défense de la région », souligne le communiqué de la Défense sur la participation du général Lawson à cette rencontre..

Au cours de ce sommet, le général Lawson a participé le 30 mai en après-midi à une discussion en groupe intitulée «Les Forces armées et les nouvelles menaces terroristes», à laquelle ont également pris part le sénateur John McCain, président du Comité des forces armées du Sénat des États‑Unis, du général Knud Bartels, président du Comité militaire de l’OTAN, de Nigel Inkster, directeur des menaces transnationales et des risques politiques à l’IISS, et du colonel Lu Yin, chercheur universitaire associé du département de recherche et d’enseignement stratégique de l’Université de la Défense nationale de l’Armée de libération du peuple, en Chine.

La [lancinante]question des troupes au sol

L’intervention du chef d’état-major canadien a porté sur trois points, la présence, ou non, de troupes au sol en Irak et en Syrie, le défi d’opérer dans des espaces de non-droit, sans gouvernement, et la « bataille des communications ».

« De nombreux pays ont des troupes au sol sur le terrain, mais ils n’ont que le mandat de conseiller et d’assister », a noté le général Lawson à cette occasion.

Dans son intervention lors de cette discussion, le chef d’État-major canadien s’est dit très préoccupé par la situation en ce qui concerne les opérations en Irak et en Syrie: « Il est vrai », a-t-il admis, « que les opérations aériennes éprouvent des difficultés difficultés en Irak en raison de l’absence de contrôleurs au sol et de renseignements ». Les opérations aériennes de la coalition ne peuvent dans les circonstances que contenir l’EI, a-t-il reconnu, « pendant que nous renforçons les capacités de nos partenaires ».

Abordant la question de la présence de troupes au sol après le Sénateur américain John McCain qui, comme chacun sait, est un fervent partisan de l’envoi de forces terrestres, le chef d’état-major canadien a noté, dans le cas de l’Irak, que « Le Premier ministre Abadi ne nous a certainement pas invités » et, dans le cas de la Syrie, que cela est si compliqué qu’il serait très malavisé d’y envoyer des troupes ».

mais le dilemme commence, selon certains observateurs, à ressembler de plus en plus à « Damned if you, damned if you don’t »!

Toujours lors de cette discussion de groupe sur «Les Forces armées et les nouvelles menaces terroristes», le général Lawson a aussi fait remarquer que les soldats des puissances occidentales, comme le Canada, sont confrontés aussi à un un autre défi inusité.

Chez eux, il doivent intervenir tout en protégeant les droits des civils, tandis que dans certaines opérations extérieures, comme en Irak et en Syrie, ils doivent développer leurs tactiques dans des endroit qui sont généralement des espaces non gouvernés sans droits civils et doivent alors faire preuve de compassion.

Le dernier point abordé par le général Lawson lors de cette discussion a été « la perte de la bataille de communications ».

La bataille des communications dans la lutte à l’EI est une toute nouvelle bataille des communications, a fait dit le haut-gradé canadien

Vers la fin du conflit afghan, l’OTAN était devenu assez habile à faire passer son message aux habitants des villes d’Afghanistan, a fait observer le général, « mais ce n’est pas ce dont nous parlons ici quand nous essayons de gagner la bataille de la communication, nous devons d’abord comprendre quels groupes cible le message de l’EI et je pense que dans la plupart des cas, ce que nous voyons sont des groupes déconnectés, isolés, des aventuriers »

« Par conséquent, vous avez trois types de moyens pour y faire face. Une façon est de développer un message qui est plus attrayant pour ces groupes – ce qui peut être très difficile. La deuxième pourrait être de bloquer le message [de l’EI, NDLR], ce qui est très difficile[aussi]. La troisième serait de surveiller qui est en résonance avec ces messages et de regarder leurs réactions », a expliqué le général Lawson.

Bref, dans l’immédiat, peu d’espoir de gagner cette importante bataille.


Audio de la discussion en groupe intitulée «Les Forces armées et les nouvelles menaces terroristes», à laquelle prenait par le génral Tom lawson, chef d’état-major de la Défense du Canada.(SDL1015)

Par ailleurs, le 14e Dialogue de Shangri-La a été marquée par la joute verbale sur les disputes en mer de Chine méridionale qui s’est poursuivi entre Washington et Pékin, les États-Unis accusent la Chine de recréer une grande muraille de sable via un chapelet d’ilots artificiels, alors que Pékin a rétorqué sèchement ce dimanche qu’il ne s’agissait là que «d’avant-postes pour défendre la souveraineté chinoise».

Le Canada, aussi une nation du Pacifique

En marge de cette conférence, le général Lawson a rencontré ses homologues de certains des principaux partenaires du Canada dans la région de l’Asie Pacifique, notamment le lieutenant-général Ng Chee Meng, chef de la Force de défense de Singapour, l’amiral Harris, capitaine de frégate du Pacific Command des États Unis, le major général (Rés.) Amos Gilad, du Bureau des affaires politiques et militaires du ministère de la défense en Israël, l’amiral Katsutoshi Kawano, chef d’état major du conseil d’état major interarmées du Japon, et le vice maréchal de l’air Mike Yardley, chef de la force aérienne en Nouvelle Zélande.

Le Dialogue est une occasion de discuter de questions liées à la sécurité régionale, d’échanger des pratiques exemplaires et de discuter de possibilités visant à accroître la collaboration en matière de maintien de la paix, de relations civilo-militaires, de sécurité maritime, d’aide humanitaire et de secours aux sinistrés, souligne le communiqué de la Défense canadienne sur le sommet.

« Le ministère de la Défense nationale et les Forces armées canadiennes accentuent leur participation dans l’Asie-Pacifique et continuent d’établir des liens solides avec leurs partenaires et alliés de la région afin de démontrer l’engagement permanent du Canada en matière de renforcement de la paix et de la sécurité », dit le communiqué.

« En tant que chef d’état-major de la Défense pour les forces armées canadiennes, je suis ici parce que le Canada est une nation du Pacifique, une nation qui porte un intérêt toujours croissant envers cette partie du monde sur le plan social, économique et de la défense », a déclaré le général Lawson.

« En tant que pays bordé par le Pacifique, le Canada est résolu à améliorer son engagement avec ses partenaires de la défense et à contribuer au renforcement de la paix et de la sécurité dans la région. Ce sommet a été pour moi une excellente occasion de discuter de manière franche avec mes homologues et leurs représentants provenant de l’ensemble de cette région au sujet de ces questions et des tendances internationales plus larges en matière de sécurité », ont également dit le général Tom Lawson et le ministre de la Défense nationale, Jason Kenney, dans une déclaration conjointe.

Ce sommet, comme celui des chefs militaires de l’OTAN des 20 et 21 mai, constituaient les derniers tours de piste pour le général de 58 ans qui va quitter cet automne en pleine élection fédérale le poste de chef d’état-major qu’il occupait depuis 2012, et dont le successeur désigné est le lieutenant-général Jonathan Vance, aujourd’hui patron du Commandement des opérations interarmées.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.