Obama et les monarques du Golfe à Camp David, l’Iran au coeur des débats

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Le président américain Barack Obama (centre gauche) parle avec l'émir du Koweit Sheikh Sabah al-Ahmed al-Jaber al-Sabah avant le début d'une rencontre avec des dirigeants des pays du Golfe, le 14 mai 2015 à Camp David / (AFP)
Le président américain Barack Obama (centre gauche) parle avec l’émir du Koweit Sheikh Sabah al-Ahmed al-Jaber al-Sabah avant le début d’une rencontre avec des dirigeants des pays du Golfe, le 14 mai 2015 à Camp David / (AFP)

Barack Obama réunissait jeudi les dirigeants du Golfe à Camp David pour tenter de répondre à leurs inquiétudes sur l’influence croissante de l’Iran dans une région secouée par de violents conflits, de la Syrie au Yémen.

Le président américain a retrouvé les représentants des six pays du Conseil de coopération du Golfe (Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar) pour une première réunion de travail dans la résidence présidentielle située en pleine forêt, à une centaine de kilomètres au nord de Washington.

La conclusion d’un accord avec l’Iran sur son programme nucléaire a été érigée en priorité par M. Obama. Mais en négociant avec l’Iran chiite, il a froissé les monarchies sunnites du Golfe, qui craignent que la République islamique ne se dote, in fine, de l’arme atomique, et redoutent une normalisation progressive des relations avec Téhéran.

Au Yémen, où l’Iran soutient les rebelles chiites houthis, la coalition menée par l’Arabie saoudite maintient une trêve fragile après plusieurs semaines de frappes aériennes. Le gouvernement yéménite a rappelé jeudi son son chargé d’affaires à Téhéran pour protester contre « les ingérences » de l’Iran.

Preuve de la portée symbolique qu’il a souhaité donner à cette rencontre, c’est la deuxième fois seulement que M. Obama reçoit des dirigeants étrangers à Camp David.

Le lieu est chargé d’histoire. C’est là qu’en 1978, Israéliens et Egyptiens se retrouvèrent, dans le plus grand secret, pour des négociations qui allaient aboutir à la signature, par Menahem Begin et Anouar al-Sadate, des accords de Camp David.

En l’absence du roi Salmane, qui a décliné au dernier moment l’invitation de la Maison Blanche, l’Arabie saoudite est représentée par prince héritier Mohammed ben Nayef, ainsi que le fils du roi et ministre de la Défense, le prince Mohammed ben Salmane.

Lors d’une rencontre mercredi dans le Bureau ovale, M. Obama a insisté sur l' »amitié extraordinaire » liant les deux pays. Mohammed ben Nayef, architecte de la lutte implacable menée contre Al-Qaïda dans son pays, avait de son côté loué une relation « historique et stratégique ».

Mais sur le fond, les points de divergence sont réels. Le président américain entend une nouvelle fois défendre l’accord-cadre conclu avec Téhéran pour l’empêcher de se doter de l’arme nucléaire et ainsi supprimer « l’une des principales menaces à la sécurité de cette région ».

Or au-delà de l’accord, c’est l’attitude de Washington vis-à-vis de Téhéran qui inquiète.

« Il ne s’agit pas d’un désaccord sur le nombre de centrifugeuses. Il s’agit de savoir si l’Iran doit être accepté comme un interlocuteur légitime au sein de la communauté internationale », résume Bruce Riedel, de la Brookings Institution.

« Ce que (les pays du Golfe) craignent, plus que tout, est que pour une raison ou pour une autre, la politique américaine commence à pencher vers Téhéran en s’éloignant des alliés traditionnels des Etats-Unis dans la région », ajoute en écho Hussein Ibish de l’Arab Gulf States Institute.

Début mai à Paris, le chef de la diplomatie américaine John Kerry avait évoqué « un nouveau pacte de sécurité » avec les monarchies du Golfe. Certaines d’entre elles appellent de leurs voeux un accord de défense mutuelle un peu à l’image du traité de l’Otan mais un tel projet, qui nécessiterait le feu vert du Congrès, n’est pas à l’ordre du jour.

Les monarchies espèrent aussi un engagement américain plus marqué en Syrie pour affaiblir le régime du président syrien Bachar Al-Assad, soutenu par Téhéran.

Washington vient de commencer à entraîner des rebelles syriens modérés en Jordanie pour lutter contre les jihadistes du groupe Etat islamique. Mais M. Obama – qui avait renoncé à lancer des frappes contre le régime Assad en dépit de l’utilisation d’armes chimiques par ce dernier – apparaît toujours réticent à s’engager plus avant dans le conflit.

Le sommet, auquel participe le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter, pourrait pourrait déboucher sur quelques annonces d’ampleur plus limitée comme l’intensification d’exercices militaires communs ou encore une meilleure coordination des systèmes de défense anti-missiles des pays de la région.

Des voix se sont élevées pour appeler le président américain a réclamé aux monarchies de véritables réformes démocratiques. Quarante-cinq membres du Congrès lui ont adressé une lettre pour exprimer « leur profonde inquiétude ».

« Trouver des solutions durable aux défis auxquels la région est confrontée implique que nos alliés respectent les droits de l’homme fondamentaux à l’intérieur de leurs propres frontières », écrivent-ils.

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