Pourquoi les frappes de la coalition n’empêchent pas l’État Islamique d’avancer

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Contrôle du terrain en Irak en date du 18 mai 2015 (Source: Sinan Adnan/Institute for the Study of War )

Le groupe djihadiste État islamique (EI) a remporté récemment quelques succès spectaculaires en Syrie et en Irak, en dépit des frappes de la coalition conduite par les États-Unis.

Q: Quelles sont les récentes avancées de l’EI?

R: Après Raqqa en Syrie et Mossoul en Irak, les djihadistes de l’EI se sont emparés dimanche d’une troisième capitale provinciale, Ramadi, chef-lieu de la province sunnite d’Anbar en Irak.

Il s’agit de leur plus grande victoire depuis le début de leur offensive en Irak l’été dernier et d’un coup dur pour le gouvernement irakien qui annonçait avec éclat il y a un mois avoir repris Tikrit aux djihadistes.

En Syrie, l’EI a aussi progressé à la lisière de la ville antique de Palmyre, qui abrite de magnifiques ruines gréco-romaines et une terrible prison. Cette oasis représente un important verrou vers Homs et Damas.

En outre, dans la province centrale de Homs, il a pris le contrôle de deux importants champs gaziers, Arak et al-Hél, qui alimentent les centrales électriques du pays. Pour remplir ses coffres, l’EI a prouvé qu’il était capable d’exploiter les ressources pétrolières et gazières en Syrie comme en Irak.

Jessica Lewis, de l’Institut américain pour l’étude de la guerre (IEG), assure que les deux offensives sont liées pour permettre à l’EI de consolider son territoire dans l’est de la Syrie et l’ouest de l’Irak, sur lequel il a proclamé un «califat» islamique.

Q: Que fait la coalition menée par les États-Unis?

R: Dans les plus de 3000 raids menés en Irak et en Syrie depuis la fin de l’été 2014, les avions de la coalition ont ciblé l’équipement militaire de l’EI, les champs pétroliers et les raffineries utilisés par cette organisation et frappé ses combattants sur le terrain.

Ces raids ont été parfois des succès en empêchant par exemple l’EI d’avancer vers Erbil, la capitale du Kurdistan irakien. Ils ont aussi permis de repousser en Syrie l’EI qui encerclait la ville kurde de Kobané et d’aider les forces gouvernementales irakiennes à reprendre Tikrit, berceau de l’ex-dictateur Saddam Hussein.

Q: Pourquoi l’EI avance-t-il encore?

R: Les analystes notent que les victoires de la coalition ne sont possibles que lorsque les raids sont menés en parallèle au déploiement de forces alliées au sol.

«C’est un truisme en matière de contre-insurrection que le succès nécessite des bottes sur le terrain», affirme Max Abrahms, professeur de Sciences politiques à l’Université Northeastern.

À Kobané, la coalition a ainsi agi en coordination avec les combattants kurdes tandis qu’elle venait renforcer à Tikrit l’armée irakienne et les groupes paramilitaires.

À Ramadi, la dynamique est différente, car dans ce bastion sunnite les milices chiites progouvernementales n’étaient pas présentes pour défendre la ville. Ramadi est au coeur «du fief sunnite (…) où les habitants n’ont pas complètement rejeté l’EI. Cela ne veut pas dire qu’ils l’approuvent, mais ils ne soulèvent pas contre lui soit par peur soit pour se couvrir», explique Ayham Kamel, directeur pour le Moyen-Orient et l’Afrique du nord du groupe de réflexion Eurasia.

À Palmyre, les forces présentes sur le terrain sont loyales au président Bachar al-Assad. Or Washington a affirmé à plusieurs reprises qu’il était hors de question de coordonner ses raids avec les forces du régime et encore moins d’envoyer des troupes au sol.

Q: Quel avenir pour l’EI?

R: Les avancées du groupe contredisent les affirmations américaines sur le fait que l’EI serait «sur la défensive» après la perte de Tikrit et son échec à conquérir le camp palestinien de Yarmouk, dans le sud de Damas.

Si la coalition ne peut pas s’appuyer sur des forces au sol, il y a de grandes chances que l’EI, qui dispose de plusieurs milliers de combattants, dont un grand nombre sont prêts au martyre, remporte de nouveaux succès.

Pour l’EI, même de petites conquêtes lui permettent de crier victoire, constate Ayman Jawad al-Tamimi, du groupe de recherches Forum du Moyen-Orient. «Le slogan du groupe est ‘baqiya wa tatamaddad’ (rester et s’étendre). Il ne va peut-être toujours s’étendre, mais il va certainement rester».

Max Abrahms constate que la coalition est surtout réactive, c’est-à-dire qu’elle utilise sa puissance de feu une fois que le secteur est tombé aux mains de l’EI.

Tout en qualifiant la perte de Ramadi de «revers», le Pentagone a affirmé lundi que la guerre antidjihadiste continuerait à être faite «d’avancées et de reculs».

Contrôle du terrain en Syrie et en Irak en date du 18 mai. (Source: Institute for the Study of War)

En Irak, Washington veut accélérer la formation des tribus locales

Barack Obama, qui a réuni mardi son Conseil de sécurité nationale (NSC) pour faire le point sur la situation en Irak, examine la possibilité d’accélérer la formation et l’équipement des tribus locales dans l’espoir de reprendre Ramadi, tombée aux mains des jihadistes.

« Nous étudions comment soutenir le mieux possible les forces au sol à Anbar, en particulier en accélérant la formation et l’équipement des tribus locales et en soutenant l’opération menée par l’Irak pour reprendre Ramadi », a expliqué à l’AFP Alistair Baskey, porte-parole du NSC.

La perte de Ramadi, située à une centaine de kilomètres seulement de Bagdad, représente le plus sérieux revers pour le gouvernement irakien depuis l’offensive ayant permis au groupe Etat islamique (EI) de conquérir de vastes territoires en juin 2014.

La Maison Blanche a décrit la perte de la ville comme un revers, mais a nié que la guerre contre l’EI soit en train d’être perdue.

Mardi, Barack Obama a tenu une réunion avec le secrétaire d’État John Kerry, le secrétaire à la Défense Ashton Carter, ainsi qu’avec la conseillère à la Sécurité nationale Susan Rice, le directeur de la CIA John Brennan et d’autres hauts responsables afin de faire le point sur la stratégie américaine dans le conflit contre le groupe EI.

« Il n’y a pas de changement formel de stratégie », a repris Alistair Baskey, précisant qu’il s’agissait plutôt d’ajuster le calendrier, plutôt que de remettre en question l’assistance aux tribus sunnites.

Barack Obama s’est toujours refusé à envoyer sur le terrain des soldats en mission de combat, préférant apporter un soutien à l’armée irakienne et frapper l’organisation EI par le biais de raids aériens.

Le Pentagone a toujours minimisé l’importance militaire de Ramadi, le chef-lieu de la province sunnite d’Al-Anbar, qui était disputé depuis 18 mois par les jihadistes et les forces gouvernementales irakiennes.

Les responsables du Pentagone avaient estimé lundi que la ville serait probablement reprise aux djihadistes dans les semaines à venir.

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