En Syrie, tueries par l’EI et raids meurtriers du régime, en Irak, tentative de sauver Ramadi

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Vue en date du 14 mars 2014 de la ville antique de Palmyre en Syrie (Joseph Eid/AFP)
Vue en date du 14 mars 2014 de la ville antique de Palmyre en Syrie (Joseph Eid/AFP)

Le groupe État islamique a exécuté des dizaines de civils en 48 heures aux portes de Palmyre, l’antique cité menacée de Syrie, alors que le régime massacrait , lui, au moins 48 civils, dont 9 enfants, dans des raids aériens du régime sur la province d’Idleb et qu’en Irak voisin des renforts étaient envoyés pour empêcher la chute de Ramadi aux mains de cette l’organisation jihadiste.
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Mise à jour au 16/05/2015 à 12h31

Les jihadistes du groupe État islamique (EI) ont pris le contrôle samedi de plusieurs secteurs dans le nord de Palmyre, ville syrienne stratégique abritant les ruines d’une cité antique renommée, à l’issue d’âpres combats contre les forces du régime.

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Tout autour de Palmyre, les combats entre jihadistes et soldats du régime se poursuivaient samedi et les jihadistes ont avancé à l’est de ce joyau archéologique célèbre pour ses colonnades torsadées et ses tours funéraires, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Palmyre a une importance stratégique pour le groupe ultraradical sunnite puisqu’elle ouvre sur le grand désert syrien, limitrophe de la province irakienne d’Al-Anbar –en grande partie contrôlée par l’EI– et dont Ramadi est la capitale.

« L’EI veut donner l’impression qu’il élargit encore plus son contrôle entre la Syrie et l’Irak, malgré les frappes de la coalition » internationale menée par Washington contre ses positions dans ces deux pays, a affirmé à l’AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH.

Palmyre est en effet située dans le centre de la Syrie, dans la province de Homs en grand majorité contrôlée par le régime de Bachar al-Assad, et son éventuelle prise permettrait à l’EI d’étendre son influence au-delà de l’est et du nord de la Syrie où ce groupe est implanté.

La ville est également importante du point de vue propagandiste de l’EI, puisque son importance culturelle attire les médias du monde entier et a poussé la directrice générale de l’Unesco Irina Bokova à appeler le Conseil de sécurité de l’ONU à agir.

Civils, enfants exécutés par l’EI

Connu pour les atrocités qu’il commet dans les vastes régions sous son contrôle en Syrie et en Irak, le groupe jihadiste a massacré en 48 heures 49 civils dans leur progression vers Palmyre, dont certains ont été décapités, selon l’OSDH.

Vendredi, ses combattants jihadistes ont exécuté 23 civils dont neuf enfants près d’anciens résidences d’officiers au nord-est de Palmyre et jeudi 26 autres « pour collaboration avec le régime », a ajouté l’ONG.

« Parmi les victimes figurent des déplacés qui s’étaient réfugiés à Palmyre, mais aussi la famille de fonctionnaires ou encore un concierge et son épouse », a dit le directeur de l’ONG.

Après avoir été « très violents » pendant la nuit les combats ont baissé d’intensité samedi à la mi-journée, a ajouté M. Abdel Rahmane, dont l’ONG dispose d’un large réseau de sources à travers la Syrie ravagée par la guerre depuis plus de quatre ans.

« L’EI a avancé à l’est de la ville après de violents combats avec les troupes du régime », selon l’OSDH.

Mais le groupe se trouvait, du côté sud-ouest, toujours à un kilomètre du célèbre site inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, plus précisément de la citadelle islamique de Palmyre, perchée sur une colline surplombant les ruines.

Le pouvoir en Syrie et l’opposition exil ont appelé la communauté internationale à éviter que le site ne tombe aux mains des jihadistes.

Raids du régime Assad sur la province d’Idleb

Au moins 48 civils, dont 9 enfants, ont péri samedi dans des raids aériens du régime sur la province d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Des raids aériens menés par les avions du régime sur les villes d’Idleb (capitale de la province éponyme, ndlr), Saraqeb (bien Saraqeb) et Kafr Awid, toutes sous contrôle de rebelles et de jihadistes combattant l’armée de Bachar al-Assad, ont fait 48 morts, selon l’OSDH.

Les raids ont fait des dizaines de blessés, dont certains se trouvent dans un état critique, ajoute l’Observatoire basé en Grande Bretagne, qui s’appuie sur un vaste réseau de sources en Syrie.

Les zones tenues par des rebelles et des jihadistes ont été bombardées à de nombreuses reprises par des raids aériens du régime dans cette province, également ciblée par des hélicoptères de l’armée larguant des barils d’explosifs.

Le régime a subi ces derniers mois une série de revers militaires dans la province, avec la perte des villes d’Idleb et de Jisr al-Choughour, tombées aux mains d’une coalition de groupes islamistes et jihadistes.

La province d’Idleb est à la fois proche de la frontière avec la Turquie, pays favorable à la rébellion et hostile à Assad, et de la province de Lattaquié, fief du régime syrien.

Renforts vers Ramadi

En Irak voisin, l’EI resserrait samedi l’étau autour des dernières positions des forces armées à Ramadi au lendemain de sa prise du QG gouvernemental, et semblait en passe de prendre cette ville clé.

Cette conquête constituerait sa plus importante victoire cette année en Irak. Si l’EI parvenait à prendre totalement Ramadi, il contrôlerait en effet les capitales de deux des plus grandes provinces d’Irak. Mossoul, la capitale de la province de Ninive (nord), est aux mains des jihadistes depuis juin 2014.

Majoritairement sunnite, Al-Anbar, en grande partie contrôlée par l’EI, s’étend des frontières syriennes, jordaniennes et saoudiennes jusqu’aux portes de Bagdad.

De renforts militaires ont été dépêchés à Ramadi et dans d’autres secteurs d’Al-Anbar pour venir en aide aux troupes, selon des responsables locaux. Les avions de l’armée irakienne et de la coalition internationale ont aussi bombardé les positions jihadistes.

Mais samedi, il n’y avait pas de signe d’une véritable contre-offensive annoncée la veille par les autorités alors que les civils fuient en masse la ville. « Les forces de sécurité fortifient leurs positions à Ramadi face aux attaques (de l’EI). Mais il n’y a pas d’opérations militaires pour reprendre les zones capturées par l’EI », a dit un responsable local.

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