À Genève, le Yémen va tenter de sortir de l’impasse

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Manifestation le 5 juin 2015 à Sanaa de Yémenites partisans des rebelles chiites houthis (AFP/Mohammed Huwais)
Manifestation le 5 juin 2015 à Sanaa de Yémenites partisans des rebelles chiites houthis (AFP/Mohammed Huwais)

Pour la première fois depuis l’intervention saoudienne en mars, les belligérants du conflit au Yémen se retrouvent dimanche à Genève, sous l’égide de l’ONU, pour tenter de sortir de l’impasse et créer les conditions d’une désescalade.

Les Nations unies ont qualifié la situation humanitaire de « catastrophique » dans le pays où le conflit a fait 2.584 morts et 11.065 blessés, selon le dernier bilan de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Plus d’un demi-million de personnes ont été en outre déplacées.

Les discussions, prévues pour durer deux à trois jours, incluront d’un côté des représentants du camp du président en exil Abd Rabbo Mansour Hadi, de l’autre celui de la rébellion chiite des Houthis, alliée au parti de l’ex-président Ali Abdallah Saleh.

La rencontre de Genève intervient alors que les combats s’enlisent deux mois et demi après le début, le 26 mars, des frappes aériennes par la coalition arabe dirigée par Ryad. Ces bombardements intensifs ont dégradé les capacités militaires des Houthis et du camp Saleh, sans cependant les faire plier.

Les rebelles ont même bombardé à plusieurs reprises des zones frontalières en Arabie saoudite où une roquette tirée du Yémen a tué vendredi deux civils dans une mosquée près de la frontière, selon la coalition.

Le gouvernement yéménite, exilé en Arabie saoudite, a minimisé la portée de Genève, parlant de simples « consultations » pour mettre en oeuvre la résolution 2216 du Conseil de sécurité de l’ONU.

Adoptée le 14 avril, cette résolution soutient « la légitimité du président du Yémen », impose des sanctions aux rebelles, dont un embargo sur les armes, et les somme de se retirer des nombreux territoires qu’ils ont conquis depuis 2014, dont la capitale Sanaa.

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon participera à l’ouverture des pourparlers qui se tiendront ensuite à huis-clos, selon un porte-parole de l’organisation.

M. Ban a lancé un « appel urgent » à toutes les parties à engager des consultations « de bonne foi et sans conditions préalables dans l’intérêt du peuple yéménite ».

150326-yemen-intervention-saoudienne-infographieLe conflit affecte au total 20 millions de personnes, ont estimé une dizaine d’organisations humanitaires, en appelant à un cessez-le-feu « immédiat et permanent pour sauver des millions » de vies.

Le but des pourparlers est la mise en place d’un cessez-le-feu, d’un plan de retrait des rebelles des zones conquises et d’un accroissement de l’aide humanitaire, ont indiqué des diplomates à New York.

L’Unesco s’est de son côté alarmé de ses conséquences sur le riche patrimoine historique du pays. Plusieurs maisons de la vieille ville de Sanaa, classée au patrimoine mondial de l’humanité, ont été détruites vendredi dans un incident dont les causes n’étaient pas claires.

Sous la pression de Washington, l’Arabie saoudite avait accepté une trêve humanitaire de cinq jours en mai pour permettre l’acheminement de secours à une population civile exsangue, mais les efforts pour un cessez-le-feu permanent ont jusqu’ici échoué et, pour les experts, le conflit est dans une impasse.

Certes, l’Arabie saoudite a marqué des points en détruisant la plupart des missiles rebelles capables d’atteindre son territoire mais elle n’a pas radicalement changé la donne au Yémen et le président Hadi est toujours réfugié à Ryad.

De leur côté, les Houthis et M. Saleh ont conservé la plupart de leurs positions, dont Sanaa, mais ils ont enregistré de lourdes pertes et, à part l’Iran, personne ne les soutient sur la scène internationale.

Pour les belligérants, aller à Genève signifie qu’ils sont prêts à « faire des concessions », estime l’analyste Ibrahim Sharqieh, directeur adjoint du Brookings Doha Center.

« Le fait que, deux mois et demi après le début d’une campagne aérienne, les Saoudiens n’aient pas obtenu des résultats supplémentaires et leur incapacité à mener une opération terrestre signifient que, pour eux, la fin de la guerre approche », dit-il.

De leur côté, les Houthis n’ont pas réussi à « obtenir un soutien de qualité de l’Iran qui aurait modifié la donne », ajoute M. Sharqieh.

Les Houthis, bien implantés dans le nord, sont issus de la minorité zaïdite (branche du chiisme) et représentent environ un tiers de la population majoritairement sunnite.

Le chaos de ces derniers mois a profité aux extrémistes sunnites d’Al-Qaïda, qui se sont emparés en avril d’une capitale provinciale dans le sud-est.

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