Attentat en France: les enquêteurs à la recherche d’éventuels complices

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Des agents de la Brigade de recherche et d'intervention (BRI) enquêtent au domicile du suspect à Saint-Priest, près de Lyon. (Philippe Desmazes/AFP)
Des agents de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI) enquêtent au domicile du suspect à Saint-Priest, près de Lyon. (Philippe Desmazes/AFP)

L’homme suspecté d’avoir mené un attentat djihadiste en France dans la région de Lyon et d’avoir décapité son employeur était toujours interrogé samedi par les enquêteurs qui s’interrogent sur d’éventuelles complicités.

Après les trois journées d’attentats qui ont endeuillé Paris il y a moins de six mois, les autorités françaises sont soucieuses d’éviter la répétition d’une même séquence déstabilisatrice.

Le président François Hollande a convoqué un nouveau conseil restreint samedi, réunissant le premier ministre Manuel Valls ainsi que les ministres des Affaires étrangères, de la Défense, de l’Intérieur et de la Justice.

«Le gouvernement continuera, face à un haut niveau de menace, à agir sans trêve ni pause», a assuré le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve à l’issue de la réunion. Il a souligné les mesures prises ces derniers mois, notamment le vote récent d’une loi renforçant les moyens des services de renseignement.

L’attentat «crée une tension forte sur la société française. Qui va être exploitée», s’était inquiété plus tôt Manuel Valls, qui a écourté une visite en Amérique du Sud pour rentrer à Paris.

«Cet acte macabre de décapitation, avec une mise en scène, avec des drapeaux, est nouveau en France», avec une volonté de «marquer les esprits», a souligné le premier ministre, avertissant que «la question n’est pas de savoir s’il y aura un nouvel attentat, mais quand».

C’est la première fois en France qu’une décapitation a lieu lors d’une attaque terroriste, une pratique en revanche fréquemment utilisée en Syrie et Irak par le groupe État Islamique.

Les autorités françaises ont également évoqué la situation en Tunisie, frappée par un sanglant attentat vendredi à Sousse, une station balnéaire fréquentée par de nombreux étrangers.

«Aucune victime française» n’a été identifiée «à ce stade» parmi les 38 personnes tuées lors de cet attentat, revendiqué par le groupe État islamique, a déclaré samedi le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

«Il faut rester très prudent», a-t-il néanmoins ajouté, alors que l’identification des victimes est loin d’être achevée. Seuls huit Britanniques, une Belge et un Allemand ont été identifiés, a indiqué le ministère tunisien de la Santé.

Des touristes étrangers étaient évacués samedi par milliers de Tunisie et Laurent Fabius a assuré que «tous les Français qui souhaiteraient être rapatriés» le seraient.

Zones d’ombre

Arrêté alors qu’il tentait de déclencher une deuxième explosion sur un site industriel sensible, Yassin Salhi était toujours en garde à vue samedi, de même que son épouse et sa soeur, également interpellées vendredi. En matière de terrorisme, les gardes à vue peuvent durer jusqu’à 96 heures.

Des perquisitions ont été menées au domicile du suspect et dans la société de transport qui l’employait.

Si pour l’heure cet attentat n’a pas été revendiqué, la présence de drapeaux où étaient écrits la profession de foi islamique, entourant la tête de la victime accrochée au grillage d’enceinte de l’usine, rappellent les mises en scène macabres du groupe EI.

Yassin Salhi, 35 ans, au casier judiciaire vierge, avait été fiché en 2006 par les services de renseignements pour «radicalisation», selon l’Intérieur. Il avait de nouveau été repéré entre 2011 et 2014 pour ses liens avec la mouvance salafiste lyonnaise.

De nombreuses zones d’ombre demeurent sur le mobile du suspect, les circonstances de l’assassinat de la victime et d’éventuelles complicités, a souligné vendredi soir le procureur de Paris François Molins.

Père de trois enfants, Yassin Salhi est né en France d’un père d’origine algérienne et d’une mère d’origine marocaine.

Le suspect s’est présenté au volant d’un véhicule utilitaire tôt vendredi devant l’usine de gaz industriels de la société américaine Air Products de Saint-Quentin-Fallavier. Ayant déjà effectué des livraisons dans cette usine, il a pu pénétrer sans difficulté sur le site.

Il a projeté son véhicule sur un hangar, provoquant une violente explosion mais sans faire de blessés. Les pompiers dépêchés sur place l’ont surpris en train d’ouvrir des bouteilles d’acétone et l’ont maîtrisé, a ajouté le procureur.

Le corps de la victime, un chef d’entreprise de 54 ans, a été retrouvé près du véhicule ainsi qu’un couteau, en cours d’analyse.

Les attentats de France et de Tunisie sont survenus au coeur d’une journée particulièrement sanglante.

Au Koweït, un attentat suicide, également revendiqué par le groupe EI, a fait 27 morts. En Somalie, des dizaines de soldats ont été tués par les islamistes shebab, selon un bilan provisoire.

Les États-Unis ont condamné «avec la plus grande force» ces «attaques terroristes odieuses», sans y voir pour autant des attentats «coordonnés».

Les autorités françaises redoutaient de nouveaux actes de terrorisme depuis les sanglantes attaques qui avaient fait 17 morts en janvier et l’arrestation, en avril, d’un étudiant algérien, Sid Ahmed Ghlam, soupçonné d’un projet d’attaque contre une église catholique près de Paris.

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