Bacilles mortels: le nombre de labos militaires et civils touchés ne cessent de grimper

Le bacille du charbon (Bacillus anthracis) peut être fatal dans 90 à 100% des cas (CDC)
Temps de lecture estimé : 3 minutes
Le bacille du charbon (Bacillus anthracis) peut être fatal dans 90 à 100% des cas (CDC)
Le bacille du charbon (Bacillus anthracis) peut être fatal dans 90 à 100% des cas (CDC)

Le nombre de laboratoires aux États-Unis qui ont reçus par erreur de l’Armée américaine des bacilles mortels actifs de la maladie du charbon (anthrax) ne cesse de grimper. Il est passé depuis le 27 mai de un à quatre, puis à 18, à 24, à 40 et, aujourd’hui, à 51, en plus de toucher trois autres pays, dont le Canada.
—-
Mise à jour au 16/06/2015

Finalement, le centre d’essai Dugway (Dugway Proving Ground) de l’armée dans l’Utah, aura envoyé au cours de la décennie des bacilles mortels actifs à au moins 69 laboratoires dans 19 États américains. ainsi qu’au Japon, à la Corée du Sud, l’Australie, le Canada, et le Royaume-Uni. « Un échec systémique généralisée », présent depuis fort longtemps, même si nous ne l’avons appris que récemment. les fervents des théories du complot vont se régaler…

—-

Selon le dernier décompte, au moins 51 laboratoires civils ont maintenant reçu des échantillons susceptibles de contenir des bacilles actifs, contre une estimation bien moindre la semaine dernière, lorsque le Pentagone a commencé à rendre l’affaire publique.

La maladie du charbon, ou anthrax, est une infection aiguë qui touche aussi bien l’animal que l’homme. La bactérie responsable (Bacillius anthracis) peut aussi être utilisée comme arme bactériologique. Elle est mortelle à moins de prendre des antibiotiques très rapidement.

Le bacille de la maladie du charbon existe dans la nature. Il fait partie des bactéries potentiellement utilisables militairement parce ce qu’il peut être très facilement disséminé sous forme de spores, sans que les populations cibles ne s’en aperçoivent.

En 2001, après les attentats du 11 septembre, des bacilles actifs avaient sciemment été placés dans des enveloppes, qui ont circulé dans le système postal américain. Vingt-deux personnes, dont 12 postiers, avaient été contaminées, et cinq étaient décédées.

Dans une conférence de presse, le secrétaire adjoint à la Défense Robert Work a toutefois assuré que l’affaire ne comportait pas pour le moment de risques pour la santé publique. Il a aussi estimé que le risque sanitaire était « très faible » dans les laboratoires militaires ou civils qui ont manipulé des échantillons. Aucune contamination humaine n’est avérée ou même soupçonnée selon lui, même si 31 personnes prennent un traitement préventif par précaution.

Mais la peur demeure et les chiffres qu’il a révélés sont inquétants.

Au total, les problèmes de mauvaise irradiation des bacilles durent depuis 10 ans.

La présence de bacilles actifs a été prouvée dans quatre lots, tous produits au laboratoire militaire de Dugway (Utah). Mais des tests vont avoir lieu sur au total 400 lots, produits dans quatre laboratoires militaires, pour éliminer toute incertitude.

Et le nombre de laboratoires ayant reçu des lots contaminés « peut augmenter » encore, a admis le secrétaire adjoint à la Défense.

Le Canada touché

En outre, les laboratoires de trois pays étrangers, Corée du Sud, Australie, Canada, ont reçu des échantillons potentiellement contaminés.

Le Pentagone a reconnu mardi avoir envoyé par inadvertance à un laboratoire canadien un échantillon actif de bacilles du charbon (anthrax).

« Hier (lundi) nous avons pu déterminer la livraison au Canada de bactérie de bacille du charbon », a déclaré mardi le porte-parole du Pentagone, le colonel Steven Warren.

L’échantillon provenait d’un « échantillon référence », reconnu comme « actif » après test, a-t-il précisé. Il a été envoyé à un laboratoire d’Alberta (ouest du Canada).

Suivre en direct l’évolution des chiffres

Le Pentagone a aussi annoncé la création d’un site internet pour permettre de suivre en direct l’évolution des chiffres, au fur et à mesure que l’enquête avancera.

Les échantillons, a précisé le secrétaire adjoint à la Défense, étaient expédiés sous forme liquide, ce qui réduit a priori le risque de dissémination et de contamination pulmonaire.

Les laboratoires publics américains ont avoué l’année dernière plusieurs erreurs de manipulation de bactéries dangereuses.

En juillet dernier, le directeur des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) Tom Frieden avait reconnu devant le Congrès une série de manquements aux protocoles de sécurité dans ses propres laboratoires.

Parmi les incidents recensés, qui n’avaient pas donné lieu à des contaminations, l’envoi dans trois laboratoires de bacilles de la maladie du charbon non désactivés.

Le Pentagone a maintenant lancé une révision exhaustive des procédures suivies par les laboratoires militaires dans leur gestion des bacilles.

Il s’agit de déterminer « quelle est la cause fondamentale » de la présence de ces bacilles actifs dans des lots censés être rendus inertes par irradiation, a indiqué Robert Work.

Il s’agit aussi de comprendre « pourquoi » la présence de bacilles toujours actifs n’a pu être détectée dans le test obligatoire effectué après l’irradiation, a-t-il dit.

*Avec AFP