Début de ramadan sanglant au Yémen

0
Des Yéménites dans les rues de Sanaa le 8 juin 2015, après des raids menés par la coalition menée par l'Arabie saoudite (Mohamed Huwais/AFP)
Des Yéménites dans les rues de Sanaa le 8 juin 2015, après des raids menés par la coalition menée par l’Arabie saoudite (Mohamed Huwais/AFP)

Le ramadan a débuté dans la violence au Yemen où le groupe Etat islamique (EI) a revendiqué une série d’attentats à la bombe anti-chiites, alors que la situation des civils s’aggrave de jour en jour, en particulier à Aden (sud).

Au moins 31 personnes ont été tuées mercredi soir dans la capitale Sanaa secouée par cinq attentats simultanés commis à quelques heures du début du mois de jeûne musulman.

Le ramadan, pendant lequel le Coran a été révélé au prophète Mahomet selon la tradition musulmane, est observé par les musulmans à travers le monde. Les fidèles y multiplient les signes de piété et les prières.

Mais l’ambiance devrait être moins festive pour les Yéménites après des mois de combats et de bombardements.

« C’est la première fois qu’on ne se sent pas heureux pour le début du ramadan en raison des souffrances que nous endurons », a témoigné un habitant d’Aden, Abdel Rahman Anis.

Les groupes extrémistes voient dans le ramadan l’occasion d' »intensifier le jihad » et n’hésitent pas à mener attentats et attaques.

L’EI s’est empressé de revendiquer les attaques de Sanaa, contrôlée par les rebelles chiites Houthis.

Des yéménites constatent l'ampleur des dégâts, le 18 juin à Sanaa, au lendemain d'une série d'attaques à la bombe anti-chiites dans la capitale © MOHAMMED HUWAIS AFP
Des yéménites constatent l’ampleur des dégâts, le 18 juin à Sanaa, au lendemain d’une série d’attaques à la bombe anti-chiites dans la capitale © MOHAMMED HUWAIS AFP

Deux voitures piégées ont visé des mosquées et une troisième la maison du chef du bureau politique du mouvement des Houthis, Saleh al-Sammad. Deux autres engins ont explosé devant deux autres mosquées à l’heure où les fidèles y rentraient pour la prière du soir, selon des témoins et des sources de sécurité.

Selon un bilan recueilli de sources médicales, 31 personnes ont été tuées et des dizaines blessées dans ces attentats.

La mosquée Al-Hachouch avait déjà été la cible d’un attentat suicide revendiqué en mars par l’EI, groupe extrémiste sunnite actif dans plusieurs pays arabes, surtout en Irak et en Syrie. Cet attentat suicide et deux autres attaques contre des mosquées avaient alors fait 142 morts, l’un des bilans les plus lourds dans le pays.

Après ces attaques, les premières revendiquées par l’EI au Yémen, le groupe jihadiste avait revendiqué l’exécution de soldats et une attaque contre les Houthis.

Dengue à Aden

Les nouvelles attaques interviennent alors que des pourparlers indirects piétinent à Genève entre rebelles, qui se sont emparés de Sanaa en septembre 2014, et le gouvernement yéménite exilé en Arabie saoudite.

Les combats au Yémen, où une coalition arabe menée par l’Arabie saoudite frappe depuis le 26 mars les positions rebelles, ont fait depuis fin mars plus de 2.600 morts selon l’ONU.

Les raids aériens n’ont pas pu enrayer la progression des rebelles qui, outre Sanaa, contrôlent une grande partie d’Aden, deuxième ville du pays, et de larges portions d’autres provinces.

les attentats de mercredi surviennent en outre au lendemain de l’annonce de la mort du chef d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), Nasser al-Wahishi, tué la semaine dernière dans une attaque de drone américain au Yémen.

Aqpa, autre groupe extrémiste sunnite bien implanté au Yémen, est viscéralement opposé aux chiites qu’il considère comme des « hérétiques » et affirme être le fer de lance du combat contre l’expansion des rebelles Houthis.

Dans la ville portuaire d'Aden, les étals des supermarchés sont vides et les denrées alimentaires sont rares, le 10 juin 2015 © Saleh al-Obeidi AFP/Archives
Dans la ville portuaire d’Aden, les étals des supermarchés sont vides et les denrées alimentaires sont rares, le 10 juin 2015 © Saleh al-Obeidi AFP/Archives

La situation humanitaire est quant à elle catastrophique dans le pays, notamment à Aden où les combats continuent entre Houthis et partisans du président Abd Rabbo Mansour Hadi, réfugié en Arabie saoudite.

« Nous n’avons pas été payés depuis le début de la crise en mars », a indiqué un employé d’un journal local. « Les denrées alimentaires sont rares et leurs prix ont triplé. Les étals des supermarchés sont totalement vides », selon lui.

La situation sanitaire a empiré dans la ville où les habitants ne peuvent être traités de maladies apparues à la suite de la détérioration des conditions d’hygiène, comme le paludisme, la typhoïde ou la dengue.

« Nous accueillons chaque jour entre 90 et 100 malades de la dengue », a indiqué Marwa Marwan, médecin urgentiste de l’hôpital Al-Breihi. « Tout ce que nous pouvons faire est de diagnostiquer la maladie et 10 à 15 personnes en meurent chaque jour ».

Les commentaires sont fermés.