Attentat en France: le selfie du suspect avec la tête de la victime envoyé à un numéro canadien

0
Des policiers protègent le lieu où a été découverte la tête décapitée d'Hervé Cornara, tué par Yassine Salhi, l'auteur présumé de l,attentat de Saint-Quentin Fallavier du 26 juin 2015 (AFP)
Des policiers protègent le lieu où a été découverte la tête décapitée d’Hervé Cornara, tué par Yassine Salhi, l’auteur présumé de l,attentat de Saint-Quentin Fallavier du 26 juin 2015 (AFP)

Yassin Salhi, soupçonné d’avoir décapité un chef d’entreprise avant de commettre un attentat dans la région de Lyon, a envoyé un selfie avec la tête de sa victime à un numéro de téléphone canadien par le biais de l’application WhatsApp, ont révélé les autorités françaises, samedi.
—-
Mise à jour au 28/06/2015 à 11h40: Le destinataire de la photo identifié

Le destinataire de la photo prise par Yassine Salhi avec la tête de sa victime serait un Français basé en Syrie. L’homme, identifié par la Direction générale de la sécurité intérieure se prénomme Sébastien-Younés V., serait localisé à Raqqa, en Syrie, fief du groupe armé l’Etat islamique. Originaire de Haute-Saône, il est parti en Syrie en 2014.

—-à 11h40: Salhi est passé aux aveux

À Lyon, Salhi, qui avait jusque là refusé de parler aux enquêteurs, a commencé à s’expliquer sur le déroulé des faits samedi soir, avant d’avouer l’assassinat de son patron.

Il a indiqué lors de ses aveux aux forces de l’ordre aujourd’hui avoir voulu se suicider, et « réaliser un coup médiatique maquillé en acte terroriste », rapporte en France i-Télé. Il a, toujours selon la chaîne française d’information en continu, évoqué des « tensions avec son épouse et son employeur » pour expliquer son geste.

Le suspect a quitté Lyon ce dimanche en début d’après-midi et, même s’il affirme maintenant  avoir été mû par des motivations personnelles,   sera tout de même transféré au siège de la police antiterroriste, près de Paris.

Quant à elles, après deux jours de garde à vue, la femme et la sœur de Yassin Salhi, âgées respectivement de 34 et 32 ans, ont été relâchées ce dimanche.

—-

Les autorités tentent de confirmer l’identité du destinataire, mais n’étaient pas en mesure de corroborer les informations de certains médias selon lesquelles la photo aurait été envoyée à une personne non identifiée qui se trouverait présentement en Syrie, ont indiqué des responsables sous le couvert de l’anonymat, rapporte l’Associated Press.

Un représentant de la sécurité a précisé que le selfie avait été envoyé par l’application WhatsApp, un système de messagerie instantanée appartenant à Facebook, vers un numéro de téléphone au Canada.

WhatsApp est une application mobile de messagerie multiplateforme vous permettant d’échanger des messages. En plus d’une messagerie traditionnelle, les utilisateurs WhatsApp peuvent créer des groupes, et s’envoyer autant d’images, de vidéos et de messages audio qu’ils le souhaitent.

Les enquêteurs qui se sont saisis du mobile de Salhi ont pu avoir accès à tous ses messages envoyés par WhatsApp et donc à l’ensemble des numéros de son répertoire sur ce service de messagerie instantanée.

Jean-Christophe de Le Rue, porte-parole du ministre de la Sécurité publique du Canada, Steven Blaney, cité par La Presse Canadienne, a indiqué que le Canada était impliqué dans l’enquête française, confirmant que les autorités canadiennes «(assistent) les autorités françaises dans leur enquête», sans donner plus de détails.

Selon la législation canadienne, récemment durcie lors de l’adoption de la Loi antiterroriste C-51, la police a le pouvoir de retracer les appels ou de localiser un téléphone par son numéro.

Mais le titulaire du numéro canadien a très bien pu recourir à une carte prépayée en donnant une fausse identité, voire pas d’identité du tout.

En outre, le titulaire de la ligne peut ne pas être le destinataire final auquel est destiné le message.

Les enquêteurs français pour leur part croient que le destinataire serait un djihadiste présent dans les zones de combats et répertorié parmi les nombreux combattants étrangers qui ont joint les rangs des groupes armés extrémistes.

Ce qui est bien certain, cependant, c,est que la collaboration pleine et entièredu gouvernement canadien de fait aucun doute.

«Le premier devoir d’un gouvernement est d’assurer la sécurité de ses citoyens», a insisté le porte-parole du ministre canadien de la Sécurité publique, Steven Blaney, rappelant que «les terroristes djihadistes constituent une menace bien réelle».

Le Canada, qui a récemment subi en octobre 2014 deux attaques mortelles contre des militaires, est confronté lui aussi au phénomène de la radicalisation avec une centaine de jeunes Canadiens partis rejoindre les combattants du groupe État islamique en Syrie.

Quant à elle, la Gendarmerie Royale canadienne s’est jusqu’à présent refusée à toute déclaration.

Autopsie du corps de la victime

Par ailleurs, Une autopsie du corps du chef d’entreprise assassiné était prévue samedi, visant notamment à vérifier que le corps avait été décapité après le décès de cet homme de 54 ans, qui employait Yassin Salhi dans son entreprise de transports depuis quelques mois.

Au volant de camionnettes de cette société, Salhi se rendait régulièrement sur le site de gaz industriels du groupe américain Air Products, à Saint-Quentin-Fallavier, à une trentaine de kilomètres de Lyon, où il est soupçonné d’avoir commis un attentat après s’être livré à une exhibition macabre de la tête de la victime. Les employés le connaissant, il a pu entrer sur le site sans susciter la méfiance.

Selon une source proche du dossier, qui confirmait une autre information de M6, l’épouse du chef d’entreprise assassiné l’a vu pour la dernière fois peu après 7h30 dans leur société de transport de Chassieu, dans le Rhône. Elle a alors croisé Salhi avant de constater que son mari n’était plus dans l’entreprise.

Hervé Cornara, un homme apprécié de tous

Hervé Cornara (AFP)

Sauvagement décapité vendredi lors d’un attentat dans la région de Lyon, Hervé Cornara, chef d’entreprise de 54 ans, était apprécié pour son dynamisme et son engagement dans la ville de Fontaines-sur-Saône où il résidait.

«C’est un mec formidable», soupire, sans arriver à parler de lui au passé, Fernand Rodriguez, secrétaire de l’association des locataires du quartier des Marronniers, que présidait M. Cornara.

Hervé Cornara était un «enfant du quartier» qui «se donnait à fond dans tout», ont témoigné ses voisins. Émus, ils saluaient samedi la mémoire de ce chef d’entreprise, dont le corps décapité a été découvert la veille dans l’enceinte d’une usine de gaz industriels visée par un attentat.

Marié et père d’un jeune homme aujourd’hui âgé d’une vingtaine d’années, Hervé Cornara était resté fidèle, malgré ses succès, à ce quartier modeste où il avait grandi: des barres d’immeubles de quatre étages, une grande tour, une crèche, une clinique vétérinaire et un coquet jardin partagé. Sa maman, âgée de 87 ans, habite toujours dans la tour en face.

Responsable de l’association des locataires, le chef d’entreprise était très actif. «Il s’est impliqué pour garder le poste. Il voulait organiser un grand barbecue ces jours-ci», rappelle son ami Fernand.

«Il travaillait beaucoup, surtout depuis qu’il avait sa deuxième société à Chassieu, on se disait que ça lui ferait trop», ajoute Fernand Rodriguez, tandis que son épouse baisse la tête et sanglote, dans leur appartement du premier étage de la même barre d’immeuble que la victime.

L’enfant du pays avait quitté un temps la région avant d’y revenir pour créer une petite entreprise de transport. Les affaires marchant correctement, il s’était récemment agrandi et avait racheté des locaux à Chassieu, et l’entreprise de transport Colicom.

C’est là que travaillait aussi l’auteur présumé de l’attentat et de son assassinat, Yassin Salhi, qui se trouve toujours en garde à vue.

Monstrueux

Des centaines de personnes ont afflué samedi en Isère pour rendre hommage à Hervé Cornara, le chef d’entreprise qui employait Yassine Salhi depuis le mois de mars, et dénoncer la violence.

Des dizaines de personnes ont participé à une minute de silence à Saint-Quentin-Fallavier. D’autres se sont présentées dans un quartier résidentiel de Fontaines-sur-Saône, en banlieue de Lyon, pour saluer la mémoire de M. Cornara.

Dans le quartier, quelles que soient les générations, tout le monde semblait le connaître.

«C’est monstrueux, c’est de la barbarie, on ne lui a pas laissé de chance, il faudrait que ça s’arrête», s’emporte Nadine Espitalier, qui habite dans la même cage d’escalier, rapportait aujourd’hui l’AFP.

Promenant son chien, Pascal Servino dit avoir «grandi avec lui» aux Marronniers. «Hervé était parti un temps en Martinique, et il était revenu. C’était un homme affectueux, généreux. Il était strict sur le quartier: dès que quelque chose n’allait pas, il se mobilisait pour résoudre les problèmes. Il va nous manquer».

Comme de nombreux voisins, M. Servino a rejoint peu avant midi l’allée centrale longeant l’immeuble, pour participer à la minute de silence, en présence du maire.

«Nous sommes ici pour saluer la mémoire de notre ami, de notre voisin. Hervé a été assassiné hier (vendredi) dans des conditions que l’on ne peut décrire, victime d’un acte barbare», a ensuite souligné le maire de Fontaines, Thierry Pouzol, au milieu de quelque 200 habitants.

La voix chevrotante, il a ensuite invité les habitants des Marronniers à se donner la main pendant la minute de silence, avant d’aller déposer un bouquet de fleurs devant le n°10 de l’immeuble où résidait Hervé Cornara.

Moins de six mois après les attentats qui ont endeuillé Paris, cette attaque a constitué un nouveau choc.

«On n’a pas de mots», ont témoigné les habitants de Saint-Quentin-Fallavier, lieu de l’attentat à une trentaine de kilomètres de Lyon. Ils ont marqué samedi leur rejet de la «barbarie», par une minute de silence suivie d’une «Marseillaise» spontanée.

Le déroulement de l’attentat perpétré vendredi est désormais largement connu. Les caméras de surveillance ont parlé et des perquisitions ont été menées au domicile du suspect et dans la société de transport qui l’employait.

L’homme, père de trois enfants au profil discret, s’était présenté au volant d’un véhicule utilitaire tôt vendredi devant l’usine de gaz industriels de la société américaine Air Products. Habitué des lieux, il a pu pénétrer sans difficulté sur le site, classé sensible.

Puis il a projeté son véhicule sur un hangar, provoquant une violente explosion mais sans faire de blessés. Les pompiers dépêchés sur place sont parvenus à le maîtriser alors qu’il tentait de provoquer une deuxième explosion.

Loup solitaire ?

Mais des zones d’ombre demeurent, a souligné vendredi soir le procureur de Paris François Molins.

Il s’agit notamment pour les enquêteurs de mieux cerner le profil du suspect, fiché en 2006 par les services de renseignements pour «radicalisation» et de nouveau repéré entre 2011 et 2014 pour ses liens avec la mouvance salafiste, mais au casier judiciaire vierge. Est-il un «loup solitaire» ou a-t-il bénéficié de complicités ?

D’éclaircir aussi l’assassinat d’Hervé Cornara, 54 ans, chef d’une entreprise de transport où travaillait depuis quelques mois Yassin Salhi, retrouvé décapité à proximité du véhicule du suspect. Les résultats de l’autopsie étaient attendus samedi.

Enfin, quel était le mobile ? La présence de drapeaux où étaient écrits la profession de foi islamique, entourant la tête de la victime accrochée au grillage d’enceinte de l’usine, rappellent les mises en scène macabres du groupe État islamique (EI), mais ce dernier n’a pas revendiqué l’attentat.

L’EI s’est en revanche targué d’être à l’origine d’une attaque en Tunisie, où 38 personnes ont été fauchées dans la station balnéaire de Sousse, et d’un attentat suicide contre une mosquée chiite au Koweït, qui a fait 26 morts.

Le scénario d’un nouvel attentat était redouté à Paris depuis les tueries qui avaient fait 17 morts en janvier et l’arrestation, en avril, d’un étudiant algérien, Sid Ahmed Ghlam, soupçonné d’un projet d’attaque contre une église catholique.

La France est le premier pays européen pour le nombre de ses ressortissants présents dans les zones tenues par l’EI, avec 1500 djihadistes en Irak et en Syrie. Certains reviennent et doivent être surveillés. Mais il y a aussi ces «profils dormants», comme Yassin Salhi, encore plus difficiles à déceler, selon une source policière.

«La question n’est pas de savoir s’il y aura un nouvel attentat, mais quand», a d’ailleurs averti samedi le premier ministre Manuel Valls samedi.

«Profils dormants»

«Cet acte macabre de décapitation», jamais vu auparavant dans le cadre d’un attentat en France, «crée une tension forte sur la société française. Qui va être exploitée», a souligné M. Valls, rentré d’urgence à Paris après avoir écourté une visite en Amérique du Sud.

En filigrane se dessine la crainte d’un regain de tension à l’égard des quelque 5 millions de Français musulmans, alors que les attentats de janvier ont été suivis d’une forte recrudescence des actes islamophobes en France.

Autre inquiétude, une exploitation politique, à deux ans de la prochaine élection présidentielle. Alors que les différents partis avaient quasi unanimement salué l’action des autorités en janvier, les critiques de l’opposition ont cette fois très vite fusé.

Le gouvernement a affiché sa détermination et défendu son bilan samedi à l’issue d’un conseil restreint réunissant le président François Hollande, le premier ministre ainsi que les ministres des Affaires étrangères, de la Défense, de l’Intérieur, de la Justice et de l’Énergie.

«Le gouvernement continuera, face à un haut niveau de menace, à agir sans trêve ni pause», a assuré le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, avant d’énumérer les mesures déjà prises: embauches de personnels de sécurité et renforcement de l’arsenal juridique avec deux lois antiterroristes et des mesures pour renforcer les moyens des services de renseignement.

*Avec AFP, PC et AP

Les commentaires sont fermés.