Entre harcèlement et bureaucratie, des agents du renseignement canadien motivés mais sous forte pression

Vue aérienne du siège du SCRS à Ottawa (Photo: Normand lester, WikiCommons)
Vue aérienne du siège du SCRS à Ottawa (Photo: Normand lester, WikiCommons)
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Le Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS). (Archives/SCRS)
Le Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS). (Archives/SCRS)

Un sondage interne mené au sein du service canadien du renseignement et de sécurité, obtenu par un quotidien montréalais, révèle plusieurs anomalies inquiétantes en dépit de la motivation des agents du SCRS.

Dans un contexte où le gouvernement canadien développe une rhétorique sécuritaire de plus en plus marquée, les activités du SCRS et de ses agents sont au cœur du débat à l’image des controverses générées par le projet de loi C-51 plus tôt cette année.

Obtenu grâce à la loi sur l’accès à l’information, ce sondage effectué auprès des fonctionnaires du renseignement canadien est le troisième depuis 2008. On y trouve un aperçu du ressenti des employés du SCRS quant à leurs conditions de travail.

Motivation et confiance dans leur mission

Dans l’ensemble, le sondage fait état d’un certain dévouement des agents du SCRS à l’égard de leur mission et de leur fierté de participer à la sécurité du Canada. En effet, selon les informations obtenues par La Presse, 92% des fonctionnaires du SCRS se déclarent fiers de leur travail.

Par ailleurs 79 % recommanderaient le SCRS comme un «excellent milieu de travail» et 62 % ont confiance en la haute direction.

Autres donnée statistique notable,  97% des répondants au sein du service de renseignement canadien se disent prêt à fournir des efforts supplémentaires dans la traque des terroristes et autres menaces potentielles.

Plusieurs écueils viennent cependant noircir le tableau

Principale plainte exprimée par les agents du SCRS: le harcèlement au travail. Que ce soit sous la forme d’intimidation répétée, de commérage ou de rumeurs, 30% des personnes interrogés affirment avoir été victimes de harcèlement.

Une légère hausse de 1% depuis 2008 mais qui «traduit un malaise» déplore Dave Charland, un agent qui a quitté le SCRS il y a un an. «Ce ne sont pas 30 % des gens qui ont inventé ça». Plus inquiétant encore, 3 % des répondants disent avoir été victimes de violence essentiellement sous la forme de menaces.

Malgré l’existence d’un processus officiel pour dénoncer ces problèmes, le sondage indique une véritable peur des représailles pour celui qui s’y risquerait. C’est en tout cas ce que ressentent 37% des personnes interrogées par les sondeurs.

«Je m’inclus dans ceux qui avaient cette crainte. À moins que tu fraudes, ou quelque chose du genre, tu ne seras pas mis à la porte. Mais seras-tu choisi pour une promotion ? Auras-tu accès aux formations intéressantes si tu t’es plaint ?», a expliqué l’ex-agent Dave Charland à La Presse.

A côté de cela, l’autre plainte exprimée par les employés du service de renseignement canadien concerne le manque de temps. Si, dans l’ensemble, 58% des sondés estiment disposer du temps nécessaires pour effectuer leurs tâches ; ce chiffre tombe à 27% pour les membres de la direction et 25% pour les agents de renseignement se trouvant sur le terrain.

Pour ce qui est des ressources du SCRS, les fonds supplémentaires accordés par le gouvernement Harper devraient venir satisfaire les 59% qui estimaient que la diminution des ressources impactait la qualité de leur travail.

Enfin, c’est la lourdeur bureaucratique du SCRS qui semble exaspérer ceux qui y travaillent puisque 57% estiment que «la qualité de leur travail est toujours, presque toujours ou souvent minée par le trop grand nombre d’étapes d’approbation».

Entre besoin d’autorisation en cascade, longueur pour obtenir les permissions désirées et multiples contrôles de sécurité «La structure est trop lourde!», dénonce l’ex membre des services de renseignement.

«Je comprends que c’est pour éviter des problèmes, mais comment se fait-il qu’un policier soit tellement plus autonome qu’un agent de renseignement dans son travail ?»