La stratégie de la Coalition contre l’EI, la solution militaire apparaît de plus en plus fragile

0
 Les djihadistes hissent le drapeau de l'#EI sur la citadelle médiévale (époque mamelouke) de Palmyre (@romaincaillet/compte Twitter)
Les djihadistes hissent le drapeau de l’#EI sur la citadelle médiévale (époque mamelouke) de Palmyre (@romaincaillet/compte Twitter)

La France accueillera le 2 juin la seconde réunion restreinte des ministres des Affaires étrangères de la coalition contre Daech (24 participants). Cette réunion, sera co-présidée par Laurent Fabius, le Premier ministre irakien Haider Al-Abadi, alors que la situation, en Irak comme en Syrie, est de plus en plus problématique en dépit des assurances que nous donnaient il y a encore peu de temps les chefs militaires d’avoir stoppé les djihadistes et de les avoir placés sur la défensive.

Cette réunion, explique la diplomatie française, s’inscrit dans le cadre des rencontres régulières entre les membres de la coalition, mais John Kerry, qui se remet d’un accident de vélo en Suisse, devrait être absent.

Après les revers qu’elle a essuyé, la Coalition se réunira donc mardi pour revoir sa stratégie. En Irak, les djihadistes ont remporté une victoire importante le 17 mai avec la prise de Ramadi, capitale de la province d’Al-Anbar, la plus grande du pays. Le monde entier a alors pu voir les forces irakiennes, sur lesquels la coalition anticipait pourvoir compter un jour pour mener le combat au sol, détaler comme des lapins.

Et en Syrie, le groupe ultra-radical a réussi à déloger les troupes du régime Assad de Palmyre dans le centre du pays, un site archéologique classé patrimoine mondial.

Selon le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Romain Nadal, la réunion doit donc en principe permettre aux participants de « discuter de la stratégie de la coalition, à un moment où la situation sur le terrain est particulièrement fragile ».

« L’objectif de la réunion est l’Irak, mais compte tenu de l’avance (des djihadistes) et la portée de la situation, la Syrie sera également discutée », a déclaré le porte-parole.

Officiellement, selon le communiqué du ministère français des Affaires étrangères, la réunion a deux objectifs principaux:

« Échanger sur la stratégie de la coalition, à un moment où la situation sur le terrain est particulièrement fragile, et réaffirmer notre détermination commune à arrêter les terroristes fanatiques de Daech;
Passer des messages forts sur la nécessité de parvenir à des solutions politiques durables pour résoudre la crise irakienne, seule façon de lutter efficacement contre le groupe terroriste.
-La réunion de Paris permettra de rappeler notre soutien résolu au gouvernement irakien pour la mise en œuvre effective des réformes nécessaires à la réconciliation nationale ». Communiqué du Quai d’Orsay.

Les participants évoqueront également la protection des minorités persécutées et les conditions de leur retour. Ils discuteront aussi de la protection du patrimoine en danger alors que l’Assemblée générale des Nations unies vient d’adopter une résolution sur ce sujet. Mme Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO et M. Antonio Guterres, haut-commissaire pour les réfugiés, ont d’ailleurs été invités à participer à ces échanges, précise le communiqué du Quai d’Orsay.

Une stratégie douteuse

Compte tenu de la réticence à envoyer des troupes, la stratégie de la coalition consistait à effectuer des bombardements et de la formation des soldats irakiens.

Cette stratégie ne permet, au mieux, que de contenir le groupe armée État islamique, comme l’a reconnu le chef d’état-major canadien, le général Tom Lawson, lors d,une discussion de groupe le 30 mai dans le cadre du Dialogue de Shangri-La.

De plus, les frappes aériennes ne peuvent pas contenir les « camions piégés» qu’ont commencé à utiliser les djihadistes pour pénétrer dans les villes.

En outre, après la chute de la ville, le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter n’a pas pas caché sa déception et a déclaré que les forces irakiennes que « ont échoué à se battre » et « montré aucune volonté de se battre, ».

Et pour compliquer encore davantage les choses, La formation d’une armée irakienne forte est également confrontée à l’obstacle des luttes confessionnelles dans le pays. Depuis la chute de Saddam Hussein en 2003, un gouvernement sunnite, la majorité chiite aujourd’hui au pouvoir à Bagdad est au carrefour de l’affrontement entre les deux branches ennemie de l’Islam.

Depuis 2014, la coalition se concentrait sur la formation de militaires sunnite, pensant qu’ils étaient plus à même d’affronter l’EI soutenuie par une partie de la population sunnite sans s’aliéner la population, mais la retentissante défaite à Ramadi a maintenant amené e Premier ministre irakien à recourir aux puissantes milices chiites soutenues par l’Iran, stratégie vivement condamnée par le Pentagone et qui risque de jeter de l’huile sur le feu.

La méfiance entre Kurdes et Bagdad pourrit la coalition

Le rendez-vous de Paris vise également à envoyer un «message fort» au gouvernement irakien pour qu’il se décide enfin à inclure vraiment les combattants kurdes, les seuls à avoir un tant soit peu tenu tête à l’EI, a laissé savoir le ministère français des Affaires étrangères.

« Nous lions le soutien militaire de la coalition aux engagements politiques pris par le nouveau gouvernement. Ce que nous demandons est une union politique plus inclusive », a clairement déclaré Laurent Fabius cette semaine.

Avec ces querelles entre sunnites, chiites et Kurdes, l’Irak est de plus en plus divisé alors qu’il affronte des extrémistes fanatisés et que l’Occident, malgré ses investissements passés, se refuse dorénavant à prendre la place des Irakiens qui doivent se battre eux-mêmes pour leur pays, une intervention de puissances étrangères risquant de faire à terme plus de mal que de bien.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.