Le chef d’Al-Qaïda au Yémen Nasser al-Wahaïshi tué, les détails sur son successeur Qassem al-Rimi

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Le chef yéménite d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), Nasser al Wouhaïchi. (Compte Twitter/‏@neuffquatt1)
L’ancien chef yéménite d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), Nasser al Wouhaïchi tué lors d’une attaque de drone américain. (Compte Twitter/‏@neuffquatt1)

Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa) a confirmé mardi la mort de son chef, Nasser al-Wahishi, dans une attaque de drone américain au Yémen, et annoncé son remplacement par le chef militaire du groupe, Qassem al-Rimi.

Nasser al-Wahaïshi, considéré comme le numéro deux d’Al-Qaïda, a été « tué dans une attaque de drone américaine qui l’a visé, ainsi que deux autres moujahidine », a indiqué un membre du réseau dans une déclaration filmée et postée sur YouTube par Al-Malahem, le service de propagande du groupe jihadiste.

La mort de Wahaïshi a aussi été évoquée par plusieurs médias.

Le chef militaire d’Aqpa, Qassem al-Rimi, a été nommé à la place de Nasser al-Wahishi lors d’une réunion de hauts dirigeants du réseau, selon la même source.

Née de la fusion des organisations yéménite et saoudienne d’Al-Qaïda, Aqpa est considérée par les Etats-Unis comme la branche la plus dangereuse du réseau extrémiste. C’est elle qui a revendiqué l’attentat qui a décimé la rédaction du journal satirique français Charlie Hebdo en janvier.

Plusieurs de ses membres ont été tués dans des attaques de drones américains ces dernières années.

Selon la chaîne américaine CNN, qui faisait référence à deux responsables de la sécurité nationale au Yémen sans les citer, Nasser al-Wahishi, a été tué dans la région du Hadramout, à l’est d’Aden (sud).

Il avait été désigné en 2013 adjoint du chef du réseau Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri.

Un responsable yéménite local a de son côté déclaré à l’AFP que Nasser al-Wahaïshi avait probablement été tué dans un raid à Moukalla, tenu par Al-Qaïda, dans le sud-est du Yémen, et que son corps se trouverait dans une morgue locale entouré de strictes mesures de sécurités.

En mai dernier, un haut responsable d’Aqpa, Nasser Al-Ansi, a été tué par un drone américain au Yémen.

Ce stratège militaire du réseau extrémiste était apparu dans plusieurs vidéos d’Aqpa. Dans l’une d’elles, diffusée le 14 janvier, il affirmait que son groupe avait mené, par l’intermédiaire des frères Kouachi, l’attaque ayant décimé une semaine plus tôt la rédaction de Charlie Hebdo, pour « venger » Mahomet, caricaturé par le journal satirique français.

Les États-Unis sont le seul pays à disposer de drones dans la région.

En avril, Al-Qaïda au Yémen avait déjà annoncé la mort d’un de ses idéologues en chef, Ibrahim al-Rubaish, tué aussi dans une attaque de drone américain. Ce Saoudien était connu pour ses prêches hostiles à l’Occident, aux Etats-Unis et à la France.

Aqpa avait profité de l’affaiblissement du pouvoir central au Yémen en 2011, à la faveur de l’insurrection populaire contre l’ancien président Ali Abdallah Saleh, pour renforcer sa présence dans le pays.

Et alors que le Yémen est aujourd’hui emporté dans un conflit meurtrier entre rebelles Houthis et partisans du président Abd Rabbo Mansour Hadi, appuyés par des raids d’une coalition arabe menée par l’Arabie saoudite, Al-Qaïda tente de profiter du chaos. Il s’est ainsi emparé en avril de la ville de Moukalla.

Des pourparlers indirects sous l’égide de l’ONU sont en cours à Genève entre rebelles et gouvernement pour tenter de trouver les moyens de mettre fin au conflit.

Qassem al-Rimi, nouveau chef d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique

Qassem al-Rimi, nouveau chef d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Archives/Al-Malaheem)

Qassem al-Rimi, le nouveau chef d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), est l’un des piliers du groupe qui a réussi à recruter une génération entière de combattants dédiés à la cause du djihad.

Ce Yéménite, connu sous le nom de guerre d’Abou Houreïra al-Sanaani, avait été désigné chef militaire d’AQPA dès la naissance en 2009 du groupe suite à la fusion des branches yéménite et saoudienne d’Al-Qaïda.

Il était avant cela l’un des grands leaders de la branche yéménite du réseau d’Oussama ben Laden.

Qassem al-Rimi, dont la tête est mise à prix 5 millions de dollars par Washington, a un frère qui est toujours détenu à Guantánamo par les Américains, selon Gregory Johnsen, auteur de The Last Refuge, un livre sur Al-Qaïda au Yémen.

Il a été choisi par les cadres d’AQPA pour succéder à Nasser al-Wahaïshi, tué la semaine dernière dans une attaque de drone américain au Yémen.

Selon des sources concordantes, Qassem al-Rimi, né en 1974, a quitté à 15 ans sa famille de la province de Rima, dans l’ouest du Yémen.

Selon Gregory Johnsen, il fait surface comme instructeur dans un camp d’entraînement d’Al-Qaïda en Afghanistan avant l’intervention américaine de 2001.

Il fait partie du groupe comprenant Wahaïshi qui était en contact direct avec Oussama ben Laden.

Extradé ensuite au Yémen, il se retrouve avec Wahaïshi dans une prison de Sanaa où il prend de l’importance. Il y conduit la prière du groupe djihadiste et se livre à des diatribes contre l’ex-président Ali Abdallah Saleh, alors proche allié de Washington dans la lutte contre Al-Qaïda.

En février 2006, il fera partie des 23 insurgés qui organisent une évasion spectaculaire de la prison de Sanaa, les détenus ayant réussi à creuser un tunnel de 44 mètres, relié à une mosquée.

Cette fuite permettra aux évadés de réorganiser les rangs d’Al-Qaïda au Yémen et de préparer la fusion de la branche yéménite trois ans plus tard avec la branche saoudienne qui vient d’essuyer une rude répression en Arabie saoudite.

Mea culpa

En 2007, le nom de Qassem al-Rimi sera lié à une attaque contre des touristes espagnols qui a coûté la vie à huit d’entre eux à Marib, à l’est de Sanaa.

Après la naissance d’AQPA, Qassem al-Rimi sera directement mêlé à la tentative de faire exploser en vol un avion américain se rendant aux États-Unis à Noël 2009 et une tentative d’envoyer en 2010 des colis piégés dans le même pays à bord d’avions de transport.

Plus récemment, son nom a été lié à l’attaque contre le journal français Charlie Hebdo en janvier dernier. Les auteurs de l’attaque, les frères Kouachi, déclarant avoir agi sur instruction d’AQPA et avoir séjourné au Yémen.

Dans les vidéos d’Al-Malahem, le service de propagande d’AQPA, Qassem al-Rimi apparaît souvent appelant au djihad et incitant les jeunes à rejoindre les rangs de son organisation.

Il fera en décembre 2013 un rare mea culpa en admettant que l’attaque contre un lieu de prière et un hôpital du complexe du ministère de la Défense à Sanaa avait été une erreur.


(Vidéo Almalahem/sous-titres en anglais)

L’attaque avait fait 56 morts, dont plusieurs médecins étrangers et plus de 200 blessés.

«On a demandé à nos combattants d’éviter l’hôpital et le lieu de prière du complexe du ministère de la Défense, huit l’ont fait et le neuvième ne s’est pas plié à cette consigne», avait-il déclaré.

«L’attaque était dirigée contre le ministère de la Défense. Les hôpitaux du ministère sont nombreux dans le pays et si on avait voulu les attaquer, on aurait pu le faire, notamment là où il n’y a pas de dispositif de sécurité», avait-il ajouté.

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