Le groupe EI perd Tall Abyad, son plus grand revers en Syrie

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Des peshmergas irakiens devant une pancarte du groupe EI le 9 mars 2015 à l'entrée de la ville d'Hawija au sud de Kirkouk (Marwan Ibrahim/AFP)
Des peshmergas irakiens devant une pancarte du groupe EI le 9 mars 2015 à l’entrée de la ville d’Hawija au sud de Kirkouk (Marwan Ibrahim/AFP)
Le groupe Etat islamique (EI) a subi son plus sérieux revers en Syrie après la capture mardi par les forces kurdes de Tall Abyad, ville frontalière de la Turquie et point de transit vital pour les jihadistes.

Après cinq jours d’offensive appuyée par les frappes aériennes de la coalition antijihadistes dirigée par les Etats-Unis et des groupes rebelles syriens, les Unités de protection du peuple kurde (YPG) ont pris le contrôle total de la ville à l’aube, après des combats qui avaient fait fuir des milliers d’habitants.

Tall Abyad était l’un des deux principaux points de passage informels avec la Turquie à travers lesquels le groupe faisait transiter armes et combattants. Sur cette frontière, il ne lui reste plus que celui de Jarablos, dans la province septentrionale d’Alep (nord), ainsi que des passages secondaires.

La ville est désormais « entièrement sous le contrôle des combattants kurdes », selon Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH, précisant qu' »aucun tir n’a été entendu depuis l’aube ».

Un responsable kurde, Ahmed Seyxo, a affirmé à l’AFP que « l’EI s’est retiré sans offrir beaucoup de résistance (…) c’était une victoire facile ».

« L’alliance anti-EI (kurde et rebelle) procède au ratissage de Tall Abyad pour permettre aux civils de rentrer », a précisé Cherfane Darwich, porte-parole d’un groupe rebelle allié des Kurdes, Bourkane al-Fourat. « Il y a des mines et des voitures piégées partout, et les corps des combattants de l’EI gisent dans les rues ».

« Plus importante que Kobané »

« C’est certainement la plus importante perte pour l’EI jusqu’à présent », a affirmé à l’AFP Aymenn Jawad al-Tamimi, du centre de recherche Middle East Forum. Tall Abyad servait d' »importante route de transit pour les combattants, les armes et les marchandises de la Turquie vers le territoire contrôlé par l’EI ».

La ville était notamment cruciale pour l’approvisionnement de son fief de Raqa, 86 km plus au sud. Raqa est tombée en janvier 2014 aux mains de l’EI, qui contrôle selon l’OSDH 50% du pays, ainsi que de vastes régions en Irak voisin.

« C’est la plus grande défaite du groupe depuis sa proclamation du califat en juin 2014 », affirme Rami Abdel Rahmane. « Désormais, les jihadistes dans la province de Raqa et Deir Ezzor (est) doivent parcourir des centaines de kilomètres pour parvenir à la frontière turque ».

D’après l’analyste Charlie Winter, spécialiste de la Syrie et des mouvements jihadistes à la Quilliam Foundation, cette victoire kurde est « plus importante à long terme que celle de Kobané », ville frontalière à l’ouest de Tall Abyad que les Kurdes ont repris à l’EI en janvier.

En outre, la défaite de Tall Abyad porte selon lui « un coup au mythe de la victoire divine constante » que l’EI tente de promouvoir depuis son apparition en Syrie en 2013.

400 km pour les Kurdes

Les forces kurdes « contrôlent désormais 400 km de frontière avec la Turquie allant de (Kobané) dans la province d’Alep jusqu’à la frontière irakienne » à l’est, selon Rami Abdel Rahmane.

La victoire à Tall Abyad a suscité les craintes de la Turquie, qui considère les YPG comme la branche syrienne des rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), classé groupe « terroriste » par Ankara.

La Turquie redoute notamment qu’à l’instar des Kurdes d’Irak, les Kurdes de Syrie ne constituent un territoire autonome le long de la frontière turque, en unifiant les trois cantons existants de Kobané, Jaziré et Afrine. Appelée Rojava par la population kurde, cette entité n’est pas reconnue par Damas.

Lundi soir, le gouvernement turc a renouvelé ses accusations contre les Kurdes syriens de pratiquer le « nettoyage ethnique » contre les non kurdes — ce qu’ont démenti les Kurdes– et « de réunir plusieurs cantons ensemble ».

Les derniers affrontements ont provoqué l’entrée de près de 23.000 nouveaux réfugiés syriens sur le territoire turc entre le 3 et le 15 juin selon l’ONU.

La Syrie est ravagée depuis plus de quatre ans par un conflit complexe où régime, rebelles, kurdes et jihadistes tentent de s’arroger des pans de territoire.

En visite à Damas où il a rencontré le président Bachar al-Assad, l’émissaire spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura a condamné mardi l’un des bombardements rebelles les plus meurtriers sur la partie gouvernementale d’Alep qui a fait 34 morts, dont 12 enfants, selon l’OSDH.

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