Le Pakistan ordonne à Save the Children de quitter le pays, menace d’autres ONG

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Un policier pakistanais monte la garde devant les bureaux de l'ONG "Save the children" fermée par les autorités à Islamabad le 11 juin 2015 (Aamir Qureshi/AFP)
Un policier pakistanais monte la garde devant les bureaux de l’ONG « Save the children » fermée par les autorités à Islamabad le 11 juin 2015 (Aamir Qureshi/AFP)

Le Pakistan, qui a fermé de force jeudi soir les locaux de Save the Children à Islamabad, a menacé vendredi de s’en prendre à toute ONG étrangère agissant « contre les intérêts » du pays.
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Mise à jour au 14/06/2015 à 17h14

Le ministère pakistanais de l’Intérieur a suspendu son ordre de fermeture du bureau de l’organisme international Aide à l’enfance à Islamabad, a annoncé un responsable dimanche.

Mais Saeed Ahmed, un porte-parole d’Aide à l’enfance au Pakistan, a affirmé pour sa part qu’il n’avait pas été avisé par le gouvernement de la décision. Il a déclaré à l’Associated Press que l’organisme aimerait en être informé officiellement par les autorités compétentes.

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« De nombreuses ONG agissent contre le Pakistan et nous nous concertons sur une saisie du Parlement à leur sujet », a déclaré le ministre de l’Intérieur Chaudhry Nisar Ali Khan.

« Les organisations non gouvernementales qui travaillent contre l’intérêt national pakistanais ne seront pas autorisées à continuer à opérer au Pakistan », a-t-il ajouté, sans toutefois donner plus de précisions sur les ONG qui pourraient être visées.

Save the Children était particulièrement surveillée par Islamabad depuis 2012, lorsqu’un rapport des services de renseignement locaux avait fait un lien entre l’ONG et Shakeel Afridi, le médecin pakistanais qui a aidé la CIA dans sa traque d’Oussama Ben Laden, tué par un raid commando américain dans le nord du pays en mai 2011.

Washington a d’ailleurs rapidement condamné la décision de son allié pakistanais.

Le département d’État s’est déclaré « préoccupé par la répression du Pakistan contre les organisations caritatives internationales ». La diplomatie américaine a donné écho, dans un long communiqué, aux « difficultés croissantes » pour les ONG de « travailler au Pakistan ». Et « cela a eu un effet négatif important sur les efforts des partenaires internationaux pour aider le Pakistan », a averti le département d’Etat.

Jeudi soir après l’heure de fermeture des bureaux, des représentants du gouvernement pakistanais et des policiers ont débarqué au siège de Save The Children et ont posé un cadenas sur le portail d’entrée du complexe et des scellés sur les locaux.

« Nous ne connaissons pas les raisons de cette fermeture. Nous avons juste reçu un avis de trois lignes du ministère de l’Intérieur disant que les bureaux devaient être mis sous scellés et tous les expatriés retourner dans leurs pays sous 15 jours », a dit à l’AFP un responsable gouvernemental, Kamran Cheema.

Un responsable du ministère de l’Intérieur a affirmé à l’AFP sous couvert d’anonymat que l’ONG « était impliquée dans des activités antipakistanaises ».

« Save The Children n’avait pas été notifié de cette décision. Nous nous opposons fortement à cette intervention et nous sommes en train d’exprimer nos graves préoccupations au plus haut niveau », a déclaré l’ONG dans un communiqué diffusé de son siège londonien.

« L’ensemble de notre travail est conçu et effectué en collaboration étroite avec les ministères gouvernementaux et il vise à renforcer l’accès aux services publics en matière de santé, de nutrition, d’éducation et de bien-être pour l’enfant », ajoute l’ONG qui affirme que ses programmes ont bénéficié l’année dernière à 4 millions d’enfants pakistanais et à leurs familles.

Contactée par l’AFP, L’ONG a précisé « travailler au Pakistan depuis plus de 35 ans et avoir 1.200 employés dans le pays », ajoutant qu’elle n’y comptait plus aucun expatrié.

Après la divulgation du rapport des services de renseignements pakistanais établissant un lien entre Save the Children et le Dr Afridi, donc la CIA, les expatriés de l’ONG avaient été obligés de quitter le pays.

L’ONG a toujours nié en bloc ces accusations de liens avec le Dr Afridi ou la CIA.

Depuis le raid clandestin de forces spéciales américaines qui a tué Ben Laden en mai 2011 à Abbottabad (nord), le Pakistan a durci ses procédures et limité la liberté de mouvements des ONG étrangères, que ses services de renseignement soupçonnent de travailler clandestinement pour des pays étrangers.

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