L’inconduite sexuelle dans l’armée due à des facteurs «biologiques», déclare le général Lawson

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Le général Tom Lawson souhaite la bienvenue et le bon retour à la maison aux troupes. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)
Le général Tom Lawson (Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Le harcèlement sexuel est encore un problème dans les Forces canadiennes parce que les gens sont «biologiquement programmés [‘wired’,’câblés’, a-t-il dit en anglais] de cette manière», déclare le général Tom Lawson, chef d’état-major de la Défense à la télévision publique canadienne, suscitant l’indignation de l’opposition à Ottawa et des appels à sa démission.

Dans une interview avec Peter Mansbridge à l’émission d’information et d’affaires publiques The National qui doit être diffusée ce soir, le chef d’état-major de la Défense affirme que le « terrible question » du harcèlement sexuel dans les Forces armées canadiennes «perturbe la grande majorité de personnes en uniforme, mais que, pourtant, nous sommes toujours aux prises avec elle», annonce la CBC.

«Cela peut vous sembler une réponse banale, mais c’est parce que est nous sommes biologiquement ‘câblés’ d’une certaine manière et que certains croient qu’il est raisonnable d’imposer leurs désirs aux autres. Mais il ne devrait pas en être ainsi».

«Bien que nous aimerions beaucoup être absolument professionnels dans tout ce que nous faisons, et je pense que dans l’ensemble nous le sommes, il y aura des situations et il y a eu [dans le passé,NDLR]des situations où des hommes se sont crus capables d’imposer leurs désirs à des femmes».

Le rapport de l’ancienne juge de la Cour suprême du Canada Marie Deschamp sur les comportements sexuels inappropriés dans les Forces armées canadiennes rendu public en avril dernier ne laissait pourtant planer aucun doute: la culture militaire doit changer!

«L’une des principales conclusions auxquelles est parvenue la responsable de l’examen externe (REE) est qu’il existe une culture sous-jacente de la sexualisation au sein des FAC. Cette culture est hostile aux femmes et aux LGTBQ et propice aux incidents graves que sont le harcèlement sexuel et l’agression sexuelle. Un changement de culture s’impose donc», indiquait alors le rapport de Marie Deschamps.

Le général Lawson avait pourtant admis en recevant ce rapport que la culture devait changer au sein des Forces armées. Mais voilà qu’il parle aujourd’hui de facteurs biologiques, un peu comme si tout cela était dans la nature des hommes et, finalement, incontournable.

La réaction de s’est pas faite attendre.

Les commentaires du chef d’état-major de la Défense sont misogynes et inexcusables. Il devrait démissionner immédiatement », écrit sur son compte Twitter la critique libérale en matière de Défense, Joyce Murray.

«En 2015, ces opinions sexistes et archaïques – de la part du chef de nos Forces armées canadiennes – sont insultantes pour les hommes et les femmes!», ajoute la députée libérale « Si le chef de l’état-major la Défense ne démissionne pas, le premier-ministre doit le congédier sans délai».

Le critique néo-démocrate Jack Harris a lui aussi réagi, déclarant qu’il est « incroyable d’entendre des déclarations semblables au plus haut niveau de la hiérarchie militaire. Ce sont des attitudes comme celles-là qui nous ont menés aux problèmes actuels. »

De son côté, la spécialiste en harcèlement sexuel et activiste Julie Lalonde qui avait eu maille à partir avec certains élèves-officiers du Collège Militaire Royale du Canada à Kingston lors d’une présentation sur le sujet en octobre dernier, a qualifié la déclaration du chef d’état-major de «surréaliste».

Quant au général, il s’est tout de suite confondu en excuses par voie de communiqué pour ce qu’il a appelé sa «description maladroite de la question de l’inconduite sexuelle dans les Forces armées canadiennes».

«L’inconduite sexuelle sous quelque forme, dans toute situation est clairement inacceptable», a réitéré le chef d’état-major dans son communiqué.

«Ma référence à l’attraction biologique étant un facteur dans l’inconduite sexuelle n’était en aucun cas destinée à exonérer quiconque de la responsabilité de leurs actions.»

«Je me suis engagé, aux côtés de la direction des Forces armées canadiennes, à attaque aborder la question de l’inconduite sexuelle par un plan d’action basé sur les 10 recommandations formulées dans le rapport de madame [Marie] Deschamps»,, a aussi rappelé le général.

Le général Tom Lawson, qui occupe ce poste depuis le mois d’octobre 2012, va de toutes façon quitter son poste cet été et sera remplacé par le lieutenant-général Jonathan Vance.

Avec ces récentes déclarations, le général qui s’est au long de sa carrière mérité les plus hautes distinctions risque maintenant de partir dans la controverse.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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