Navires de ravitaillement: Ottawa ouvre la porte à la Davie

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Le chantier maritime Davie à Lévis, sur la Rive-sud de Qiébec, a déjà été le plus important chantier naval du pays (Archives/Pierre-Olivier Fortin/WikiCommons)
Le chantier maritime Davie à Lévis, sur la Rive-sud de Qiébec, a déjà été le plus important chantier naval du pays (Archives/Pierre-Olivier Fortin/WikiCommons)

Le gouvernement, annonçant cet après-midi les prochaines mesures concernant la capacité intérimaire en navire de ravitaillement, a ouvert la porte au Chantier Davie Canada Inc. avec qui il va engager des pourparlers préliminaires sur le réaménagement d’un navire commercial à des fins militaires, comme le chantier de Lévis lui avait proposé il y a quelques mois.

Ces pourparlers avec la Davie aideront à déterminer si celui-ci peut fournir une solution provisoire dans un délai raisonnable et à un coût et un niveau de capacité acceptables pour les navires de ravitaillement qui manquent cruellement à la Marine Royale canadienne depuis la mise au rancart plus tôt que prévu de ses deux seuls navires de ravitaillement, les NCSM Protecteur et Preserver.

Depuis le retrait du service des deux ravitailleurs canadiens, la Marine royale canadienne doit compter sur les navires alliés pour se ravitailler en carburant, en vivres, en munitions et en pièces de rechange au cours de ses missions à l’étranger.

Pendant ce temps, la livraison par le chantier Seaspan de Vancouver du premier des deux bâtiments, qui était officiellement prévue pour 2019 par le gouvernement, a été de nouveau reportée et le premier navire de ravitaillement ne pourra probablement pas être opérationnel avant au moins 2022.

C’est pourquoi la Davie a proposé à Ottawa une solution alternative: acheter un navire de type porte-conteneur qui, une fois démantelé, sera transformé en ravitailleur au chantier Davie, à Lévis, dans la circonscription du ministre canadien de la Sécurité publique, Steven Blaney.

Les pourparlers annoncés aujourd’hui concerneront donc une capacité intérimaire sous forme de navire commercial réaménagé à des fins militaires, tel que l’avait proposé la Davie.

Pression de l’OTAN ou pression du temps…

Certains ministres du gouvernement Harper, dont ceux de la côte Ouest, s’étaient par le passé montrés méfiants face aux propositions du chantier de la Rive-Sud de Québec, craignant que cette solution à moyen terme de confier les travaux à la Davie devienne alors permanente, lui permettant de supplanter les chantiers de la côte ouest choisis pour la construction des prochains navires de soutien.

Mais Ottawa fait face de plus en plus aux pressions de l’OTAN, qui souhaite que la marine canadienne comble le vide créé par le retrait permanent de ses deux navires ravitailleurs.

«Les ravitailleurs sont un élément essentiel de la capacité de la Marine royale canadienne à se déployer à l’étranger. Naturellement, les alliés ont déjà leurs besoins et n’ont pas nécessairement la marge de manœuvre requise pour aider le Canada», soulignait fort justement il y a quelques mois Jean-Christophe Boucher, professeur à l’Université MacEwan.

Pour aider la MRC à remplir ses missions dans les prochaines années, le gouvernement du Canada a du finalement se décider à entamer des pourparlers préliminaires avec Chantier Davie Canada Inc., mais ne renonce pas au contrat avec le chantier Seaspan sur la côte Ouest.

Le ministre Kenney affirme cependant que la proposition soumise par la Davie était incomplète et ne répondait pas à tous les besoins de la marine canadienne.

Si le gouvernement du Canada décide d’opter pour une entente contractuelle de prestation de services, il fournira la norme de service requise pour assurer le relais jusqu’à la mise en service du premier navire de soutien interarmées (NSI), qui est prévue pour 2021, explique le communiqué de la Défense canadienne, laissant aussi clairement entendre qu’il n’est pas pour autant question de remettre en cause le contrat attribué à Seaspan.

Le NSI aura une capacité de combat solide, sera doté d’un équipage militaire complet et pourra être modernisé continuellement sur les 30 à 40 années suivantes pour répondre à l’évolution des besoins opérationnels de la Marine, insiste la Défense, qui fait observer que le navire de ravitaillement intérimaire, si navire intérimaire il y a, fournira une capacité plus modeste et ne mènera pas toute la gamme d’opérations militaires dans des environnements à risques élevés.

Un pétrolier ravitailleur d’escadre intérimaire aidera également les marins à acquérir et à conserver les compétences nécessaires pour exploiter les NSI de la classe Queenston une fois qu’ils auront été livrés, fait aussi valoir Ottawa.

Les pourparlers concerneront donc une capacité intérimaire sous forme de navire commercial réaménagé à des fins militaires, tel que l’avait proposé la Davie.

Le but, explique Ottawa, est de fournir à la Marine royale canadienne un service de ravitaillement en mer, ce qui est directement lié à l’état de préparation opérationnelle des Forces armées canadiennes en appui à la sécurité nationale et au respect des obligations nationales et internationales du Canada. Cela pourrait aussi ajouter des capacités additionnelles importantes, comme un soutien médical et un appui aérien, ainsi qu’un commandement et un contrôle renforcé.

«Notre gouvernement entend faire en sorte que la Marine royale canadienne dispose des outils dont elle a besoin pour défendre les eaux canadiennes et participer à des missions internationales. Une capacité intérimaire en navire de ravitaillement permettra à la MRC de se déplacer plus librement dans le monde, tout en maintenant à niveau les compétences de nos équipages en attendant l’arrivée du navire de soutien interarmées plus conséquent.», déclare le ministre de la Défense nationale, Jason Kenney.

Pression de l’OTAN ou pression des élections et nécessité d’annoncer de bonnes nouvelles, toujours est-il que la porte commence à s’ouvrir pour le Chantier Davie qui a déjà été le plus important chantier naval au pays.

Fondé en 1825, il possède encore la plus grande cale sèche disponible au sein de l’industrie navale canadienne.

Au début des années 90, le chantier Davie avait procédé à l’inauguration de frégates appartenant à la Marine canadienne qui avaient alors été construites et assemblées en partie à Lévis.

Et au rythme où ça va, comme l’écrivait 45eNord.ca en décembre 2014, les retards des uns pourraient bien finir par contribuer à la renaissance des autres.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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