Objectifs de recrutement de femmes dans l’armée: vraiment pas si simple!

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La colonel Jennie Carignan lors de son déploiement en Afghanistan, en 2010.
La colonel Jennie Carignan lors de son déploiement en Afghanistan, en 2010.

Alors qu’un quotidien d’Ottawa rapportait que les Forces armées canadiennes essayaient discrètement à réduire le nombre de femmes, qu’elles sont tenues de recruter, le lieutenant-général David B. Millar, Chef du personnel militaire au quartier général de la Défense nationale, a publié aujourd’hui un communiqué pour apporter un démenti formelle à cette accusation et recommander d’étudier cette question avec réalisme.

Le sujet est particulièrement sensible. La juge à la retraite de la Cour suprême Marie Deschamps a déclaré le mois dernier que l’augmentation du nombre de femmes en uniforme, en particulier aux niveaux supérieurs, est essentiel pour que soit réglé le problème l’inconduite sexuelle dans les rangs.

« Aucune directive visant à abaisser les cibles des FAC en ce qui a trait au recrutement des femmes n’a été émise, et le chef d’état-major de la Défense n’a consenti à aucune réduction », a clairement fait savoir le lieutenant-général Millar.

Des représentants des Forces armées canadiennes consultent tout simplement des responsables du Programme du travail (Emploi et Développement social Canada) et de la Commission canadienne des droits de la personne pour s’assurer que nos objectifs sont réalistes et atteignables à long terme, explique le lieutenant-général.

Bien au contraire, les Forces armées canadiennes semblent bien faire de gigantesques efforts pour recruter plus de femmes.

La vidéo de recrutement « L’expérience d’une vie » des Forces armées canadiennes (Forces armées canadiennes)

Mais le problème est vaste

Le chef du personnel militaire, dans sa réponse à l’article paru dans le Ottawa Citizen hier, souligne qu’«en date d’avril 2015, près de 14 000 femmes servaient dans la Force régulière et dans la Première réserve des FAC, formant 15 % de la population militaire canadienne » et que les Forces armées canadiennes s’efforcent d’augmenter ce pourcentage « en diffusant des publicités ciblées, en traitant de façon accélérée les demandes d’emploi, en nommant des champions de la diversité aux échelons supérieurs et en effectuant des recherches visant à éclairer [les]politiques et [les]pratiques ».

De son côté, Lauren Armstrong, la porte-parole du ministre de la Défense, Jason Kenney, a rappelé que les femmes au Canada ont été autorisés à occuper tous les emplois dans les Forces armées depuis près de 20 ans et que le pourcentage de femmes dans les Forces armées canadiennes, avec 15 %, est l’un des pourcentages les plus élevés parmi les pays de l’OTAN.

Établis en 2010, les objectifs actuels visent toutefois une représentation de 25,1 au sein des Forces armées, avec un autre 11,7 pour cent étant des minorités visibles, et 3,3 % des autochtones.

Pourtant, le nombre de femmes en uniforme n’a pas réussi à dépasser 15 pour cent depuis plusieurs années. Pire encore, depuis mai 2013, le nombre de femmes dans les Forces canadiennes a chuté de 14 411 à 13 985, une perte nette de plus de 400.

Sur la foi de documents dont il dit avoir obtenu copie, le quotidien affirmait lundi que les Forces armées canadiennes voudraient réduire l’objectif pour les femmes de 25,1 % à 17,6 %. Elles voudraient aussi modifier les objectifs pour les minorités visibles, passant de 11,7 % à 8,2 %, et, pour les Autochtones, faire passer l’objectif de 3,3 % à 2,6 %.

Un contexte difficile

Sondage après sondage depuis des années, on se rend compte, comme en faisaitt état une étude de d’Ipsos Reid de 2013 « que la majorité des Canadiens a une opinion positive des Forces armées canadiennes et que l’armée est perçue comme une organisation nationale essentielle et comme un porte-étendard de l’identité canadienne, en raison principalement de l’aide humanitaire et des services de maintien de la paix qu’elle assure ».

Par contre, dans le contexte de la très mauvaise publicité causée par le problème de harcèlement et d’inconduite sexuelle, on pourrait penser que les femmes ont été portées à croire qu’elles n’avaient pas leur place au sein des Forces armées canadiennes.

Pour le critique de l’opposition néo-démocrate Jack Harris, « Si vous n’avez pas été en mesure d’assurer un lieu [de travail, ndlr]sûr pour les femmes, il va être très difficile de les recruter. ».

Mais le problème des femmes dans les Forces armées et dans la société en général est vaste, très vaste. Ses racines plongent dans dans des siècles d’histoire. Il importe d’accorder à ce problème l’importance qu’il mérite, mais certains observateurs affirment toutefois que, d’ici à ce qu’on parvienne à renverser les résultats de centaines d’années de patriarcat, le maintien d’objectifs irréalistes pourrait forcer les militaires à diluer les normes de recrutement et priver les Forces armées de ressources nécessaires à d’autres besoins tout aussi importants.

Sans vouloir se consoler et tout en restant très conscient du chemin qu’il reste à faire, force est de constater que le Canada s’en tire tout de même fort honorablement.

Quoi qu’il en soit, pour le chef du personnel militaire, « Le Canada fait excellente figure parmi les pays de l’OTAN et ses alliés pour ce qui est de la représentation des femmes au sein des rangs militaires et de la diversité des postes occupés par ces dernières ». « Lors de sa récente visite au Canada », rappelle le lieutenant-général Millar, « l’ambassadrice Marriët Schuurman, représentante spéciale du Secrétaire général de l’OTAN pour les femmes, la paix et la sécurité, a félicité les Forces armées canadiennes de faire preuve de leadership en recrutant autant de femmes au sein de ses forces militaires et en leur offrant des possibilités illimitées de servir. ».

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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