Op SIRONA: six mois de lutte contre un virus meurtrier, entrevue avec la lieutenant-colonel Forestier

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La lieutenant-colonel Colleen Forestier, commandant de la Force canadienne pour l'op SIRONA, et le capitaine Ray Hartery dans une tente du centre de traitement britannique de Kerry Town en mai 2015 (Major James Horsepoll, armée britannique)
La lieutenant-colonel Colleen Forestier, commandant de la Force canadienne pour l’op SIRONA, et le capitaine Ray Hartery dans une tente du centre de traitement britannique de Kerry Town en mai 2015 (Major James Horsepoll, armée britannique)

Alors que tous admirent les soldats qui montent sur la ligne de front et s’exposent au feu de l’ennemi, peu songent aux sacrifices et aux risques de missions humanitaires comme l’opération SIRONA où nos militaires ont eu à lutter contre la propagation d’un virus meurtrier dans des conditions héroïques.

Avec la fin de la mission ce mardi 30 juin, pour faire le point sur ces six mois de lutte contre le virus meurtrier, Nicolas Laffont de 45eNord.ca a réalisé une entrevue avec le lieutenant-colonel Colleen Forestier, responsable de l’opération sur place au Sierra Leone.

À la fin de décembre 2014, lorsque la première rotation de professionnels de la santé des Forces armées canadiennes (FAC) est arrivée à Sierra Leone, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recensait 979 cas confirmés de maladie à virus Ebola (MVE) pour une période de 21 jours.

En mai 2015, ce nombre a chuté à 22 cas confirmés.

Et aujourd’hui, finalement, même si le virus Ebola continue de faire des victimes en Guinée et en Sierra Leone, en se fondant sur la tendance générale à la baisse de nouveaux cas en Sierra Leone, les militaires canadiens peuvent maintenant rentrer avec la fierté d’avoir accompli leur mission.

Mais pour en arriver là, il aura fallu six mois de travail dans des conditions inimaginables, revêtus d’encombrantes tenues protectrices, dans l’insupportable chaleur et l’humidité de ce petit pays d’Afrique de l’Ouest. Six mois à lutter contre la propagation d’un virus meurtrier avec lequel personne, mais bien personne n’était familier, un virus qui entraînait inexorablement la mort dans des conditions inhumaines.

Un ennemi mortel et invisible

Le centre de traitement britannique de Kerry Town (KTTU ou Kerry Town Treatment Unit) où œuvraient les Canadiens a été mis en place afin de soigner les professionnels de la santé locaux et internationaux qui sont atteints de la maladie du virus Ebola (MVE) ou qui pourraient avoir été exposés au virus.

«Au début de l’épidémie, un des plus importants défis était de convaincre les professionnels de la santé locaux et internationaux de prodiguer des soins aux personnes atteintes de la maladie du virus Ebola, un ennemi mortel et invisible,» explique la lieutenant-colonel Forestier.

«Il fallait pouvoir assurer aux professionnels de la santé qu’ils recevraient le niveau le plus élevé de soins s’ils venaient à être atteints de la MVE. L’existence du KTTU a donc permis à un plus grand nombre de professionnels de la santé locaux et internationaux de prodiguer des soins aux victimes de la MVE dans d’autres unités de traitement du virus Ebola.»

Pendant la durée de sa mission, le Canada a ainsi soigné 90 professionnels de la santé eux-mêmes atteints de la maladie.

La lieutenant-colonel Forestier souligne par ailleurs que l’intégration des Canadiens avec les Britanniques a été excellente: «Ils ont été incroyablement ouverts et professionnels, et nous et eux faisons les choses de façon très similaire d’un point de vue médical».

«Nous nous sommes entraînés ensemble [avec les Britanniques]avant d’arriver ici, donc les équipes ont été intégrées facilement lorsqu’elles sont arrivées au KTTU», affirme la militaire canadienne qui ajoute que «Cela a été une très bonne expérience et que quelques solides amitiés ont définitivement été forgées».

Mais ces six mois au KTTU, malgré l’excellente entente avec les Britanniques, responsables du centre et que les Canadiens avaient pour mission d’assister, ont été des mois difficiles.

Chaleur, humidité, virus mortel et encombrants vêtements de protection

«Je pense que le plus grand défi se concentre principalement sur les mesures de protection uniques avec lesquelles nous avons du nous entraîner et que nous avons du utiliser tout en traitant des personnes atteintes de la maladie» déclare la lieutenant-colonel Forestier en entrevue avec 45eNord.ca.

«Tout cela causé beaucoup d’inquiétude pour beaucoup de gens et, comme cette crise empirait, l’inquiétude grandissait. Il s’agissait après tout d’une maladie infectieuse avec laquelle nous n’étions pas familiers».

«D’où la formation reçue au Canada et au Royaume-Uni, en particulier sur la façon de mettre l’équipement de protection, comment l’enlever en toute sécurité, la façon de prodiguer les soins cliniques en utilisant des équipements de protection. Ce qui rendait la tâche très difficile, même pour les infirmières, les travailleurs médicaux et les médecins avec beaucoup d’expertise dans le domaine».

«Et les températures de plus de 30 degrés de chaleur et l’humidité intense au Sierra Leone, ont rendu la tâche encore plus difficile. Des choses très simples qui ne prendraient pas beaucoup de temps dans un hôpital ‘normal’ en prenait beaucoup plus [là-bas]», de poursuivre la responsable sur place de l’opération SIRONA.

«Ces défis rendent plus difficile les procédures simples comme prélever un échantillon de sang ou donner un médicament. Lorsque le personnel médical entre dans la ‘zone rouge’ il porte deux paires de gants, une épaisse combinaison Tyvek, un masque et une visière. L’équipement est nécessaire pour éliminer le risque d’exposition à la maladie. Toutefois, il réduit la dextérité et rend la communication plus difficile», explique la lieutenant-colonel Forestier.

«Et avec la chaleur dont on souffre dans ces vêtements, on ne peut pas travailler longtemps. Une heure et il faut arrêter et les enlever», précise-t-elle encore. Calendrier de l’opération SIRONA


Une contribution qui a fait une différence

  • 3 et 8 octobre 2014 – Un CC177 Globemaster de l’ARC a transporté du personnel britannique et de l’équipement de East Midlands, au Royaume-Uni, à Freetown, en Sierra Leone.
  • 27 novembre 2014 – Le gouvernement du Canada annonce l’opération Sirona.
  • 20 décembre 2014 – Les membres des FAC arrivent en Sierra Leone.
  • 30 décembre 2014 – La force opérationnelle des FAC débute l’opération à l’unité de traitement de Kerry Town du R.-U. en Sierra Leone.
  • 20 février 2015 – Le deuxième roulement du personnel médical des FAC arrive en Sierra Leone.
  • 6 mars 2015 – Le premier roulement du personnel médical des FAC rentre au Canada.
  • 20 avril 2015 – Le troisième roulement du personnel médical des FAC arrive en Sierra Leone.
  • 8 mai 2015 – Le deuxième roulement du personnel médical des FAC rentre au Canada.
  • 30 juin- Fin de l’opération SIRONA

Après une courte période de décompression au Royaume-Uni, les militaires canadiens se reposeront brièvement dans leurs familles avant de bien vite retourner à leurs unités et à leur travail habituel…jusqu’au prochain déploiement.

En outre, pendant une période de 21 jours suivant le retour, « tous les rapatriés de ce déploiement seront surveillés en conformité avec lignes directrices de l’Agence de santé publique du Canada », précise la lieutenant-colonel Forestier.

«La contribution du Canada par l’opération SIRONA et le travail au Kerry Town Treatment Unit a fait une différence», conclut celle qui a commandé l’opération. «C’était une opération unique, axée sur une mission médicale, et les professionnels de la santé qui ont prodigué des soins en première ligne, et pas que ceux du Canada, mais aussi du Royaume-Uni et d’autres membres de la communauté internationale, ont fait une différence pour le Sierra Leone».

Des professionnels remarquables qui ont travaillé dans des conditions héroïques pour contrer la propagation d’un virus meurtrier et mal connu, c’est aussi ça l’Armée canadienne.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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