Paris tente une initiative dans le processus de paix Israël-Palestine

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Laurent Fabius se rendra en Égypte, en Jordanie, en Palestine et en Israël les 20 et 21 juin discuter des propositions de la France sur les moyens de relancer un règlement du conflit israélo-palestinien (Archives/Lionel Bonaventure/AFP)
Laurent Fabius se rendra en Égypte, en Jordanie, en Palestine et en Israël les 20 et 21 juin discuter des propositions de la France sur les moyens de relancer un règlement du conflit israélo-palestinien (Archives/Lionel Bonaventure/AFP)

Laurent Fabius sera ce week-end au Proche-Orient pour promouvoir une initiative française de relance d’un processus de paix israélo-palestinien moribond face à des interlocuteurs réticents, voire hostiles, et tenter de les convaincre de l’urgence de négocier dans un contexte régional menaçant.

Reprendre les pourparlers israélo-palestiniens interrompus depuis plus d’un an sous une égide internationale et dans un calendrier précis: telle est l’ossature du projet qu’entend défendre le chef de la diplomatie française au cours de son quatrième voyage dans la région depuis 2012.

Pour autant, Paris ne se berce pas d’illusions sur les résultats de cette tournée samedi et dimanche en Égypte, Jordanie, Territoires palestiniens et Israël. « Personne ne peut dire s’il y aura un résultat positif », a prévenu récemment M. Fabius devant l’Assemblée nationale, en martelant qu’il fallait agir « face à un drame qui peut déboucher chaque jour sur un embrasement ».

Le premier objectif est de pousser pour une reprise des négociations, et « on en est loin aujourd’hui », concède un diplomate français en déplorant une « inertie mortifère ».

Le contexte n’est pas favorable: le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu dirige depuis mai un des gouvernements les plus à droite de l’histoire du pays, avec une coalition fragile. La colonisation, considérée comme le principal obstacle à la solution des deux États, se poursuit sans relâche.

Côté palestinien, le président Mahmoud Abbas, affaibli, fait face à une profonde crise politique et n’a pu mener à bien la réconciliation entre son parti le Fatah, au pouvoir en Cisjordanie, et le Hamas, qui dirige la bande de Gaza. Ce territoire, ravagé par une guerre meurtrière avec Israël à l’été 2014, reste un chaudron. Enfin, les préoccupations internationales sont sur l’Irak et la Syrie, où le groupe djihadiste État islamique est considéré comme la menace mondiale numéro 1.

Pour Paris, « on ne peut plus isoler le conflit israélo-palestinien de son contexte international et régional. Daech (acronyme arabe de l’EI) pourrait aujourd’hui s’intéresser au conflit israélo-palestinien et ce serait un risque majeur d’explosion régionale », selon le diplomate français qui s’inquiète de la montée des groupes salafistes concurrençant le Hamas à Gaza.

Internationaliser le processus de paix

L’activisme de la France sur la question israélo-palestinienne, qui relève du pré-carré américain, s’est réveillé après l’échec, en avril 2014, d’une médiation de neuf mois du secrétaire d’État John Kerry.

« La méthode du face à face entre les Israéliens et les Palestiniens sous égide américaine a échoué. Il faut un accompagnement international accru, il faut sortir du tête à tête entre les deux parties », explique-t-on à Paris.

À Washington, le porte-parole du département d’État John Kirby a indiqué que MM. Kerry et Fabius s’étaient parlés au téléphone et « partageaient le même sentiment quant à l’importance du processus de paix au Proche-Orient ».

Mais une résolution palestinienne présentée au Conseil de sécurité de l’ONU, soutenue par la France, et qui prévoyait un accord de paix dans les 12 mois ainsi que le retrait israélien des Territoires occupés avant fin 2017, a échoué fin décembre.

Depuis, Paris a repris des consultations à l’ONU pour pousser une nouvelle résolution prévoyant une reprise des négociations sur la base des paramètres permettant la solution des deux Etats, un accompagnement international (Ligue arabe, Union européenne, membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU) et un calendrier encadrant le processus.

Ce projet nécessite cependant l’aval des États-Unis.

Paris veut croire que les récentes déclarations américaines assurant que Washington pourrait réévaluer sa position de soutien indéfectible vis-à-vis d’Israël à l’ONU, « est une ouverture inédite qu’il faut exploiter ».

« Ça ne sert à rien de déposer une résolution si c’est pour avoir un veto de tel ou tel », a cependant reconnu M. Fabius.

« On ne va pas mettre une résolution sur la table pour l’imposer à tout le monde », précise-t-on dans son entourage, ajoutant que la tournée de M. Fabius vise à « voir quelles sont les marges de manoeuvre ».

Le gouvernement israélien est hostile à une telle démarche à l’ONU, et a été échaudé par un vote l’an dernier du Parlement français demandant au gouvernement de reconnaître l’État de Palestine.

La reconnaissance de la Palestine est l’ultime carte diplomatique de Paris qui s’est engagé à la jouer en cas d’échec des négociations.

Outre l’ONU, une autre hypothèse envisagée est de « revivifier l’initiative de paix arabe » de 2002, offrant la normalisation des relations des pays arabes avec Israël en échange d’un accord de paix global et la fin de l’occupation.

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