Quand le Général Sexe-Prime, Sexe-Plique et Sexe-Cuse

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«La peur de parler. De vivre avec le silence. Le dégoût. Le profond dégoût. La culpabilité. Le monde qui s’assombrit.»
«La peur de parler. De vivre avec le silence. Le dégoût. Le profond dégoût. La culpabilité. Le monde qui s’assombrit.»

Chers spécialistes qui réussissent à se convaincre que, pour un militaire pour qui apparemment le monde s’écroule, «tout va bien», «c’est pas si pire», «il a déjà vu pire» et que, bien sûr, «rien ne le dérange et il s’en câlisse’», «rien ne fait mal et tout est sous contrôle», «pis si j’ai-mal-inquiète-toi-pas-je-m’organise-tout-seul-et-tout-va-très-bien», tout va effectivement «si bien».

Chers pelleteux-de-nuages- qui croient que le SSPT civil et militaire, c’est la même affaire.

Chers déconnectés de cette planète qui pensent que le SSPT, c’est comme une p’tite trace de restant de picotte de nos 5 ans.

Réveillez-Vous!

«Biological wiring». Programmation biologique.

C’est si triste quand je pense que ça se peut que le Général Lawson ait demandé conseil afin d’articuler une réponse qui allait renverser le Canada par son empathie. Moi, j’ai entendu un Général qui a fait ce que les Ordonnances et règlements royaux applicables aux Forces canadiennes lui ont montré: ne pas accepter de responsabilité face à un civil.

Faut bien lui trouver des excuses. En fin de carrière, je suis certaine qu’il se serait bien passé de cette petite vague que même notre Premier Ministre n’a pas appréciée. Disons que le malheur des uns, fait le bonheur des autres puisque ce dernier a pu bien paraître: «Je ne suis pas d’accord mais pas assez pour trouver ça suffisamment important pour montrer à tous les Canadiens qu’on ne rit pas avec ses affaires-là». Le général s’est excusé et il a fait de lui un grand homme faisant preuve d’une si grande humilité face à ce qui n’est, ne l’oublions pas, une simple petite erreur de sa propre programmation biologique qui n’existe, évidemment, pas. Amen et Ainsi soit-il. On passe au vote… What Now?»

Dans son cas, son excuse n’est pas Mère Nature mais la Saison Électorale. Pis le porte-à-porte qui vient avec: «Réveillez-vous».

Quelqu’un s’attend à ce qu’un Général – le top, du top, du top- admette en toute humilité devant n’importe qui que les FAC pourraient être dépassés par un ou des problèmes? Ben non. Voyons donc.

Tsé, c’est à cause de Mère Nature.

Tu ne peux pas te battre «tant que ça» contre ce que Mère Nature a déterminé qui était juste pour la survie de l’espèce animale que nous sommes: Hello Darwin. Et si vous voulez vraiment pousser le sarcasme, c’est comme dire que c’est ce que Dieu a voulu.

Hein?

Honnêtement, je n’ai pas lu le fameux rapport. À titre de victime d’abus sexuels – 7 longues années qui ont constitué ma guerre-à-mouâ- sa réponse, même après s’être excusé long comme le bras devant les politiciens, j’ai besoin d’un petit temps avant de lire l’ampleur de ce qui y sera écrit quand le grand boss vient de me rappeler que le bonhomme qui m’a passé dessus entre mes 10 et 17 ans, le pauvre homme, était sous l’emprise de sa «programmation biologique». Le mien, il était politicien fédéral.

À titre de survivante, j’ai beau ne pas être militaire, mais je vis en plus, avec un ancien combattant blessé par un SSPT.

J’ai de la misère à ressentir de la paix intérieure quand je pense à l’ampleur de ce qu’il a défendu. Mais encore une fois, un Général a appris, mieux que personne, que la guerre est la priorité. Dans la guerre, aucune empathie.

Le dommage collatéral «fait partie de la job». C’est laid voir un enfant sauter sur une bombe. Mais qu’est-ce que tu veux? Ça fait partie de la job. Next.

Ça vient avec le «military wiring», la programmation militaire, mon Général. Pas avec la programmation biologique. La programmation biologique avec le SSPT, rend la chose intéressante, non?

Mais encore, je sais que je ne sais pas de quoi je parle.

N’en demeure pas moins que si je voyais actuellement le Général, je pense que je lui expliquerais ce que c’est, le feeling de savoir que quelqu’un s’en vient te voir… l’hyper vigilance… le dégoût qui te remonte dans le fond de la gorge… avoir l’impression que son esprit sort de son corps pour ne pas ressentir des mains, un toucher, la douleur de l’envahissement… quand tu veux pas… devenir zombie pour faire ce qui doit être fait pour que ça finisse au plus crisse… brailler dans la douche à essayer d’oublier. À te libérer assez pour trouver la force de te mettre un masque dans la face pour faire accroire que tout va bien, pour cacher ta peur de parler, pour trouver la force de croiser son regard. De cacher ta peur quand il te regarde.

Mon surnom, dans ma maison, était «P’tite Putain». Mais ça, il n’y a que lui, ma mère et moi qui le savions. Probablement l’équivalent de «Faux-Fil» dans toute la faiblesse et le dégoût que ça peut représenter.

La peur de parler. De vivre avec le silence. Le dégoût. Le profond dégoût. La culpabilité. Le monde qui s’assombrit. Engraisser pour ne pas se faire désirer. Contrôler pour ne plus se faire contrôler. Quand le sexe achète la paix, la permission. Quand le sexe achète la protection des plus faibles. Quand le sexe achète ta liberté.

Et ne pas parler. Avoir peur. Souhaiter mourir, tordue parce qui se passe dans ta tête, surtout quand un autre homme t’approche, te touche. Les bons gars finissent par payer pour les dommages causés par un seul taouin… et tous ceux qui se ferment les yeux pour toute sorte de raison. Dont, notamment, «la peur des problèmes».

Ce n’est que ma p’tite vision purement civile de la chose, évidemment.

Mais bon. Je ne suis pas ici pour vous faire brailler sur mes affaires sauf qu’à titre d’épouse d’un ancien combattant blessé par un SSPT – pour qui le «sexe» a une place particulière dans l’expression de sa colère -, j’aimerais expliquer au Général la fois où j’ai baisé le corps de mon mari tout en réalisant, pour la première fois, l’ampleur de son uniforme invisible et de la personnalité que j’appelle «Rambo».

Mon mari s’est enrôlé en 1978 et est ressorti en 1998.

C’était en août 2012. Il venait de marcher 35 km en 5 heures, dont 25 km dans les bois, dans le noir, en confondant son appareil-photo pour une arme et en étant convaincu que les fermiers allaient chercher à l’abattre. Les chiens de recherche, l’unité de sauvetage, un corps policier à pied avec des portes-voix, à vélo, 7 autos patrouilles l’ont cherché pendant 4 heures.

Il s’est rendu où il voulait se rendre. Pas de map, pas de portefeuille, pas de cellulaire, avec une colonne fêlée et 2 hernies lombaires. Il s’est déplacé de la façon dont les FAC lui ont appris à le faire. Et quand il a attendu avec 2 policiers que j’arrive, personne n’a réalisé à qui ils faisaient affaire.

A distance, son non-verbal était… différent. Ce que je voyais n’avait aucun sens. Il se tenait debout, avec un policier de chaque côté de lui. Il faisait son «check» de droite à gauche, en jasant calmement mais en ne faisait jamais de contact visuel avec eux: il regardait au-dessus de leur tête, droit, comme il m’était impensable de le voir.

«Salut» qu’il m’a dit en me tapotant poliment le dos, quand je me suis élancée dans ses bras en lui disant: «Toé, j’suis contente en crisse de te voir!».

Pour les policiers qui ont passé une bonne heure avec lui, alors qu’il leur a raconté ce qui s’est passé, n’ont jamais rien remarqué du militaire en parfaite possession de ses moyens, calme, convaincant, bien droit physiquement. Il avait 50 ans et il savait qu’il était suivi en psychiatrie et psychologie, qu’il était médicamenté, et je venais de leur dire qu’il passait 20 heures par jour au lit, dépressif. Que j’avais réussi à le convaincre à se joindre à moi.

Nope. Tout était ben beau. En réalité, il était complètement déconnecté… dissocié dans le tapis…

Et je suis la seule qui peut vous en parler parce que je suis la seule qui le connaît en dehors de son uniforme invisible qu’il porte tout le temps… sauf avec moi.

Tout ça parce que je l’ai insulté en lui demandant d’arrêter de dire à mon fils qui pensait avoir le cancer de la gorge comme mon père qui se mourrait lui-même d’un cancer.

Je n’ai jamais été la femme d’un militaire. Mais ce soir-là, en désespoir de cause face à ce que je ne comprenais pas, j’ai utilisé mon corps pour ressentir de lui, quelque chose de vivant, de présent… une émotion. Parce qu’il était si dissocié… si militaire… si distant… si inatteignable.

Rien. J’ai baisé un gars qui profitait de l’occasion de se vider pour relaxer son corps meurtri dont il n’avait pas ressenti la douleur pendant son parcours, qui m’a regardé faire sans dire un mot, qui s’est laissé faire sans jamais réalisé que je venais de passer l’enfer sans savoir si on allait le retrouver vivant; ma panique face à l’individu qui était dans ma forteresse que je ne reconnaissais pas.

J’ai agis comme une Fille du Roy pour rejoindre l’homme derrière le militaire. Sans succès.

Le Général a mal saisi la notion de programmation biologique, je pense. C’est bien qu’il se soit excusé mais en même temps, il prend la claque pour tous ceux qui l’ont conseillé.

En tous cas.

J’aurai aimé parlé des victimes masculines d’abus sexuels dont on ne parle pas… de l’homosexualité sur le terrain.

Bravo à toutes celles – et ceux – qui osent briser le silence afin de mettre fin à l’inacceptable. Merci à tous eux qui réagissent, qui protègent, qui dénoncent.

SSPT… Abus militaire… la souffrance mène à la même place. Sur un terrain de guerre similaire. Cette guerre, personne ne mérite de la vivre, militaire ou non.

Jenny Migneault est une activiste, militante et «advocate». Elle est également membre du comité aviseur sur les familles d'Anciens Combattants Canada et a recu la Mention élogieuse de l'Ombudsman des vétérans. Elle est actuellement en tournée pan-canadienne pour mieux comprendre les enjeux touchant les familles des militaires et des vétérans.

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