Relations avec Moscou: silence de Harper sur les différences entre les approches canadienne et italienne

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Le Premier ministre Stephen Harper est accueilli par Matteo Renzi, Premier ministre de la République italienne, à son arrivée à la Villa Doria Pamphilj, pendant sa visite en Italie.(PMO)
Le Premier ministre Stephen Harper est accueilli par Matteo Renzi, Premier ministre de la République italienne, à son arrivée à la Villa Doria Pamphilj, pendant sa visite en Italie.(PMO)

Précédé la veille par son « ennemi » le président russe Vladimir Poutine, le premier ministre Harper a conclu aujourd’hui sa tournée européenne à la Cité du Vatican et à Rome, où il aura rencontré le pape François et le premier ministre italien Matteo Renzi qui a une position beaucoup plus nuancée sur la crise ukrainienne que son homologue canadien.

La visite en Italie a été précédée de visite du chef du gouvernement canadien en Pologne du 8 au 10 juin, qui elle même faisait suite au Sommet du G7 en Allemagne les 7 et 8 juin. Auparavant, le chef du gouvernement canadien s’était aussi arrêté pour une troisième visite au cours de son mandat à son allié ukrainien le 6 juin, débarquant dans une véritable poudrière, alors que les combats meurtriers s’intensifiaient dans l’est du pays.

À Rome, Stephen Harper a été précédé par Vladimir Poutine lui-même qui a rencontré le premier ministre italien Matteo Renzi en marge d’une visite à l’Exposition universelle de Milan.

Les deux premiers ministres canadien et italien, Stephen Harper et Matteo Renzi, ont quant à eux discuté d’investissement et de commerce bilatéraux, notamment des débouchés que procurera l’accord commercial Canada-Union européenne (UE) aux deux pays.

Les premiers ministres, indique le communiqué du bureau du premier ministre canadien, « ont aussi échangé des points de vue sur divers aspects de la sécurité internationale, notamment le rôle des deux pays dans la coalition internationale qui combat le soi-disant État islamique en Irak et en Syrie (l’EI), l’agression russe qui continue en Ukraine, la situation en Libye et les difficultés posées par la crise des migrants en Méditerranée ».

«L’Italie est un grand ami et un précieux allié, qui travaille avec le Canada et d’autres pays partageant le même point de vue pour combattre l’EI et presser la Russie de sortir de l’Ukraine. J’ai été enchanté d’avoir l’occasion aujourd’hui de remercier le Premier ministre Renzi de l’appui indéfectible qu’a donné l’Italie à l’accord commercial Canada-UE.», a déclaré le premier ministre Harper à l’issue de la rencontre.

Pourtant, même si l’Italie « presse aussi la Russie de sortir de l’Ukraine », le premier ministre Matteo Renzi insistant pour que toutes les parties respectent les accords de Minsk 2, « l’étoile polaire, la boussole, le point de référence » pour régler la situation en Ukraine, selon les mots du premier ministre italien, l’approche italienne et l’approche canadienne restent très différentes, ce dont le communiqué canadien ne fait pas état.

Alors que le premier ministre canadien ne rate jamais une occasion de pourfendre les Russes « Le monde a besoin de la Russie pour résoudre ses problèmes, même si le dossier ukrainien reste un point de désaccord », a pour sa part clairement déclaré mercredi le chef du gouvernement italien Matteo Renzi, alors qu’il recevait le président russe.

De son côté, le maître du Kremlin, a eu beau jeu d’insister sur les conséquences négatives que font peser les sanctions sur les rapports entre les deux pays, qui entretenaient jusqu’ici d’étroites relations économiques.Il a rappelé que les sanctions gênent la réalisation des contrats déjà passés et ont fait perdre un milliard d’euros de revenus aux entreprises italiennes.

Avec l’Allemagne qui depuis toujours tente de ramener la Russie au sein de la communauté internationale, et l’Italie, plus sceptique que jamais devant la politique des pays anglo-saxons envers les Russes, le front anti-Poutine pourrait commencer sérieusement à se lézarder. Le silence du communiqué du bureau du premier ministre canadien sur les différences entre les approches canadienne et italienne de la crise ukrainienne et les relations avec Moscou est à cet égard particulièrement éloquent.

Pour paraphraser une publicité sur le lait qui a longtemps tourné à la télévision canadienne  » Faire du commerce avec un ami, c’est bien, mais faire du commerce avec deux amis, c’est mieux »…

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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