Révision de la stratégie de la Coalition: Nicholson veut endiguer le flot de combattants étrangers et affamer l’EI

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Le ministre des Affaires étrangères canadien, Rob Nicholson, a rencontré à paris le 2 mars le ministre des Affaires étrangères et du Développement international de France, Laurent Fabius (MAECD)
Le ministre des Affaires étrangères canadien, Rob Nicholson, a rencontré à Paris le 2 mars le ministre des Affaires étrangères et du Développement international de France, Laurent Fabius (Archives/MAECD)

Alors qu’à la réunion de Paris de la Coalition anti-dhjihadiste, plusieurs pays, la France et la Grande-Bretagne et les États-Unis en tête, insistent pour faire comprendre à l’Irak que la solution ne peut être que politique, le ministre canadien des Affaires étrangères, Rob Nicholson, a aussi évoqué pour sa part d’autres aspects du problème, soit la nécessité de s’attaquer au financement de l’EI et d’endiguer le flot de combattants étrangers qui joignent ses rangs.

La plupart des partenaires  dans la lutte au groupe armé extrémiste réunis à Paris admettent que les récents revers en Irak étaient alarmants et rendaient plus que nécessaire le réexamen de la stratégie de la coalition.

Les membres de la coalition ont approuvé les plans d’action pour quatre des groupes de travail de la coalition, rapporte le ministère canadien des Affaires étrangères dans son communiqué sur les résultats de la réunion de Paris. Ces plans. dit le communiqué, visent notamment à endiguer le flot de combattants terroristes étrangers, à couper les sources de financement de l’EI, à diffuser des messages réfutant les arguments de l’EI et à appuyer la stabilisation des régions libérées.

«Tarir les sources de financement de ce groupe est extrêmement important, selon moi. Cela aurait un impact dévastateur sur l’EI, qui n’aurait plus les moyens financiers pour acheter de l’équipement ou des munitions», soutient le ministre Nicholson.

À l’appui du plan d’action contre le financement du terrorisme, le Canada a présenté aujourd,hui une mise à jour concernant ses plans de verser 2 millions de dollars en aide ciblée dans des pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord pour la prévention, la détection, la poursuite et la condamnation des personnes qui cherchent à financer des activités liées à l’EI ou à blanchir des fonds pour ces activités.

Endiguer le flot de combattants

À l’heure où la stratégie de la coalition semble en panne, ces pistes de solutions ne sont pas toutes nouvelles et tous les efforts en ce sens sont déjà plus qu’amorcés, mais elles feront surement plaisir au premier ministre irakien Haider Al-Abadi qui, réclamant plus de soutien, tenait aujourd’hui la coalition pour responsable de l’échec de la lutte contre le groupe extrémiste pour, notamment, ne pas avoir su endiguer le flots de combattants étrangers.

Soulignant que le nombre de combattants étrangers dans les rangs de l’EI était de plus en plus important – 60% selon lui, ce qui est difficilement vérifiable, -, Al-Abadi a lancé: «Il y a un problème international, il doit être résolu».

«Nous devons avoir une explication sur le fait que tant de terroristes viennent d’Arabie saoudite, du Golfe, d’Égypte, de Syrie, de Turquie et de pays européen », a-t-il martelé, ne soufflant pas mot toutefois sur le nombre d’Irakiens sunnites marginalisés par Bagdad qui appuient l’EI.

Mais, jusqu’à maintenant, les puissances occidentales font déjà beaucoup pour tarir le financement de l’EI et pour tenter de stopper le flot de sympathisants qui part d’Europe et d’Amérique pour joindre les combattants djihadistes.

Le Canada, pour l’un, se prépare à adopter le projet de loi C-51 qui donnera plus de pouvoirs aux responsables de la sécurité pour empêcher les jeunes Canadiens radicalisés de partir combattre en Irak ou en Syrie et, même avant l’adoption du nouveau projet de loi, la police fédérale canadienne multiplie déjà depuis quelques mois les coups de filet, arrêtant des dizaines de jeunes aspirants-djihadistes.

Cela n’a toutefois pas empêché le groupe armé État islamique d’infliger récemment de durs revers à la coalition, en très grande partie parce que celles-ci ne peuvent pas s’appuyer sur des partenaires fiables et forts au sol.

Aujourd’hui, en appui à la mise en œuvre du plan d’action sur les combattants étrangers, le Canada a également mis à jour son engagement de verser 1 million de dollars pour l’élaboration de programmes liés au renforcement des capacités antiterroristes afin de contrer la menace que représentent les combattants étrangers. Les fonds serviront à soutenir la formation technique de policiers de première ligne au Moyen-Orient et en Afrique du Nord pour aider les pays à endiguer l’afflux de combattants étrangers dans le territoire sous le contrôle de l’EI.

Le ministre Nicholson a en outre attiré l’attention sur la menace qui pèse sur l’existence même des minorités ethniques et religieuses à Salamyeh, en Syrie, où la nouvelle alliance entre le soi-disant entre le groupe armé État Islamique et l’Armée des conquérants( Jaysh Al Fath,) pose selon lui un défi de taille pour la coalition. Préoccupation dont s,est fait l’écho le co-président de la Réunion de paris, Laurent fabius, en conférence de presse après la rencontre.

Le ministre canadien pour sa part, tout en reconnaissant que l’EI avait réussi à gagner du terrain en Irak en prenant le contrôle de la ville de Ramadi, située au centre du pays, le ministre canadien a affirmé qu’il ne croit pas que cela signifie que la mission s’enlise. «Nous savons qu’il y aura des revers à l’occasion, mais en général, la mission a permis de faire des progrès», a-t-il soutenu.

Selon le chef de la diplomatie canadienne, les membres de la coalition internationale reconnaissent volontiers qu’il s’agit d’une mission «compliquée et qu’il n’y a pas de solution rapide […], mais l’appui à cette mission demeure solide et fort».

Quant à l’envoi de troupes au sol, le chef de la diplomatie canadienne a réaffirmé que c’est aux forces terrestres irakiennes de se battre et de reprendre le terrain perdu. Nicholson a répété que l’aide militaire du Canada au combat se fera encore et toujours par la voie des airs, ses avions de chasse continuant a effectuer des raids aériens en Irak en Syrie voisine contre les positions djihadistes.

Reconquérir les territoires perdus en Irak

L’ensemble de la coalition internationale a également apporté mardi son soutien au plan irakien pour reconquérir les territoires perdus, tout en appelant à des réformes politiques en Irak.

Le Premier ministre irakien a pour sa part présenter un plan alliant reconquête militaire de la province occidentale d’Al-Anbar, dont la capitale Ramadi est tombée le 17 mai aux mains des djihadistes, et réformes politiques, pour mieux intégrer la communauté sunnite.

Le plan présenté par le Premier ministre irakien prévoit notamment d' »accélérer le soutien aux combattants tribaux de la province d’Al-Anbar afin qu’ils luttent contre Daech (l’EI) aux côtés des forces irakiennes » et de « garantir que toutes les forces qui participent à la libération de la province opèrent sous le commandement et le contrôle du Premier ministre et de la chaîne de commandement irakienne ». Washington et ses alliés arabes sunnites de la coalition craignent en effet les exactions des milices chiites irakiennes, soutenues par Téhéran, et souvent fer de lance de la lutte contre le groupe État islamique sur le terrain.

Dans sa déclaration finale, la coalition a apporté son soutien à ce projet, qualifié de « bon plan militairement et politiquement » par le secrétaire d’État américain adjoint Antony Blinken, représentant Washington en l’absence de John Kerry, qui, le col du fémur cassé, a participé au téléphone à la réunion de Paris.

150602 Reunion Coalition Anti Djihadistes Declaration by 45eNord

Un soutien de la coalition qui ne cache pas l’impatience de voir des progrès politiques

Plusieurs partenaires de la coalition ont aussi tenté de faire passer le message aux Irakiens que, quoi que fasse la coalition, on court droit à l’échec qu’ils ne réussissent pas à s’unir malgré leur différends,

Le co-président de la Réunion, Laurent Fabius, tout en admettant que le combat contre l’EI est un combat de long terme, avec des avancées et des revers, a souligné encore une fois avec force qu’il ne saurait y avoir de solution durable sans une réconciliation politique en Irak même et a martelé qu’il n’y a pas d’un côté le politique et d’un autre côté le militaire, mais qu’au contraire tout est lié.

La stratégie militaire de reconquête est toutefois « indissociable de la mise en oeuvre de la politique de réconciliation en Irak », a rappelé le chef de la diplomatie française en conférence de presse après la réunion, et la coalition a réaffirmé « l’importance cruciale » de la mise en oeuvre de réformes prévoyant une meilleure intégration de la communauté sunnite marginalisée.

En outre, la lutte contre l’EI passe aussi par une transition politique en Syrie, a souligné la coalition, qui a officiellement reconnu ce 2 juin à Paris « l’incapacité » du régime de Bachar al-Assad à lutter contre les djihadistes et appelé à entamer un processus de négociations sous l’égide des Nations unies.

Les djihadistes de l’État islamique, qui ont prospéré en profitant de la guerre civile qui ensanglante ce pays depuis plus de quatre ans, contrôlent désormais la moitié du territoire, selon des sources syriennes.

« Les djihadistes n’ont pas de frontières et la course au chaos qui se joue en Syrie a un impact direct sur l’efficacité de l’action en Irak », a lancé le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius. La France ne participe d’ailleurs pas aux frappes aériennes sur la Syrie, de peur de renforcer le régime de Bachar al-Assad, que Paris considère comme le principal responsable des 220.000 morts depuis mars 2011.

Prenant pour la première fois officiellement acte de « l’incapacité et (de) l’absence de volonté du régime d’Assad de lutter contre Daech », la coalition a appelé au « prompt lancement d’un véritable processus politique inclusif, sous l’auspice des Nations unies, en vue de mettre en oeuvre les principes du communiqué de Genève ».

Cet accord conclu en Suisse en juin 2012, le seul jamais agréé par la communauté internationale, prévoit la mise en place par consentement mutuel d’un gouvernement transitoire doté des pleins pouvoirs exécutifs, mais il n’a jamais été appliqué car il ne se prononçait pas sur le sort du président Assad.


Coalition internationale contre Daech (Ministère français des Affaires Étrangères)

Et la lutte continue

La coalition a finalement souligné « l’urgence de poursuivre et d’intensifier l’effort collectif pour vaincre Daech, qui constitue une menace pour l’ensemble de la communauté internationale », selon le communiqué final.

Le texte évoque « une stratégie commune, multidimensionnelle et de long terme afin d’affaiblir et, à terme, d’éradiquer Daech ».

Jusqu’à présent, la coalition effectue des raids aériens et tente de former des soldats irakiens ou des rebelles modérés syriens pour l’action au sol.

Mais ces raids ont peu de prise sur les « camions bombes » utilisés par l’EI et les efforts de formation n’ont pas empêché la récente débâcle de l’armée irakienne à Ramadi.

Les frappes « ne suffisent pas », a déclaré lundi à l’AFP le chef du Parlement irakien Salim al-Joubouri, tandis que l’Irak connaissait une des attaques les plus meurtrières de l’année (37 morts). Elle a été revendiquée mardi par l’EI qui a indiqué qu’elle avait été réalisée par trois kamikazes, un Somalien, un Tadjike et un Syrien.

*Avec AFP

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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