Syrie: l’EI aux portes d’Hassaké, grande ville du nord-est et capitale provinciale

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Évacuation d'un habitant blessé par des barils explosifs qui auraient été lancés par l'aviation syrienne, le 3 juin 2015 à Alep, dans le nord du pays (Karam Al-Masri/AFP)
Évacuation d’un habitant blessé par des barils explosifs qui auraient été lancés par l’aviation syrienne, le 3 juin 2015 à Alep, dans le nord du pays (Karam Al-Masri/AFP)

Le groupe État islamique (EI) était jeudi aux portes de Hassaké, chef-lieu d’une province homonyme du nord-est de la Syrie, malgré la poursuite des raids de la coalition internationale qui ont détruit un important site de fabrication de voitures piégées en Irak.

Les djihadistes ne se trouvaient plus qu’à 500 mètres de Hassaké, une ville partagée entre forces du régime et forces kurdes, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Les combats se poursuivaient à la périphérie sud, au lendemain de l’attaque lancée par l’EI qui a fait exploser au moins six voitures piégées. Il a ainsi pris une prison et une station d’électricité, selon l’ONG, qui a fait état de l’envoi de renforts par le gouvernement.

Le quotidien Al-Watan, proche du régime de Bachar al-Assad, a critiqué l’implication des Kurdes dans la bataille débutée le 30 mai, se disant « surpris de la faiblesse de certains frères kurdes » pour défendre Hassaké.

La chute de cette ville donnerait à l’EI le contrôle d’une deuxième capitale de province en Syrie après Raqa (nord), le bastion des vastes territoires, notamment dans le nord et l’est du pays, qu’il a conquis.

‘Illégitime’

Le Front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda et rival de l’EI, a également engrangé plusieurs victoires cette année en prenant notamment, avec d’autres groupes rebelles, Idleb (nord-ouest), capitale de la province éponyme.

Dans un entretien diffusé mercredi par la chaîne de télévision qatarie Al-Jazeera, le chef du Front Al-Nosra a jugé « illégitime » le « califat » qu’a proclamé l’EI en juin 2014 sur les territoires qu’il avait conquis en Syrie et en Irak. Abou Mohamed al-Jolani a en outre accusé l’EI de « ne pas combattre sérieusement le régime » Assad.

La montée en puissance des jihadistes dans le pays a éclipsé le combat des groupes rebelles contre le régime, alors que l’opposition politique en exil est impuissante et déchirée par les divisions.

La Coalition syrienne de l’opposition, le plus important regroupement politique en exil, a rencontré jeudi à Istanbul le médiateur de l’ONU, Staffan de Mistura.

Elle avait refusé en mai de participer aux consultations organisées à Genève par M. de Mistura, notamment à cause de l’invitation lancée à l’Iran, allié régional du régime Assad.

L’OSDH a confirmé par ailleurs une information des forces de sécurité syriennes donnée la veille à l’AFP selon laquelle des milliers de combattants irakiens et iraniens étaient arrivés récemment en Syrie, avec pour objectif principal de défendre Damas et sa banlieue.

Selon le directeur de l’ONG, Rami Abdel Rahmane, ces combattants « sont beaucoup plus nombreux que 7.000 », le chiffre donné par les services de sécurité.

L’Iran a envoyé des conseillers militaires et fourni un soutien financier et militaire aux gouvernements syrien et irakien, tout en affirmant ne pas avoir déployé de troupes au sol dans ces pays.

La coalition défend son bilan

En Irak, une frappe a détruit mercredi à Hawija (225 km au nord de Bagdad) l’un des plus importants sites de fabrication de voitures piégées de l’EI, une arme dévastatrice de plus en plus utilisée par le groupe.

Des responsables irakiens ont affirmé que le raid avait tué un nombre indéterminé de jihadistes, mais aussi de civils.

Ils ont ajouté que la frappe avait été menée par la coalition internationale dirigée par les États-Unis qui a fait état d’un raid dans ce secteur mais sans donner de précision sur la cible.

L’EI a de plus en plus recours à ces « camions bombes », bourrés de tonnes d’explosifs, dans ses offensives en Irak qui lui ont notamment permis de prendre Ramadi, capitale de la province occidentale d’Al-Anbar, le 17 mai.

Alors que les forces irakiennes, soutenues par des milices chiites et des tribus sunnites, tardent à lancer leur contre-offensive pour reprendre Ramadi, le Premier ministre Haider al-Abadi a admis qu’entrer dans la ville était risqué à cause de ces « camions bombes ».

Face aux critiques sur la stratégie de la coalition qui n’a pas réussi à empêcher l’EI de prendre Ramadi, le numéro deux de la diplomatie américaine Antony Blinken a défendu son bilan: l’EI contrôle « 25% de moins de l’Irak », beaucoup de matériel a été détruit et plus de 10.000 jihadistes ont été tués, ce qui « va finir par avoir un effet ».

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