Yémen: la rébellion montre ses muscles avant les pourparlers de paix

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Destruction d'une installation pétrolière, utilisée par les rebelles houthis au nord d'Aden, à la suite de frappes aériennes menées par la coalition, le 4 juin 2015 (Saleh Al-Obeidi/AFP)
Destruction d’une installation pétrolière, utilisée par les rebelles houthis au nord d’Aden, à la suite de frappes aériennes menées par la coalition, le 4 juin 2015 (Saleh Al-Obeidi/AFP)

Le conflit au Yémen a connu une nouvelle escalade avec des attaques d’envergure des rebelles chiites contre l’Arabie saoudite, en réponse à une intensification des raids aériens les visant, à l’approche de pourparlers de paix prévus à Genève.

Les rebelles chiites Houthis et leurs alliés, des militaires restés fidèles à l’ex-président Ali Abdallah Saleh, ont tiré samedi avant l’aube un missile Scud en direction du sud de l’Arabie saoudite, une zone déjà attaquée la veille sur plusieurs fronts.

L’offensive est, selon des médias saoudiens, la première de cette ampleur depuis le début le 26 mars d’une campagne de frappes aériennes au Yémen contre les rebelles et leurs alliés menée par une coalition arabe dirigée par l’Arabie saoudite.

Les combats qui ont suivi cette offensive samedi matin se sont soldés par la mort de quatre militaires saoudiens, dont deux officiers, et de dizaines de morts côté yéménite, a indiqué le commandement de la coalition dans un communiqué.

« Cette offensive a été coordonnée, planifiée et mise à exécution par une formation de la Garde républicaine », corps d’élite de l’armée yéménite en partie fidèle à M. Saleh, poursuit le texte.

En représailles, les avions de combat de la coalition ont bombardé dans la nuit plusieurs sites militaires et positions tenues par les rebelles dans le nord du Yémen, dont la capitale Sanaa, mais aussi dans le sud.

Explosions à Sanaa

Les raids ont visé des dépôts d’armes et de munitions sur trois collines surplombant Sanaa, ainsi que le QG des forces spéciales, provoquant des explosions qui ont résonné toute la nuit dans la capitale, selon des habitants.

La coalition est intervenue aussi dans des provinces du sud, dont Lahej, où elle a bombardé la base aérienne d’Al-Anad, la plus grande du pays, contrôlée par les rebelles, et à Taëz où sept civils ont été tués et 29 blessés vendredi par des tirs des miliciens chiites contre des quartiers résidentiels de cette ville, la troisième du pays, selon des sources militaire et médicale.

Samedi à 02H45 (23H45 GMT), les rebelles ont tiré un missile Scud en direction de Khamis Mushait, une ville du sud-ouest du royaume, selon la coalition.

« Les forces royales saoudiennes de la défense aérienne ont intercepté (le Scud) avec un missile Patriot », et l’aviation de la coalition a aussitôt détruit le site de lancement des missiles, repéré au sud de Saada », le fief des Houthis dans le nord du Yémen, a ajouté le communiqué.

Les Houthis ont confirmé le tir d’un Scud pour « bombarder la base aérienne Prince Khaled à Khamis Mushait », dans une déclaration d' »un porte-parole militaire » qui, cité par l’agence Saba qu’ils contrôlent, a ajouté que « plusieurs soldats saoudiens avaient été tués » dans une attaque contre leur poste-frontière.

Le tir de Scud est rare depuis le début des frappes aériennes au Yémen, la coalition ayant pris dès les premiers jours de leur opération le contrôle de l’espace aérien du Yémen après avoir réduit les capacités de la DCA et visé des sites de lancement de Scud.

Gagner du terrain avant le dialogue

Ces violences interviennent alors que la rébellion a accepté vendredi de participer, avec le gouvernement yéménite en exil à Ryad, à des pourparlers à Genève, initiés par l’ONU pour tenter de mettre fin au conflit.

« Chaque partie cherche à gagner du terrain avant l’amorce du dialogue », estimait samedi le quotidien pan-arabe Al-Hayat, qui évoque une possible trêve au début du ramadan, le mois de jeûne musulman, prévu vers le 17 juin.

Aucune date n’a été fixée officiellement pour ces discussions mais selon des diplomates à New York, elles commenceront le 14 juin. Leur but est la mise en place d’un cessez-le-feu, d’un plan de retrait des rebelles des zones conquises depuis la fin de l’été dernier et d’un accroissement de l’aide humanitaire, ont-ils précisé.

Les rebelles exigeaient jusqu’ici un arrêt des frappes aériennes de la coalition. M. Saleh, leur principal allié, n’a pas encore dit si son parti, le Congrès populaire général (CPG), allait participer aux pourparlers de Genève.

Le conflit a fait près de 2.000 morts et poussé plus de 545.000 personnes à quitter leur foyer, selon l’ONU.

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