Accord historique sur le nucléaire iranien

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Les négociateurs du groupe 5+1 (et la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini) et leurs vis-à-vis iraniens posent pour une photo de groupe à Vienne, après avoir conclus l'accord qualifié «d'historique». (EPA)
Les négociateurs du groupe 5+1 (et la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini) et leurs vis-à-vis iraniens posent pour une photo de groupe à Vienne, après avoir conclus l’accord qualifié «d’historique». (EPA)

L’Iran et les grandes puissances ont conclu mardi un accord historique qui rend quasi impossible la construction d’une bombe atomique par Téhéran pendant plusieurs années, en échange d’une levée progressive et réversible des sanctions.

Ce succès diplomatique, conclu à l’issue de négociations-marathon, referme un dossier qui empoisonnait les relations internationales depuis plus de 12 ans.

Londres, Téhéran ou encore Bruxelles ont salué un accord «historique», tandis que Moscou poussait «un soupir de soulagement».

L’accord ouvre la voie à une normalisation des relations économiques et diplomatiques de l’Iran avec la communauté internationale, à un moment où le Proche-Orient est déchiré par de nombreux conflits.

Paris a espéré qu’avec cette entente, «un certain nombre de crises dans lesquelles L’Iran est impliqué directement ou indirectement puissent être résolues plus facilement».

À l’inverse, Israël a immédiatement dénoncé une «erreur historique», qui va permettre à l’Iran de financer sa «machine de terreur».

C’est aussi la première fois qu’un accord à ce niveau lie la République islamique et les États-Unis depuis la rupture de leurs relations diplomatiques en 1980.

Ce dénouement marque un succès majeur pour le président modéré iranien Hassan Rohani, qui s’est réjoui que Dieu ait «exaucé les prières» de ses concitoyens, et pour son homologue américain Barack Obama.

Deux semaines après la réconciliation avec Cuba, le président démocrate marque d’une nouvelle pierre blanche diplomatique la fin de son dernier mandat.

Mais attention, a-t-il prévenu dans une intervention retransmise en direct à la télévision iranienne, l’accord est fondé sur les vérifications, «pas sur la confiance».

Un an pour fabriquer une bombe

L’entente a été arrachée à l’issue de deux ans de tractations, dont le dernier round s’est tenu sans interruption à Vienne ces 18 derniers jours, un final d’une longueur sans précédent depuis les accords de Dayton qui ont mis fin à la guerre de Bosnie-Herzégovine en 1995.

Les pourparlers entre l’Iran et le groupe P5+1 (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) ont été prolongés à plusieurs reprises en raison de blocages résolus in extremis.

L’accord final met en musique de grands principes actés à Lausanne en avril: Téhéran s’engage à réduire ses capacités nucléaires (centrifugeuses, stock d’uranium enrichi…) pendant plusieurs années et à laisser les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) procéder à des inspections plus poussées.

Le but est de rendre quasiment impossible la possibilité pour l’Iran de fabriquer une bombe atomique, tout en assurant à Téhéran, qui nie avoir jamais eu l’intention de se doter de la bombe, le droit de développer une filière nucléaire civile.

Une fois, les installations iraniennes réduites, selon les termes de l’accord, il faudrait en effet un an à Téhéran pour fabriquer une bombe, contre trois mois aujourd’hui, a expliqué le secrétaire d’État John Kerry.

En échange, l’Iran bénéficiera progressivement d’une levée des sanctions internationales adoptées depuis 2006 par les États-Unis, l’Union européenne et l’ONU et qui brident l’économie du pays.

Les premières sanctions pourront être levées à partir du premier semestre 2016 si la République islamique respecte ses engagements. En cas de violation de l’accord, elles pourront être rétablies. Et cette réversibilité durera 15 ans.

En revanche, l’interdiction du commerce des armes a été reconduite pour cinq ans, sauf autorisation spécifique du Conseil de sécurité. La demande de l’Iran, soutenue par Moscou, de lever cet embargo a été un des principaux points de blocage des discussions.

Autre sujet délicat: la possibilité pour les inspecteurs de l’AIEA de se rendre sur les sites militaires iraniens. Finalement, Téhéran a accepté de leur permettre un «accès limité» à certains sites.

«Irresponsable»

Les milieux économiques se tiennent prêts à revenir dans ce pays de 77 millions d’habitants, qui dispose des quatrièmes réserves de brut au monde et des deuxièmes de gaz. L’Iran, un pays de l’OPEP, pourra à terme exporter à nouveau librement son brut.

Les Iraniens, qui ont élu Hassan Rohani à la présidence en 2013 sur la promesse de levée des sanctions, attendaient un tel accord avec impatience.

Mais les tenants d’une ligne dure en Iran aussi bien qu’aux États-Unis n’ont cessé d’exprimer leur hostilité aux discussions.

À Washington, l’accord doit désormais être soumis au Congrès, contrôlé par les républicains qui sont très méfiants envers Téhéran. Dans son allocution, Obama a mis en garde les parlementaires contre un vote «irresponsable».

Le chef du groupe au Sénat a déjà prévenu que l’accord serait «très difficile à vendre» aux parlementaires américains. Il leur faudrait toutefois une majorité de deux tiers pour faire capoter le texte.

L’accord doit également être endossé par le Conseil de sécurité de l’ONU, ce qui devrait intervenir d’ici «quelques jours», selon Paris.

À Téhéran, le guide suprême Ali Khamenei a lui prévenu la semaine dernière qu’un accord n’empêcherait pas de poursuivre la lutte contre les États-Unis «exemple parfait de l’arrogance».

L’application du texte «sera un processus très compliqué», prévoit Siavush Randjbar-Daemi de l’Université de Manchester. «C’est là que les choses pourraient aller de travers.»

Plus optimiste, l’AIEA s’est dite «confiante» dans sa capacité à faire appliquer l’accord.

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