Accord nucléaire: pour le Canada comme pour Israël, l’Iran reste une menace

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Rob Nicholson et Benjamin Netanyahou (Amar Awad/AFP)
Rob Nicholson et Benjamin Netanyahou (Amar Awad/AFP)

Le gouvernement conservateur canadien, soutien inconditionnel d’Israël, a critiqué mardi l’accord sur le dossier nucléaire iranien et, à l’instar de l’État hébreux, juge toujours l’Iran comme une menace pour la paix.

« Nous reconnaissons les efforts que le groupe P5+1 a faits pour parvenir à un accord. Cependant, nous continuerons à juger l’Iran d’après ses actes, et non d’après ses paroles. À cette fin, le Canada appuiera les efforts de l’Agence internationale de l’énergie atomique visant à surveiller l’Iran pour s’assurer qu’il respecte ses engagements », a déclaré le ministre canadien par voie de communiqué aujourd’hui..

« L’Iran reste l’une des plus importantes menaces à la paix et à la sécurité internationales en raison des ambitions nucléaires du régime, de son soutien constant du terrorisme, de ses appels répétés à la destruction d’Israël, et de son mépris pour les droits fondamentaux de la personne », a ajouté le chef de la diplomatie canadienne, prévenant, en concluant, que le Canada examinera « cette entente plus en profondeur avant de déterminer les gestes que posera le Canada. ».

L’accord conclu mardi à Vienne et après 12 ans de négociations prévoit que l’Iran limite ses ambitions nucléaires pendant plusieurs années, en échange d’une levée progressive et réversible des sanctions internationales.

Dans des termes durs, le ministre canadien des Affaires étrangères a jugé que «l’Iran reste l’une des plus importantes menaces à la paix et à la sécurité internationales en raison des ambitions nucléaires du régime».

Rob Nicholson a aussi estimé que l’Iran représentait une menace en raison «de son soutien constant du terrorisme, de ses appels répétés à la destruction d’Israël, et de son mépris pour les droits fondamentaux de la personne».

Depuis l’arrivée à la tête du gouvernement en 2006 du premier ministre Stephen Harper, le Canada est devenu l’un des pays les plus favorables à Israël au sein de la communauté internationale. Il est l’un des très rares pays à avoir voté contre l’accession de la Palestine au statut d’État observateur à l’ONU le 29 novembre 2012.

M. Harper n’avait toujours pas réagi mardi vers 15h00 à cet accord sur le nucléaire quand son homologue israélien Benjamin Netanyahu a assuré que son pays n’était pas lié par l’accord historique en le qualifiant d’«erreur historique».

Israël ne s’estime pas lié par l’accord

Dénonçant « une erreur historique pour le monde », M. Netanyahu a prévenu que son pays n’était « pas lié » par cet accord et que l’Etat hébreu « se défendra toujours ». « Nous nous sommes engagés à empêcher l’Iran de se doter des armes nucléaires et cet engagement est toujours d’actualité », a-t-il martelé.

Considéré comme le seul pays du Moyen-Orient disposant de l’arme atomique, bien qu’il maintienne l’ambiguïté sur le sujet, Israël considère que le programme nucléaire iranien menace son existence même et a menacé à plusieurs reprises d’une intervention militaire contre les installations nucléaires de Téhéran.

Israël a des raisons de s’inquiéter des velléités nucléaires de l’Iran dont des dirigeants prônent la destruction de l’Etat hébreu. Mais, pour des experts, Téhéran, même en parvenant à contourner l’accord et à développer l’arme nucléaire, ne prendrait pas le risque de s’exposer aux sévères conséquences d’une attaque contre Israël.

Outre le nucléaire, Israël s’inquiète qu’une levée des sanctions économiques permette à l’Iran de financer « le terrorisme », notamment via ses alliés du Hezbollah libanais et du Jihad islamique palestinien, et d’accroître son influence dans la région.

La prochaine étape, prévoient les experts, sera sans doute le relevé minutieux et attentif par l’Etat hébreu de chacune des possibles infractions de l’accord par l’Iran et des appels réguliers aux grandes puissances afin qu’elles y réagissent fermement.

Quant a eux, les pays du Golfe ont manifesté dans leur ensemble mardi l’espoir de meilleures relations avec l’Iran.

Et l’Arabie saoudite a souhaité pour sa part bâtir de meilleures relations avec l’Iran, après la conclusion d’un accord sur le dossier nucléaire, appelant toutefois Téhéran à ne pas s’ingérer dans les affaires internes des pays du Moyen-Orient.

Pendant ce temps, les Iraniens célèbrent l’accord nucléaire à Téhéran

Si le ramadan et la forte chaleur à Téhéran (39 degrés) avaient suspendu toute célébration immédiate au moment de l’annonce officielle de l’accord à la mi-journée, des rassemblements se sont tenus en soirée, après la rupture du jeûne, rapporte l’AFP.

Car pour les habitants de Téhéran interrogés, il ne fait aucun doute que l’accord et la levée des sanctions internationales qui suivront permettront un boom de l’économie iranienne et une amélioration de leur vie quotidienne.

Si les sanctions sont levées, la flotte des avions sera rénovée et l’entrée en Iran de médicaments pour des maladies particulières, facilitée, se félicite de son côté Behnam Arian, 36 ans, comptable dans une entreprise privée cité par l’agence de presse.

Il ajoute cependant que les résultats positifs ne viendront pas immédiatement: cela prendra au moins six mois.

Pour Hamid Bahri, ingénieur de 34 ans spécialisé dans des projets de développement du gouvernement, cité lui aussi par l’AFP, il n’y a pas de mauvais accord, car chaque partie en tirera bénéfice et les puissances mondiales vont sécuriser leurs intérêts en Iran dans les années à venir.

« L’accord est également bon, car il apporte la paix à notre région et, maintenant, les groupes terroristes vont être détruits graduellement », ajoute-t-il, en faisant allusion notamment à l’organisation djihadiste Etat islamique (EI) qui commet des atrocités dans plusieurs pays de la région.

Selon lui, quand le monde nous reconnaîtra comme un pays pacifique (…) les investissements étrangers vont affluer et cela aura un impact positif sur la vie des gens.

L’Accord nucléaire n’est pas l’achèvement mais la fondation sur laquelle nous devons bâtir, a écrit de son côté le ministre iranienn des Affaires étrangères, Mohhammad Javad Zarif.

*Avec AFP

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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