Des soldats russes risquent la prison après avoir déserté, de peur d’être envoyés en Ukraine

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Un soldat russe s'exerce au tir, lors d'un entraînement, près de la frontière avec l'Ukraine (Sergey Venyavsky/AFP)
Un soldat russe s’exerce au tir, lors d’un entraînement, près de la frontière avec l’Ukraine (Sergey Venyavsky/AFP)

Des dizaines de soldats russes risquent de comparaître devant la justice pour avoir déserté leur unité militaire par peur d’être envoyés combattre dans l’Est séparatiste de l’Ukraine, a rapporté samedi le site d’information russe Gazeta.ru.

Le site internet affirme, en s’appuyant sur les témoignages de soldats, de leurs proches et d’une avocate, que ces militaires de carrière ont quitté un site d’entraînement dans le sud de la Russie alors qu’on les intimait à se porter volontaire pour combattre aux côtés des rebelles prorusses en Ukraine.

Le ministère russe de la Défense a confirmé qu’une enquête pour faute disciplinaire était en cours sur quatre des soldats nommés par Gazeta.ru.

Kiev et les Occidentaux accusent Moscou de financer et d’armer les séparatistes de l’Est de l’Ukraine et d’y avoir déployé des troupes régulières, ce que Moscou dément catégoriquement. Le Kremlin reconnait toutefois la présence de volontaires russes présentés comme d’anciens soldats partis combattre dans la rébellion de leur propre initiative.

Tatiana Chernetskaïa, une avocate représentant cinq des soldats incriminés a confirmé à l’AFP les informations rapportées par Gazeta.ru et a affirmé que des dizaines d’autres militaires risquaient des poursuites.

Ils ont tous la même histoire. Ils ont tous servi ensemble dans la même unité, basée à Maïkop dans le Caucase russe, a-t-elle souligné. Ils n’ont pas été directement forcés à aller en Ukraine, mais des gens sont venus tenter de les convaincre de s’y rendre, ajoute-t-elle, précisant que les démarcheurs ne portaient aucun signe distinctif.

Les soldats disent qu’on leur a proposé 8.000 roubles (127 euros) par jour pour combattre en Ukraine, a affirmé Mme Chernetskaïa.

Ils sont retournés chez eux et ont écrit des lettres de démission qui n’ont pas été acceptées. Tout cela a conduit à l’ouverture d’une enquête, raconte l’avocate.

Selon elle, les militaires passeront devant la justice en mars, tandis que plusieurs autres soldats ont déjà été condamnés.

Gazeta.ru rapporte également le cas d’un militaire de 21 ans, Ivan Chevkounov, qui risque jusqu’à dix ans de prison pour désertion. Il m’a dit qu’on obligeait les soldats à aller (en Ukraine) en tant que volontaires, a expliqué sa mère, Svetlana.

Le site publie en outre la photographie d’un témoignage rédigé à la main d’un autre soldat, Pavel Tyntchenko, accusé d’avoir quitté son unité sans permission.

Dans cette lettre adressé au juge du tribunal militaire, il écrit: Je ne voulais pas rompre le serment que j’ai prêté et je ne voulais pas prendre part aux combats en Ukraine.

Selon les statistiques officielles citées par le site internet, le tribunal militaire de la garnison de Maïkop a condamné 62 soldats pour désertion au cours des six premiers mois de l’année.

Le dernier en date, un soldat de la garnison de Maïkop, a été condamné jeudi à neuf mois de prison pour désertion et vol à main armée, selon le site du tribunal.

Le Conseil pour les droits de l’Homme du Kremlin, qui tient un rôle consultatif, doit se rendre à Maïkop la semaine prochaine et Mme Chernetskaïa entend rencontrer ses représentants pour évoquer les procès de soldats.

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